.

.

dimanche 27 avril 2014

Stewart Granger

Depuis les origines du cinéma, le film de cape et d’épée demeure un genre populaire. Des premiers muets avec Douglas Fairbanks (The mask of Zorro, 1920), jusqu’aux épisodes de Star Wars, en passant par les aventures d’Errol Flynn ou de Tyrone Power, la machine hollywoodienne s’est toujours régalée de ces films mêlant combats, cascades et comédie. Dotées de gros budgets, ces productions avaient souvent un roman pour origine et deux auteurs marquèrent le genre de leur empreinte : Alexandre Dumas et dans une moindre mesure Rafael Sabatini. Dumas le français, est à l’origine du roman de cape et d’épée par excellence, celui qui fut tant de fois adapté : Les trois mousquetaires. Sabatini, de son côté, est un dramaturge de talent dont les histoires furent maintes fois exploitées par Hollywood. Avant son décès (1950), le romancier italien eut le bonheur de voir les adaptations de Captain Blood dans trois versions dont la plus mémorable reste celle de Curtiz en 1935, The black Swan (Henry King, 1942), The Seahawk (Frank Lloyd, 1924) ou encore Scaramouche adapté en 1923 par Rex Ingram. Depuis 1950, son œuvre n’a pas été oubliée puisque Captain Blood fût revisité par Hunebelle en 1960 dans le Capitan avec Jean Marais, tandis que Scaramouche fit de nouveau parler son épée en 1952 devant la caméra de George Sidney. Sidney n’est pas à proprement parler, un cinéaste de l’aventure et encore moins du film de capes et d’épées, genre que les anglo-saxons nomme le "Swashbuckling". Il débute sa carrière en 1937 par des comédies musicales très calibrées et sans grand intérêt. Les critiques le considèrent comme un bon faiseur, ses films sont rentables mais ne marquent malheureusement pas les esprits. Pour Tavernier et Coursodon "Tous les grands réalisateurs de musicals cherchent à développer une forme nouvelle de comédies musicales à l’écran. Rien de tel chez Sidney qui semble être venu là par hasard" !!



   


En 1948 son destin artistique prend un nouveau virage lorsque les "executives" de la MGM lui proposent la mise en scène de The three Musketters d’après Alexandre Dumas. Sidney décide d’y appliquer la méthode "musical" et filme Gene Kelly dans des mouvements de caméras légers, rapides et sur un rythme dramatique effréné. En insufflant ce style au "swashbuckling", il parvient à revisiter le genre ; Les trois mousquetaires est un énorme succès au box-office et son réalisateur fait désormais figure de spécialiste du film de cape et d’épée ! Il décide néanmoins de retourner vers la comédie musicale en espérant que son succès de 1948 sera bénéfique à sa mise en scène. Malheureusement, il retombe dans ses travers et, en 1951, les critiques et le public boudent son adaptation d’un des meilleurs spectacles de Broadway : Showboat. La MGM, constate l’échec et lui propose un nouveau récit d’aventure, ce sera Scaramouche !


                


Voici donc l’œuvre de Sabatini et le savoir-faire de Sidney réunis pour une production chiffrée à 3,5 millions de dollars. En tête d’affiche, la MGM décide de propulser sa nouvelle étoile, le comédien anglais Stewart Granger. L’interprète de Jeremy Fox dans Moonfleet (1955) est alors âgé de 39 ans. Le public l’a découvert deux ans auparavant dans le rôle d’Allan Quatermain (King Salomon’s Mines, Compton Bennett, 1950). Sous la conduite de Sidney, Granger incarne André Moreau, un bourreau des cœurs qui se transforme en héros. Dépourvu des biceps d’un Douglas Fairbanks ou de la forme bondissante d’un Errol Flynn, Granger séduit par son charme : ses mimiques, son sourire et son regard ravageur captivent les foules qui font du dandy la nouvelle coqueluche du film d’action. Lors du tournage de Scaramouche, Granger s’implique totalement dans son personnage : il suit des cours d’escrime, ne cesse de s’entraîner et finit par éclipser sa doublure qui se retrouve au chômage technique ! Refusant que le moindre cascadeur prenne sa place, Granger prend de nombreux risques et finit par se blesser après avoir bondi sur une rangée de sièges du théâtre lors de la scène finale. Il doit être soigné et reprend le tournage quelques jours plus tard avec le même enthousiasme.


                                 


A ses côtés on trouve Janet Leigh, dont la beauté illumine l’image et Eleanor Parker à la fois extrêmement drôle et d’une sensualité débordante. Les deux comédiennes forment, avec Granger, le triangle amoureux perturbé par l’infamie du Marquis de Mayne incarné par le génial Mel Ferrer. Avec ses faux airs de Jean-Claude Van Damme (!!), Ferrer incarne une brute sadique et distinguée dont l’agilité dans les combats n’a rien à envier à Granger. Ancien danseur de Music hall, Ferrer trouve ici une nouvelle façon d’exprimer sa gestuelle. Sa prestation impose un parfait "méchant" comme les aimait Hitchcock et participe en grande partie au succès du film. A côté de ces têtes d’affiche, on retrouve de nombreux second rôles savoureux comme Henry Wilcoxon ou Lewis Stone qui incarnait De Mayne dans la version de 1923. Il prend ici le rôle du père adoptif de Moreau ; une belle façon pour la MGM de rendre hommage à l’œuvre originale déjà produite pour le studio...


                                



Rodolphe Rassendyll visite le beau royaume de Ruritanie et, au cours d'une banale partie de chasse, tombe nez à nez avec le roi Rodolphe, son lointain cousin, auquel il ressemble trait pour trait. Enchantés de leur rencontre inattendue, les deux hommes passent la soirée ensemble, dans le relais de chasse du souverain. Le lendemain, jour de son couronnement, le roi, drogué par un groupe de conspirateurs, ne peut être tiré de son profond sommeil. Le colonel Zapt, son aide de camp, soupçonne Michel de Strelsau de vouloir usurper le trône et, en dernier recours, demande à Rodolphe Rassendyll de remplacer le souverain pendant quelque temps...
Le Prisonnier de Zenda de Richard Thorpe est la quatrième adaptation du roman d’Anthony Hope. C’est probablement la meilleure alors qu’elle est calquée sur la précédente version de Cromwell, parfois identique plan par plan. Le scénario est assez riche en aventures : un anglais venu se délasser dans un petit pays imaginaire, la Ruritanie, se révèle être le sosie du futur roi. Pour déjouer un complot, il va accepter de prendre la place du monarque lors du couronnement. La suite allie aventure, romance et rebondissements en un cocktail habilement dosé ; bien que se déroulant au XIXe siècle, Le Prisonnier de Zenda est un superbe film de cape et d’épée. Cette version de Richard Thorpe est très efficacement réalisée, reposant sur un rythme parfait, avec un Stewart Granger qui insuffle beaucoup d’énergie à l’ensemble : il interprète donc ici deux rôles et se révèle particulièrement fascinant dans son personnage d’aventurier.


 
           

Le Prisonnier de Zenda est - comme Scaramouche, tourné la même année - un joyau du film de cape et d'épée hollywoodien. Durant tout le tournage, Richard Thorpe s'est plu à revoir la précédente adaptation du roman d'Anthony Hope, mise en scène en 1937 par John Cromwell.
Ce qui aurait pu n'être qu'un remake habile, bénéficiant des possibilités de la couleur, se transforme, grâce à Thorpe, en un prestigieux film d'aventures dans lequel le romanesque et l'action, la passion et le panache se mêlent sans temps mort. Face à Stewart Granger, dans le double rôle de l'Anglais Rassendyll et de son royal cousin, James Mason campe une fascinante figure d'aventurier. Des scènes d'amour au duel final, le film possède une splendeur irrésistible.

2 commentaires: