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mercredi 30 avril 2014

Tony Curtis

En 1955, Kirk Douglas crée Bryna Production. Il commence par produire The Indian Fighter (La rivière de nos amours), mais ce film ne connaît pas le succès escompté. Le futur interprète de Spartacus cherche alors un sujet populaire et s’intéresse au roman d’ Edison Marshall : The Vikings. Le projet tombe rapidement dans les mains de Richard Fleischer. Le réalisateur de 20 000 lieues sous les mers (déjà avec Douglas) y voit un matériau idéal pour exprimer son savoir faire. Il se lance alors avec passion dans cette aventure et démarre une étude minutieuse des mœurs Vikings. Aucun détail ne lui échappe : les costumes, les décors ou même le choix des chevaux sont totalement fidèles à la réalité historique. A ce soin du détail, Fleischer associe son sens inné du cadrage. Utilisant pour la seconde fois le format "Technirama", il compose des plans d’une grande beauté picturale. A titre d’exemple, les premières images du drakkar sur fond de montagnes enneigées sont d’une splendeur rarement atteinte sur grand écran . Fleischer est également l’un des premiers cinéastes à donner tant d’importance à la profondeur de champ sur le format 2.35. L’attaque du château Anglais le montre avec clarté : les comédiens principaux occupent le premier plan tandis qu’une quantité incroyable de figurants combattent sur un arrière plan très profond permettant même d’admirer les vagues de la mer du nord !! Cependant il serait stupide de parler de réussite visuelle sans évoquer la participation de Jack Cardiff. Le directeur photo de La comtesse aux pieds nus, African queen ou Red Shoes, rejoint lui aussi l’équipe. Son travail sur les scènes d’intérieurs est remarquable : sur certaines séquences, les couleurs chaudes et rougeoyantes plongent le public dans le délire festif des Vikings !! Les décors norvégiens sont quant à eux photographiés avec naturel et le spectateur reste émerveillé devant tant de beauté visuelle.



   

Mais ces aspects techniques ne suffisent pas à faire de ce film un succès et Bryna production doit offrir au public un casting de rêve. Kirk Douglas habitué à interpréter les premiers rôles s’empare du personnage de Einar. Sa présence, son physique d’athlète et son visage balafré en font un guerrier charismatique. Tony Curtis et sa jeune épouse Janet Leigh se joignent également à l’aventure. Cette dernière interprète une princesse pleine de caractère tandis que son compagnon joue Eric, le bâtard de Ragnar. Mais il faut bien avouer que Curtis détonne un peu dans le village Viking ! Son visage poupin et sa démarche élégante n’en font pas un sauvage bien convaincant… Douglas ne s’en souci guère et donne de la crédibilité à sa distribution en imposant Ernest Borgnine comme figure paternelle des hordes nordistes. Son rire tonitruant, son physique sauvage et sa joie de vivre qu’on devine naturelle en font un roi attachant et à l’allure authentique. 


                 


Enfin, la voix off qui entame le récit, bien que n’étant pas créditée au générique, n’est autre que celle d’Orson Welles !
A défaut de révolutionner la théorie cinématographique comme le fit ce dernier avec Citizen Kane, The Vikings n’en est pas moins un film dont la forme est admirable. Lorsque sa bande-annonce envahit les écrans américains au printemps 1958, la MGM promet un spectacle épique. La mission de Fleischer, Douglas et de toute l’équipe réunie autour du projet est amplement réussie, le succès sera au rendez-vous. Aujourd’hui encore, les grands enfants que nous sommes restent rêveurs devant cette aventure. Et lorsque le générique tombe, l’envie nous démange de hurler le légendaire : " OODINNNNN !!! ".


                                

Précédant de sept ans l'iconoclaste « M*A*S*H* » d’Altman, « LE COMBAT DU CAPITAINE NEWMAN » en porte déjà les germes irrévérencieux. Situé dans un hôpital militaire, dans la section psychiatrique pendant la WW2, le film parvient à créer un équilibre aussi précaire qu’improbable entre le drame humain et la grosse comédie burlesque. Sans jamais complètement céder à l’un ou à l’autre. C'est déjà sensible dans le casting qui oppose un Gregory Peck raide et digne comme à son habitude, à un Tony Curtis hilarant en infirmier surdoué et débrouillard : on dirait qu'ils font chacun leur film de leur côté et se croisent de temps en temps !
Le scénario est un peu construit comme un film à sketches, étudiant plusieurs cas successivement. Tous ne sont pas du même calibre. Ainsi si Eddie Albert est épatant en colonel rongé par le remords qui dédouble sa personnalité, Bobby Darrin – sorte de Coluche yankee – est insupportable de cabotinage éhonté et vampirise une bonne partie du métrage. Robert Duvall (qui sera aussi du Altman, tiens…) est déjà égal à lui-même en jeune officier catatonique, enfermé dans sa honte et Angie Dickinson n’a pas grand-chose à faire dans un personnage très convenu d’infirmière sexy, véritable madonne des HP.



   

En fait, cela ressemblerait presque à un pilote de série TV. On imagine très bien un cas à résoudre chaque semaine pour le bon capitaine Newman, car l’humour n’est pas très éloigné de certaines sitcoms de l’époque. C'est d'ailleurs ce qui ressort le mieux du film aujourd'hui, car les séquences « sérieuses » paraissent naïves et schématiques, réduisant la psychothérapie à une bonne dose de penthotal, une grosse crise de larmes et basta !
Très bien photographié par Russell Metty, « LE COMBAT DU CAPITAINE NEWMAN » quoique très daté, se laisse tout de même regarder sans déplaisir, surtout grâce à un Curtis absolument déchaîné : le numéro de danse en yiddish lors de la fête de Noël à la fin, est un pur régal !


                                 

Avec ses décors ripolinés, son TechniColor rutilant, ses costumes chatoyants, « HOUDINI, LE GRAND MAGICIEN » a tout du ‘biopic’ hollywoodisé. Ce genre de film vieillit généralement très mal, mais parfois – et c'est heureusement le cas ici – des miracles surviennent. Ça doit tenir au sujet !
En effet, le film de George Marshall est une petite merveille de rythme effréné, de naïveté assumée, qui parvient à passionner pour le parcours d’un prestidigitateur surdoué, spécialisé dans l’évasion. Le passage du temps est extrêmement bien maîtrisé par un scénario impeccable de Philip Yordan et parvient même à laisser filtrer, derrière l’ambiance festive, une hantise voire une fascination pour la mort et l’au-delà. Le choix de Tony Curtis, juvénile et pétulant pour incarner Houdini est à la fois judicieux et limitatif. Judicieux parce que le personnage est immédiatement sympathique et accrocheur, limitatif parce que le jeune acteur manque manifestement de profondeur et d’ambiguïté, faisant mal passer les névroses de la fin de vie du magicien. 



 



Son couple avec la délicieuse Janet Leigh fonctionne très bien, générant une authentique alchimie. Elle se sort bien d’un rôle assez ingrat de rabat-joie sans grande possibilité. 
Même s’il ne fait que survoler son sujet et préfère le spectacle à l’introspection, le film enchante du début à la fin par son énergie interne. Quelques séquences comme celle où Curtis est coincé sous l’eau par une épaisse couche de glace ou son ultime représentation, sont traumatisantes pour peu qu’on soit claustrophobe.

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