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mercredi 30 avril 2014

L’Exorciste

A Washington. Regan, fille de l'actrice Chris McNeil, présente de curieux symptômes physiques et mentaux qui provoque de redoutables catastrophes autour d'elle. Les médecins se révèlent impuissants, Regan est possédée par une force surnaturelle. Deux prêtres, le père Karras et le père Merrin vont tenter d'exorciser le "Démon" qui a pris possession de son âme...
Le romancier William Peter Blatty rencontre un succès inattendu avec son roman The exorcist lorsque le studio Warner Bros compte s’emparer de la poule aux oeufs d’or afin d’en tirer un long métrage. Bon nombre de réalisateurs sont pressentis, de Stanley Kubrick en passant par Mark Rydell avant que William Peter Blatty n’impose William Friedkin. Ce dernier, tout juste auréolé par le triomphe de French connection (1971), choisit de traiter ce cas de possession démoniaque comme un véritable documentaire, s’affranchissant ainsi des figures imposées d’un genre pourtant très codifié. Avec une très grande économie de moyens et un minimum d’effets, le réalisateur se penche sur le destin d’une ado pré-pubère qui est peu à peu possédée par le diable, ainsi que sur l’effet que cet événement extraordinaire induit sur l’entourage de la victime. Prenant irrémédiablement son temps (il faut attendre près d’une cinquantaine de minutes avant la première manifestation directe du démon), Friedkin a à coeur de décrire les tourments psychologiques de la mère - magnifique Ellen Burstyn - et du prêtre qui lui vient en aide. Avec un grand souci d’ancrer le surnaturel dans le quotidien, le réalisateur crée petit à petit une sorte de malaise qui ne quitte plus le spectateur jusqu’au mot fin, comme si une présence maléfique se trouvait derrière chaque plan. 



           
       
Lorsque le fantastique finit par s’imposer, le choc en est alors décuplé. Osant mettre dans la bouche de la jeune Linda Blair les plus ordurières paroles, le cinéaste multiplie les séquences outrageantes pour l’Eglise : le point d’orgue étant bien entendu le passage où la jeune fille possédée s’introduit un crucifix dans le sexe. Autant d’éléments chocs qui deviendront par la suite la marque de fabrique d’un auteur pas toujours inspiré, mais constamment fasciné par les racines du Mal. Porté par une réalisation limpide et épurée, une musique sublime utilisée avec parcimonie (le fameux thème de Mike Oldfield ne se fait entendre que trois fois) et des acteurs habités par leurs rôles, L’exorciste demeure aujourd’hui encore un modèle inégalé, provoquant l’angoisse et le doute plus qu’une peur panique. Ses trois suites, aussi différentes les unes que les autres, ainsi que tous les ersatz qui ont fleuri dans les années 70 (La malédiction pour n’en citer qu’un) ne lui sont jamais arrivés à la cheville. Le diable les emporte !


                


Si L’Exorciste est arrivé en tête de bon nombre de classement des films d'horreur, ce n’est pas uniquement parce qu’il est le plus culte, doté de répliques inoubliables (« Ta mère suce des bites en enfer, Karras »). Nul besoin en effet de rappeler ce que sont les scènes de l’exorcisme, de l’araignée sur le dos, ou, bien sûr, celle du crucifix : elles font désormais partie de la mémoire collective, au-delà du cercle restreint des passionnés du genre. Ce n’est pas non plus parce qu’il est l'un des films d’épouvante les plus rentables – plus de 402 millions de recettes –, ni le plus primé – deux Oscars (meilleur son et meilleur scénario adapté), sans oublier six nominations. Mais c’est avant tout parce que le film de William Friedkin est un bijou d'horreur cinématographique qui réconcilie les différentes branches du genre, alliant la beauté visuelle d’un ‘Suspiria’ à la monstruosité très concrète de ‘La Nuit des morts-vivants’. 



                 

 Et quoi de plus terrifiant que la vue d’une enfant innocente ainsi pervertie, crachant des obscénités avec la conviction d’un taulard, se tordant dans tous les sens – y compris un 360° cervical des plus dérangeants –, tout en projetant des litres de vomi sur quiconque ose l’approcher ? Privilégiant des acteurs inconnus (hormis Ellen Burstyn) à des célébrités, passant des souks d’Irak aux rues tranquilles de Washington, mêlant drames personnels et violence graphique, William Friedkin parvint à créer un film unique, à la fois brutal et artistique. S’il s’inscrit parfaitement dans la lignée de thrillers sataniques comme ‘Rosemary’s Baby’ ou ‘La Malédiction’, ‘L’Exorciste’ sent le soufre, la putréfaction, la pisse et le sang comme aucun autre. Un film si moralement et religieusement incorrect que la jeune actrice Linda Blair reçut des menaces de mort, et fut obligée de vivre sous protection policière pendant plusieurs mois. Le fait qu’aujourd’hui encore il parvienne à provoquer la même stupeur viscérale qu’en 1973 atteste de la puissante vision esthétique de Friedkin...(http://www.timeout.fr/film/lexorciste-1973)

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