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lundi 28 avril 2014

Maurice ronet

Alain Leroy effectue un séjour dans une clinique de désintoxication, en région parisienne. Dorothy, son épouse, l'a quitté pour aller vivre aux Etats-Unis. Lors de sa première sortie, Alain revoit Lydia, une amie de Dorothy. Il passe la nuit avec elle. Mais Alain, qui n'est plus tenté par la vie, n'a pas le courage de se remettre à travailler. Après avoir fait un bilan de son passé, il prépare son suicide, dont il inscrit la date sur une glace : le 23 juillet. Avant ce jour fatidique, il revoit quelques amis d'autrefois. Sur sa table de nuit veille son revolver. Ses derniers mots sont les suivants : «Je me tue parce que vous ne m'avez pas aimé, parce que je ne vous ai pas aimés»...
Naguère objet de culte secret, maintenant répandu, c'est « le » film de Louis Malle, largement au-dessus des autres. A quoi est-ce dû ? Aux résonances crépusculaires de Satie ? A ce livre de Drieu La Rochelle, écrivain coupable rongé par une morale contradictoire ? A Maurice Ronet, acteur spectral, si indissociable de son rôle qu'on a pu croire qu'il ait connu la même fin ? Ou bien à ce cinéaste ambivalent (Nouvelle Vague tendance « qualité française ») ? A ce tout, cette alchimie inespérée.
Un homme, donc, qui n'a plus goût en la vie, un homme anesthésié, en cure de désintoxication dans une clinique de Versailles. Un parfum vénéneux plane, la prescience d'une fin imminente. Dernière ivresse, dernière virée pour vérifier qu'il n'y a plus d'argent, plus de jeunesse, plus de séduction. L'itinéraire d'Alain Leroy le conduit de bars hier mythiques en visites chez des amis. 


   

Dérivant sur fond de bourgeoisie rêveuse, de tentation droitière (des amis infréquentables de l'OAS), de fêlure fitzgeraldienne, ce personnage velléitaire oppresse le coeur. Dandy qui se déteste de l'être, il souffre d'un mal romantique qui lui a fait entrevoir une vie phénoménale avant de l'en priver. Impitoyable dans sa délicatesse, la mise en scène de Louis Malle filme son angoisse tout en soulignant la beauté des femmes, la majesté des jardins et des rues. La fatigue de vivre a le dernier mot.
Ce film pour public très averti tissé dans un leitmotiv musical Satien déprimant à souhait est désorientant, décalé, au dela de tout normalisme nécessaire entretenant par un équilibre salutaire trente glorieuses toiles de fonds accompagnatrices d'un personnage refusant de s'intégrer à la prospérité d'une époque.


                                


Alain Leroy frappé d’une mélancolie tenace ne voit que ce qu’il ne désire que voir condamnant ainsi toute thérapie victorieuse.
Diminué par son propre mal, déconnecté des responsabilités par un coté jouissif inassouvi sa descente aux enfers s’effectue dans un état second fait de rencontres éphémères dans un Parisianisme sans âme.
Un inéducable processus transactionnel sans intérêt tire vers le bas un être vaniteux ventilant de son esprit des choses simples synonymes malgré leurs absences de lumières d’une continuité.


                                 


Quand le cinéma s’invite au théatre pour lui apporter toute sa grandeur, quand le théâtre s’invite au cinéma pour calibrer ses acteurs, quand le couple maudit Maurice Ronet / Françoise Fabian nous éblouie par son ambivalence, c’est que l’on est en train de regarder « Raphael ou le débauché ».
Film sur l’incompatibilité entre le désir charnel et l’Amour, fresque chaste à l’érotisme suggèré, destinée fatale d’un couple maudit victime de sentiments lunatiques, « Raphael ou le débauché » se présente comme un jeu de miroir. Tout au long du film on assiste à des changements de luminosité, une alternance de noir et de blanc au milieu de la couleur. La séquence où l’on voit les ombres de Maurice Ronet tournées dans toutes les directions sauf dans celle de Françoise Fabian est culte. Par ce jeu de lumière, Deville dépeint l’ambiguïté des sentiments de Ronet et annonce le dialogue presque facultatif à venir.
Les habits des protagonistes indiquent également dans quel sentiment se trouve chaque personnage. Le blanc est signe de fascination, d’amour et de conquête alors que le noir se prête plus à la débauche et à l’amour subi. L’aspect vestimentaire joue ainsi un grand rôle et Deville, au lieu de mettre à nu ses personnages, les habille des sentiments qu’ils ressentent.


                     
En ce qui concerne le message du film, il reste plus complexe. Raphael est un habitué de la débauche sans vraiment y prendre goût, il se lasse de la vie et appréhende la mort en la défiant. Le titre du film pourrait se terminer par un point d’interrogation. Raphael n’est pas débauché dans l’âme mais son corps et sa perception du corps des femmes s’en est trouvée modifiée. Et là encore Deville joue avec le corps. A l’habit sentimental, il oppose la nudité dévastatrice, celle qui annhile toute conquête émotive. Raphael ne peut donc comprendre la finesse habillée d’Aurore et cela se traduit par une castration sentimentale.
Quant à Aurore, elle subit le chemin inverse. Par amour elle va subir le corps charnel d’hommes inconnus et primaires, pour transformer son habit sentimental en habit charnel aux yeux de Raphael. Son mariage avec un vieux sénile grabataire à la fin du film marque son suicide sentimental et sexuel.


                


Raphael le débauché meurt physquement et Aurore la Sainte meurt sentimentalement, tout simplement à cause d’une pièce manquante au puzzle humain
Par ce petit bijou, Deville nous fait réfléchir par le ressenti et le suggéré. Il montre de manière mystico-mathématique la difficulté de communication des corps et la faiblesse du langage pour les histoires de mœurs. L’apparence est loin d’être une simple image comme on a l’habitude de la définr, elle revêt un caractère métaphysique qui s’abandonne à une destinée sentimentale complexe.
Enfin ce qui est bizarre c’est que pour un film de mœurs on ne ressente que très peu d’émotion. Bien que le ressenti soit une émotion, on ne change pas d’état moral, on est simplement happé dans une histoire dont nous ne sommes que spectateurs, une émotion acquise mais peu vécue en quelque sorte. Les mœurs par la théorie pourrait-on dire. Peut-être est-ce ce côté classico-romantique du XIXème siècle qui procure cette sensation ? Il n’empêche que « Raphael ou le débauché » frise le chef-d’œuvre.


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