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dimanche 27 avril 2014

Lincoln

Abraham Lincoln, John Fitzgerald Kennedy, Thomas Jefferson, Franklin Roosevelt, George Bush, Richard Nixon et aujourd'hui Barack Obama, la figure du président a toujours occupé une place de choix dans le cinéma hollywoodien. Et le récent biopic de Steven Spielberg l'a encore prouvé, le champion toutes catégories reste Abraham Lincoln, le seizième président des Etats-Unis, représenté à l'écran plus de 130 fois, suivi d'assez loin par George Washington, 70 fois, Richard Nixon, 36 fois ou Theodore Roosevelt, 34 fois.
En 1939, perdu au milieu d’œuvres aussi prestigieuses qu'Autant en emporte le vent (Victor Fleming), Les Conquérants (Michael Curtiz), Le Magicien d’Oz (Victor Fleming), Monsieur Smith au Sénat (Frank Capra), La Chevauchée fantastique (John Ford) et quelques autres, Young Mister Lincoln n’eut que peu d’échos, que ce soit aux USA et en Europe. Il serait tombé dans l’oubli si, à la fin des années 50, Eisenstein n’en avait pas dit tout le bien qu’il en pensait : « …Etonnante harmonie de toutes ses parties constituantes, une harmonie réellement surprenante dont la source était celle de l’esprit populaire et national d’où avait jailli son unité, son génie, son authentique beauté. Si quelque bonne fée me demandait de quel film américain, d’un coup de sa baguette magique, j’aimerais devenir l’auteur, je répondrais sans hésiter Young Mister Lincoln de John Ford. » A partir de là, la critique mondiale se mit à reconsidérer le film à l’aune de la dithyrambe du grand cinéaste russe et Young Mister Lincoln reprit au fil des ans la place qu’il méritait dans les sommets de l’œuvre "fordienne".



   
       
Dès 1910, la figure mythique du Président Lincoln avait fait son apparition sur les écrans de cinéma. Dans Naissance d’une nation de D.W. Griffith, Joseph Henabery tenait ce rôle. Ce furent ensuite Frank Mc Glyan, George Billings, Walter Huston, John Carradine et Raymond Massey qui endossèrent sa défroque. Mais Henry Fonda restera à jamais le plus inoubliable interprète du grand homme. Et pourtant, la genèse du film ne laissait présager ni Ford à la mise en scène, ni Fonda en tant qu’acteur. A Broadway, plusieurs pièces de théâtre mettant en scène le jeune Lincoln obtiennent un fort succès dans les années 30. Darryl F. Zanuck pousse alors John Ford à en tourner une version pour le cinéma mais ce dernier n’est guère enthousiasmé par cette idée. Après avoir lu le scénario de Lamar Trotti, le patriotisme de Ford le pousse finalement à accepter. Reste à trouver un acteur capable de personnifier ce personnage historique. John Ford ne s’occupe pas du casting, partant sur un autre tournage. 


                              


Mais laissons Henry Fonda nous raconter la suite de l’anecdote : « Le producteur et Lamar Trotti, l’auteur, m’ont envoyé le scénario. Je l’ai lu et leur ai dit "Les gars, c’est très beau, vraiment très beau, mais je ne peux pas jouer Lincoln". Pour moi c’était comme si je devais jouer Jésus-Christ. Lincoln est un Dieu pour moi. » Après avoir néanmoins accepté de faire des bouts d’essai, il dira « rien à faire, je ne peux pas. » De retour de tournage, John Ford regarde les tests de Fonda, et, totalement convaincu, lui envoie une convocation après avoir appris que l’acteur ne se sentait pas de tenir le rôle. Le jour de l’entretien, John Ford lui sort tout de go : « Qu’est-ce que c’est que ces conneries que vous ne voulez pas tourner ce film ? Vous vous figurez Lincoln comme un putain de "Grand émancipateur". C’est un jeune avocat plouc de Springfield, nom de dieu ! (A Jack-Legged Lawyer from Springfield, Illinois - a Gawky Kid still Wet behind the Ears who Rides a Mule because he can't Afford a Horse). » L’affaire est dans le sac et c’est le début d’une longue, talentueuse et fructueuse collaboration entre les deux hommes qui se poursuivra avec, entre autres, Sur la piste des Mohawks, Les Raisins de la colère ou La Poursuite infernale.



                 

Le scénario, basé à la fois sur les pièces de théâtre et sur la biographie de Lincoln, a été écrit par Lamar Trotti (qui avait débuté aux côtés de Dudley Nichols sur Judge Priest, déjà de Ford) en coopération étroite avec John Ford qui ne s’impliquera jamais autant dans l’écriture d’un de ses films. Les deux hommes ne s’embarrasseront guère de vérité historique (même si elle est bel et bien présente dans l’ensemble) et le procès, par exemple, sera avant tout fondé non sur le véritable procès mais sur un drame judiciaire que Trotti avait couvert lui-même alors qu’il était encore reporter. Ce travail en duo obtiendra un Award bien mérité mais ne vous attendez surtout pas à un de ces "Biopic" comme en tournaient à la pelle la Warner et William Dieterle dans les années 30 avec, très souvent, Paul Muni dans le rôle principal (Pasteur, Zola, Juarez…) ! Ford et Trotti ne jouent pas dans la même catégorie et s’éloignent ici le plus possible d’une hagiographie pompière et grandiloquente. 


 



Au contraire, ils signent un film intimiste d’une simplicité qui pourra décevoir qui aurait voulu y trouver un portrait documenté et historique de Lincoln. Comme le titre l’indique, il ne s’agit que d’une petite tranche de vie de l’homme avant qu’il ne devienne une célébrité nationale. Il n’est absolument pas question d’une biographie mais du portrait finement tracé, vigoureux, poétique et vibrant d’un avocat mal dégrossi, composé d’anecdotes pleines d’humour et d’émotion. Il s’agit sans aucun doute d’une des œuvres les plus personnelles de John Ford, très représentative de tout un courant de sa filmographie, l’intimisme poétique et humoristique, humain et respectueux des gens les plus humbles dont la mouvance pourrait être représentée par Le Convoi des braves, Le Soleil brille pour tout le monde ou La Dernière fanfare. Une sorte de transition entre ses films des années 30 avec Will Rogers et ceux qui suivront dans les années 40, l’intimisme des premiers venant se teinter ici d’un lyrisme assez nouveau qui culminera dans ses grands chefs-d’œuvre comme La Charge héroïque.


OEuvre de prestige, saluée aux Oscars à travers l'interprétation de Daniel Day-Lewis et largement récompensée par ailleurs, Lincoln est d'abord un film sur le courage politique. Pour traiter ce beau sujet, Spielberg n'utilise pas seulement son savoir-faire : il mise lui-même sur le courage, l'audace. Au lieu de nous promener dans une reconstitution historique bien huilée, il nous met au travail, nous plonge dans les réunions, les discussions secrètes qui préparent cet électrochoc historique : au début de l'année 1865, contre l'avis de tous ceux qui lui conseillent d'entretenir tranquillement sa popularité de président tout juste réélu, Lincoln décide de lancer le combat pour l'abolition de l'esclavage.
C'est à une sorte de réinvention de la politique qu'on assiste. Lincoln trace une voie qui s'écarte des pratiques communément admises et partagées. Capable de considérer ses adversaires comme des alliés potentiels, il change les rapports de force et la logique du nombre. Mais ce film très documenté trouve aussi une dimension plus méditative. Pragmatique et idéaliste, Lincoln grappille des voix au nom d'une grande idée, la dignité humaine. Tout en faisant face à l'urgence de la guerre de Sécession, il doit se projeter au-delà du présent, envisager le destin de son pays dans l'histoire de l'humanité. S'affronter à la conscience du temps, c'est aussi ce que fait Spielberg en donnant toute la mesure d'un homme politique visionnaire. Comme dans ce plan où Lincoln apparaît sur son lit de mort : une composition qui semble destinée à impressionner à jamais. Frédéric Strauss.



         

       
Le locataire de la Maison Blanche est-il pour autant un héros de cinéma comme les autres? Pendant des décennies, il est apparu comme l'homme providentiel, père de la Nation et totem quasi-divin. Puis, au tournant des années 60, tout s'est détraqué, l'assassinat de John Kennedy, puis de son frère, l'affaire du Watergate, et voici le président chutant de son Olympe pour rejoindre la petite cour des individus ordinaires. Et Hollywwod, sans doute lassé de battre la coulpe de son président et de ses institutions, décida de lui emboîter le pas.
Hollywood a-t-il toujours été juste avec ses présidents? Aujourd'hui, Barack Obama continue-t-il de faire vibrer la corde patriotique des spectateurs américains? Et d'ailleurs, un bon président fait-il forcément un bon héros de cinéma?
Réponse ici : http://www.franceinter.fr/emission-pendant-les-travaux-le-cinema-reste-ouvert-y-a-t-il-un-president-pour-sauver-hollywood

1 commentaire:

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