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lundi 21 avril 2014

Firefox

Pur produit hollywoodien de la guerre froide, Firefox donne l'opportunité à Clint Eastwood de réaliser un pur film d'espionnage, qui, aujourd'hui encore, en a sous le capot. Mais c'est mal connaître le bonhomme que de penser qu'e cette seule étiquette lui suffirait.
Le rythme du film est tout à fait particulier, le spectateur y rentrant par une porte dérobée : comme si l'intrigue était déjà entamée. La séquence d'ouverture, où Mitchell Gant (Clint) court dans la forêt alors que des hélicoptères menaçants sillonnent l'espace, donne le ton : ruptures sèches, chocs visuels et sonores (un espace terrestre silencieux s'opposant à l'espace aérien assourdissant) font rentrer violemment dans l'histoire. Gant, revivant lors de cette séquence traumatique son expérience de la guerre du Viêt-Nam, nous fait croire à un film sur le traumatisme de la guerre : Clint contre Rambo, qui gagne ?
Finalement, rien de tout cela, ou plutôt une ballade syncopée dans les genres les plus éloignés. On se souvient du montage musical très romantique de Play Misty for Me (Un frisson dans la nuit), le premier film réalisé par Eastwood en 1971, coincé au beau milieu d'un thriller violent, ou encore de la séquence très « concert filmé » au Festival de Jazz de Monterey en Californie durant le même film : les extrêmes font parfois bon ménage. Ainsi, l'ouverture quasi survival de Firefox fait place à un jeu de faux-semblants dignes des meilleurs films d'espionnages, tendance Mission Impossible.
Afin de voler un avion high-tech, Clint doit s'infiltrer en Russie sous les traits d'un trafiquant de drogue. Après sa séance de maquillage, il retient consciencieusement les détails de son personnage ; préparation qui volera en éclat quelques minutes après, alors qu'un plan bien plus complexe se dévoile. Il devra changer plusieurs fois d'identité, distillant un suspense particulièrement soigné.


   

 En cours de route, Gant rencontre des « amis de la cause », alliés infiltrés prêts à se sacrifier pour la réussite de la mission : on se croirait dans un bon vieux film de guerre du côté de la Résistance. Au fin fond de la campagne russe, loin de toute technologie très avancée, le passage se vit comme un microcosme dans la structure méthodique du plan sensé priver les Russes de leur « arme absolue ».
Agitée comme un chiffon rouge depuis le début, la découverte de ce fameux avion se passe finalement assez tôt, avant le dernier tiers du film. Son apparition déjoue les attentes du spectateur, par sa précocité mais aussi par le virage extraordinaire que le film va prendre : engoncé dans son casque noir, Eastwood a des air de robot de science-fiction, pilotant un monstre mécanique surfant à la lisière du fantastique. Pensez donc : un avion qui se pilote par la pensée, via des câbles implantés dans le casque ! On nage en plein surréalisme.


                                 


Pour la forme, les longues plages de vol du Firefox le font ressembler à un vaisseau spatial extra-terrestre. John Dykstra, l'homme des effets spéciaux de Star Wars et sa compagnie ILM, est aux commandes, ceci expliquant peut-être cela. Le paysage qui se déroule devant nos yeux, parfois durant de longues séquences, ferait presque basculer le film dans un trip à la 2001, l'odyssée de l'espace, s'il n'était pas constamment épaulé par un montage alterné très travaillé, situant toujours Gant par rapport à ses poursuivants comme à ses alliés. Les enjeux nous font rester sur terre, malgré l'envol du pilote. Le rythme reste ainsi toujours soutenu, et garde pour la toute fin l'idée révolutionnaire du pilotage mental annoncé pourtant dès le début : Think Russian, Clint !
Finalement, les acrobaties aériennes de Clint Eastwood ont très certainement influencé un paquet de jeux vidéos, tant le découpage et les plans se retrouvent tels quels dans plusieurs jeux fondateurs du genre. Ce n'est d'ailleurs pas un hasard si la firme japonaise Atari sorti dès 1983 une adaptation vidéoludique du film.
Alliage atypique, Firefox reste aujourd'hui un film d'action trépidant, surprenant par sa grande variété et son audace technique. Bien avant Top Gun, Clint avait mis tout le monde d'accord : c'est lui le meilleur pilote du monde !
Source : http://eightdayzaweek.blogspot.fr/2012/12/navet-supersonique-ou-pas-firefox-larme.html

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