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dimanche 20 avril 2014

Un Million Clefs En Main

Jim Blandings (Cary Grant), sa femme Muriel (Myrna Loy) et leurs deux filles vivent à l’étroit dans leur appartement new-yorkais. Sans demander conseil à leur ami Bill Cole (Melvyn Douglas), ils achètent une propriété dans le Connecticut. Hélas, l’agent immobilier les a escroqués : la maison est une ruine. Les incidents vont se succéder...

"Mr Blandings construit la maison de ses rêves", nous annonce avec une pointe d’ironie le titre original. Mr Blandings est un New-yorkais authentique, qui malgré son poste bien rémunéré d’agent publicitaire et son appartement au cœur de Manhattan ne rêve secrètement que d’une chose : devenir un gentleman-farmer, fier et détaché des contingences urbaines. Aussi se précipite-t-il sur la première occasion qui s’offre à lui : une charmante masure perdue dans une bourgade boisée du Connecticut.

Malheureusement, le rêve de Jim Blandings tourne rapidement au cauchemar : sa maison part en morceaux à la seule force du regard, et il est lui-même à la campagne aussi à l’aise qu’un poisson hors de l’eau. Pire encore, tandis que les catastrophes s’accumulent, son amour-propre lui interdit de baisser les bras, au grand dam de ses proches et surtout de Bill Cole, avocat et « ami de la famille » perplexe et persifleur.
La critique ne fut pas tendre lors de la sortie d’Un Million clés en main. Trame sommaire, atmosphère naïve et surannée, dénouement quelque peu retors figurent parmi les quelques reproches que l’on fit au film et à son réalisateur, le discret H.C. Potter, auteur pourtant d’un Hellzapoppin (1941) fédérateur.



   


Il s’agit effectivement d’une comédie « sans prétention », comparée aux habiles satires des maîtres du genre, Capra, Lubitsch ou McCarey. Pourtant, le film ne manque pas de mordant : on souligne trop peu la frappante acuité de certaines scènes, notamment lorsque les propres filles de Blandings dénoncent les dérives mercantiles de la société américaine lors du petit déjeuner...
L’atout majeur d’Un Million clés en main demeure évidemment son casting : le film doit en grande partie sa pérennité au couple très populaire formé par Cary Grant et Myrna Loy, réuni pour la troisième fois à l’écran. Melvyn Douglas, dans la peau du pique-assiette érudit, manie le sarcasme à merveille. La qualité de la distribution s’étend jusqu’aux rôles annexes, du vendeur fourbe et physionomiste (il sait instantanément reconnaître les « poires ») au foreur lunaire, agaçant mais débonnaire.



                                  

Le film est régulièrement distingué par l’American Film Institute parmi les cent comédies américaines les plus drôles. Astucieux, léger et entièrement dévoué au divertissement et au plaisir des bons mots, Un Million clés en main, comme le veut sa réputation, devrait surtout mettre du baume au cœur de ceux qui ont connu l’enfer des aménagements difficiles. Que ceux que la perspective d’un doux foyer champêtre fait rêver ne s’inquiètent pas pour autant : la charge est bien trop bénigne pour donner des sueurs froides...

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