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lundi 21 avril 2014

Rock Hudson Raoul Walsh

« Voilà un bon petit film de série ! » pourra-t-on aisément affirmer après que le "The End" ait fait son apparition sur l’écran. Mais sachant qu’il a été réalisé par Raoul Walsh, avouons que nous aurions voulu quand même pouvoir écrire autre chose que cette phrase évoquant un western honnête mais routinier. Dans une filmographie aussi conséquente que celle du cinéaste, s’étendant sur une centaine de films du muet aux années 1960, il était cependant tout à fait logique de trouver en son sein des œuvres mineures, ce qu’est indubitablement ce Bataille sans merci.
Filmé pour être exploité en relief, comme d’autres films à l’époque (les plus célèbres étant Kiss Me Kate de George Sidney et L’Homme au masque de cire d’André De Toth) dans le but d’attirer le spectateur dans les salles après que la télévision ait envahi les foyers et "scotché" le public devant son petit écran, Gun Fury est sorti en France pendant l’été 1958 mais n’y fut pas exploité dans ce procédé ; en cinq ans, la formule était déjà tombée en désuétude. De la volonté de filmer en relief, il demeure quelques plans - perceptibles même lors d’une projection "à plat"- conçus pour accentuer son côté spectaculaire : la caméra fixée à l’avant de la diligence dévalant un raidillon ; Lee Marvin pointant le canon de son fusil sur l’objectif ; Pat Hogan s’avançant le couteau à la main en gros plan, la lame brillante et effilée tendue vers l’avant ; et, plus fréquemment, plusieurs scènes au cours desquelles les protagonistes lancent toutes sortes d’objets en direction du spectateur qui se les prend ainsi en pleine face.
Spectaculaire, ce petit film l’est assurément par le rythme que lui impose le réalisateur. Peu de temps morts, ça file à toute vitesse ! Rythme sans faille, vigueur des scènes d’action, superbe manière d’appréhender la topographie des lieux, de magnifier les paysages rougeoyants et désertiques de l’Arizona, ses cieux tour à tour largement dégagés ou chargés de majestueux nuages, la poussière qui s’élève suite aux passages des chevaux caracolants…


   


Raoul Walsh est visiblement à son aise avec ce scénario rocambolesque de Roy Huggins. Les scènes mouvementées se suivent sans interruption, Walsh passant de l’une à l’autre avec sérénité et application, emmenant cette bande jusqu’à son final sans perdre une seule fois la main. De l’action, encore de l’action et pas vraiment le temps de s’embarrasser de psychologie. Raoul Walsh opère avec un grand professionnalisme ; néanmoins on ne le sent guère concerné par son travail. Il remplit son contrat mais ne s’implique pas plus avant, se fichant comme d’une guigne de certaines vilaines transparences et nuits américaines qui, en temps normal, auraient été moins bâclées. Mais les aficionados du western ne devraient pas faire la fine bouche, un bon film de série comme Gun Fury pouvant sans aucun problème leur faire passer un moment tout à fait réjouissant. Les personnages principaux, unidimensionnels et fortement caractérisés, demeurent intéressants surtout au départ où nous les retrouvons dans une séquence tout à fait réussie, tous réunis dans un relais de diligence, prenant leur repas tout en discutant de la Guerre de Sécession désormais terminée.


                                


  Tous les personnages principaux se trouvaient du côté des Sudistes mais chacun a réagi différemment face à la défaite. Ben Warren est un homme sage qui veut oublier le passé, la violence et le bruit des armes, partir pour la Californie et ne plus s’occuper que de son futur foyer ; il regrette que la Guerre de Sécession se soit déroulée dans un bain de sang : « I still say the war could have been prevented by peaceful means, negociation, compromise, reason. I’m sick of violence and force. » Promettant à cet instant de ne plus jamais se mêler des affaires des autres, il changera pourtant d’avis malgré la supplication de sa fiancée et, au final, renonçant à son idéal légaliste et non-violent, il prendra la décision de mettre Slayton hors d'état de nuire après avoir vu ce dernier tuer de sang-froid son ex complice (séquence, très bien filmée et montée, d’échanges de prisonniers). Slayton justement, gentleman sudiste, ne supporte pas d’avoir vu ses terres et son "monde" détruits par les Yankees et n’imagine pas un retour à la vie normale. La défaite lui étant intolérable, il poursuit son propre combat en harcelant et tuant tout d’abord les Carpetbaggers (profiteurs de guerre) ; mais il finit par s’attaquer aussi aux femmes et aux enfants et dépasse alors vite les bornes du combat honorable pour sombrer dans la violence et le sadisme les plus haïssables.   Suite et source : http://www.dvdclassik.com/critique/bataille-sans-merci-walsh


                                



  La première séquence de The Lawless Breed nous fait pressentir d'emblée qu'il s'agira néanmoins d'une série B un peu plus recherchée que la moyenne (une très bonne moyenne cependant concernant la compagnie Universal en cette première moitié de décennie, on ne le répètera jamais assez) : la sortie de prison de Rock Hudson est filmée en plongée par un ample et lent travelling arrière du plus bel effet, le tout soutenu par un admirable thème musical de Herman Stein (non crédité au générique) qui prouvait une nouvelle fois qu'il semblait vouloir suivre les traces de l'autre excellent compositeur du studio, Hans J. Salter dont le style lui est très ressemblant.
En toute objectivité (s'il est possible de la définir et lui mettre des limites), s'il est évident que ce film de Raoul Walsh n'atteint pas stylistiquement et plastiquement parlant les plus grandes réussites du cinéaste dans le genre que sont La Piste des géants (The Big Trail) ou La Charge fantastique (They Died with their Boots on) voire même que ses quelques semi-ratages comme Une corde pour te pendre (Along the Great Divide), s'il s'avère également assez impersonnel hormis dans les thématiques, il n'en possède pas moins un charme certain (dû en partie au système de production Universal) qui fait qu'il n'est pas interdit de prendre autant de plaisir à sa vision qu'à celles de ses films plus réputés à juste titre.

The Lawless Breed prend pour héros le personnage réel qu’était le tueur sadique, cruel et sans scrupules John Wesley Hardin que, comme d'encore plus célèbres congénères auparavant, les scénaristes transforment en sympathique 'victime du destin' qui affirme en leitmotiv tout au long du film "I never killed anyone who didn't try to kill me first". Une fois que son autobiographie a été publiée à titre posthume en 1925, une légende s'est développée autour de son personnage, le transformant en mythe pour la simple raison qu'il fut peut-être l'un des derniers grands bandits du Far-West.







 




C’est ce 'criminel malgré lui' (sur lequel Bob Dylan et Johnny Cash ont écrit des chansons, le premier lui faisant même l'honneur de le mettre en titre d'un de ses albums) qui raconte en flash-back ses mésaventures sanglantes par l’intermédiaire de quelques centaines de pages (écrites lors de son long séjour en prison) lues par un éditeur. Mais hormis quelques éléments comme sa rencontre avec Wild Bill Hicock, point trop de vérité historique à chercher dans ce portrait d’un malfaiteur notoire ! D’ailleurs, 'preview' catastrophique oblige, le Hardin de Rock Hudson ne tombera pas sous les balles lors d’une partie de dés mais se rangera définitivement auprès de son épouse et de son fils dans une ferme de l’Alabama. Quoiqu'il en soit, on sait depuis longtemps qu'il n'est pas besoin de respecter la vérité à la lettre pour accoucher d'un bon film et même qu'Hollywood peut violer l'Histoire à son aise sans que ça ne frustre le cinéphile ; et ce western de Raoul Walsh s'avère effectivement une bien belle réussite même s'il ne paie pas de mine de prime abord et qu'il peut même décevoir à la première vision.


                                
                             
Outre leurs immenses qualités respectives, ce western de Raoul Walsh entretient pas mal de points communs avec l'autre excellent western Universal de cette période, l'assez peu connu Le Traître du Texas (Horizons West) de Budd Boetticher. Dans les deux films, le personnage principal est en premier lieu une victime de la Guerre de Sécession en même temps qu'un homme souhaitant gagner de l'argent facilement. Dans le premier, c'était Robert Ryan qui, soldat confédéré n'ayant pas digéré la défaite de son camp et ne voulant pas suivre le laborieux exemple de son père, s'était élevé dans la société en écrasant tous ceux qui se trouvaient sur son passage. Le personnage joué par Rock Hudson dans le film de Walsh n'a pas participé au conflit puisqu'il n'avait que 7 ans en 1860 ; mais la Guerre Civile l'a néanmoins durablement marqué lui aussi puisqu'elle lui a fait perdre ou a mutilé divers membres de sa famille. La première fois qu'on le découvre, Wes peste contre 'l'armée d'occupation' et les Carpetbaggers qui l'ont toujours empêché de gagner correctement sa vie malgré son labeur constant. Comme dans la plupart de ses films, on remarque immédiatement que l'attention de Raoul Walsh se porte plus vers ces 'rebelles' et ces 'marginaux', dont le sort tragique est couru d’avance (enfin, le croit-on au vu du titre français assez mensonger), que vers l’ordre établi. 



                               

A ce propos, on trouve une scène dans The Lawless Breed qui ne fait pas de cadeau à cette institution pourtant normalement respectable qu'est la justice. Alors qu'il n'était pas contre un procès, Wes sera obligé de le fuir par manque d'argent ; en effet, les hommes de loi lui font comprendre clairement que s'il ne les paie pas assez grassement, ils ne pourront pas faire pencher la balance de son côté et être cléments envers lui. Cette injustice, l'exemple de son père rigoriste n'étant jamais arrivé à joindre les deux bouts à force de résignation, l'incapacité qu'il a ne serait-ce qu'à accomplir son modeste rêve d'acquisition d'un lopin de terre, etc., tout ceci lui fait se dire que le mieux est d'amasser de la richesse sans rien faire d'autre que jouer, d'autant qu'il n'est pas dénué de chance. Se détachant de son austère famille, renonçant à ses études de droit (la première action qu'il entreprend de faire pour entamer son pécule une fois avoir quitté le cocon familial est de revendre ses livres destinés à l'apprentissage), il comprend vite que le jeu est un moyen plus simple et plus rapide pour gagner sa vie. Malgré des intentions honnêtes, les tricheurs, les mauvais perdants et les jaloux le contraignent tout aussi rapidement à jouer de la gâchette ; il manie les armes avec autant de dextérité que les cartes et il est bientôt acculé aux crimes en série ; sa réputation de meurtrier prend le dessus sur celle de Gambler. Il perd vite tout crédit auprès des siens et se voit sans cesse poursuivi par les autorités et vengeurs de tous horizons au point de ne jamais pouvoir rester longtemps au même endroit. A peine 80 minutes pour condenser une vie aussi mouvementée et un film qui semble gonflé à bloc et ne jamais pouvoir prendre de pause. Et pourtant ces dernières sont bel et bien présentes, apportant même souvent beaucoup de douceur au sein de cette continuelle fuite en avant finalement assez sombre.

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