.

.

dimanche 27 avril 2014

Tron

A peine un ordinateur digne de ce nom dans les foyers, le monde virtuel n'a même pas encore de définition, personne ne sait ce que ça veut dire. Dans un contexte Disneyien tout sauf convaincu d'avance, Steven Lisberger et son équipe, hétéroclite à l'extrême dans tous les domaines visuels de pointe, rament comme des ours pour développer, rassembler et coordonner des techniques jamais vues avant et créer un film-monde totalement inédit visuellement, une véritable représentation d'un univers vivant au sein de l'ordinateur, peuplé de programmes hiérarchisés et dépendants de l'utilisateur étranger, l'extraterrestre humain, le mythe du concepteur, l'inconnu, leur dieu en somme.
1982, l'époque bénie des films bas de plafond ultra bourrins, des punchlines beuarh et des scénars en forme de fuck. Tron ferait presque figure d'œuvre subtile à côté. Les programmes ne ressentent rien, ils calculent. Confrontés à l'intrusion de Clu, cheval de troie créé par Flynn, ils calculent encore, cherchent la faille pour éradiquer le virus. Tron, programme rebelle, est le seul facteur capable de les contrecarrer afin d'éradiquer le programme tyrannique Sark, alter-ego virtuel d'Ed Dillinger, requin prêt à mettre la main sur les idées d'Alan Bradley (alter-ego de Tron) et de Flynn, brillant créateur de jeux et alter-ego de Clu. Ajoutez Lora / Yorie pour compléter ce quatuor d'alter-egos interconnectés entre réel et virtuel. Rien que ça, c'est tout de suite un peu plus creusé que le résumé vidéoludique offert par IMDB.
"A hacker is literally abducted into the world of a computer and forced to participate in gladiatorial games where his only chance of escape is with the help of a heroic security program. "



 
            

Même si le temps lui fait mal et qu'il est bien évident que tout cela est enfantin, naïf, dépassé, et pourquoi pas mal foutu, rien d'étonnant en même temps vu ce qu'il a fallu déployer d'effort et de créativité pour ne serait-ce qu'obtenir un résultat visuel puis passer l'aval des producteurs dans les temps impartis, le concept est tellement en avance qu'encore aujourd'hui il est pompé à tous les râteliers.
Je ne sais pas si la jeune génération prend en compte cette performance, cette vision même. Voyez-le en Blu-Ray au minimum avant de comparer équitablement avec Legacy, et voyez comme il est extrêmement en avance sur son temps, ne serait-ce que sur sa bande originale. Peut-on en dire autant de legacy ? Je ne crois pas non.


               

Le culte de Tron vient de bien plus qu'une bande de geeks boutonneux pas remis du jeu vidéo de Flynn. Ce truc si vieux et "moche" a juste ouvert la voie du virtuel avec 20 ans d'avance.
Je ne m'énerve pas, je ne suis pas un fanatique ni un vieux con, j'aimerais juste que l'on remette le film un peu plus en perspective. Non, Tron n'est pas seulement qu'un simple phénomène d'une population de vieux geeks nostalgiques prêts à ériger n'importe quelle étrangeté rétro au rang de culte. S'il perdure jusqu'à aujourd'hui et sait encore frapper l'imaginaire de la jeune génération (pas toute clairement), c'est forcément grâce à davantage qu'un culte sans fondement.
Je ne sais pas pour vous, mais pour moi c'est certain, Tron fait figure d'ovni cinématographique, et ce depuis 30 ans.(http://www.senscritique.com/film/Tron/critique/1411436)


                               
                               

Avec une journée de décalage entre Tron et maintenant, je réalise à quel point certains films laissent un "héritage" différent. Il est à peu près certain que Tron ne m'en laissera aucun.
Tron est cependant une réussite. Réussite parce que l'opération sentait le ratage annoncé à un million de kilomètres à la ronde. Les previews semblaient avoir tout raconté, et ce que ça semblait raconter ne volait pas très haut : "Bonjour papa, ça faisait des années, si on se battait pour vaincre ton double maléfique ?". En plus vu la profondeur d'âme de tant de réalisateurs et de scénaristes américains, je craignais par-dessus tout, s'agissant d'un film "techno" une succession de séquences de fight trop jeu-vidéotesque (en fait, ni plus ni moins qu'un énième film sportif ou le héros abat un à un des adversaires toujours plus fort avant de partir avec la coupe sous le bras et la fille sur l'épaule). Ou tiens, un peu du Tarantino en mode geek : "Matez comme j'ai du style". Voilà, tous dans les effets, rien dans le slip ou dans le coeur. Bref, un super clip d'une heure trente.
Pur coup de bol, Tron a échappé (de justesse) à ce résultat. L'histoire n'est pas transcendante, on échappe pas à un léger sentiment qu'il n'y a pas vraiment d'histoire mais juste un affrontement qui prend des formes multiples, mais pourtant Tron a quand même un vague petit quelque chose. Se justement pose dans le film la question de l'héritage (avec la profondeur d'un adolescent que la philo rebute), du sens des responsabilités (bon, là, très légèrement). 



   



Mais le tout est enrobé dans une espèce de nostalgie de très bon ton. Ce petit sentiment diffus dans le film de regret va très avec le visuel bleuté et le jeu retenu des antagonistes. Autre point intéressant/amusant/freudien de l'histoire sur l'héritage, dans un premier temps tout le monde s'en sort mieux que le rejeton de papa Flynn : la fille pas de lien de parenté lui sauve la peau (deux fois), Tron (qui est la création du pote à papa pour mémoire) le bat, le double de papa (donc papa lui-même en somme) le bat aussi (à moto). Côté "tuer le père", c'est pas encore tout à fait ça, et la finale va dans le même sens. Les gens l'ayant vu diront que je sur-interprête, je me plais à penser que j'ai lu directement dans la tête du scénariste qui a des problèmes à régler avec son propre père sans doute. Bref.


               

Le père regrette ses propres faiblesses et erreurs, le fils le temps perdu, le méchant ce qui est passé et la "trahison" de papa, la fille ses amis et j'en passe. Ce n'est pas un thème central du film, loin de là, mais ça donne un petit supplément d'âme bienvenu à ce qui aurait peut-être été sinon un autre Blade 2 (dans ce cas, tout dans le slip, rien dans le coeur).
Les effets sont magnifiques (Imax 3D les amis, ça valait la dépense surtout le côté Imax), la bande son bonne mais trop présente (j'aime Daft Punk et j'avais pré-commandé la BO, mais c'est un peu trop, ça renforce le feeling clip de la chose) et l'esthétique appropriée. L'introduction "humaine" (réelle ?) bien que TRÈS caricaturale fait monter la sauce et - point bienvenu - on ne sait trop où l'on va dans le film. 


               


Comme le protagoniste, on est plutôt suiveur qu'omniscient. Très bon point pour finir, qui fait que je sur-note car on réalité on devrait aller pour un six et demi, on évite les pires poncifs du genre : le nouveau qui débarque et qui ramasse tout le monde les doigts dans le nez, le héros qui séduit la fille et couche avec dans la foulée en dix minutes chrono, les déclarations empruntes de ridicule (même le "La meilleure façon de ne pas perdre c'est de ne pas jouer" est adéquatement placée et ne fait pas involontairement rire dans le contexte alors que hein ..). En plus, la conclusion est très bonne, car elle ressort entièrement du virtuel (pas juste en sortant de la machine, mais en l'éloignant). Les derniers plans sont à mon sens une excellente idée, je pèse mes mots.
Un excellent divertissement donc. Reste la question de l'héritage. Parce que l'on reste tout le temps à la surface des choses et que les thèmes principaux ne sont guère creusés, que restera-t-il dans la mémoire des spectateurs les plus expérimentés ? Probablement pas grand-chose, sinon rien. Mais comme un manège à grande vitesse, Tron mérite d'être expérimenté dans les meilleures conditions au moins une fois, même en sachant qu'il ne restera rien de l'expérience. Source : http://www.senscritique.com/film/Tron_L_Heritage/critique/1041254

1 commentaire: