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mardi 22 avril 2014

Cinéma et Argent

Prenez Le Loup de Wall Street – le dernier film de Martin Scorsese, qui au fond, ne s’intéresse que de très loin au monde de la finance, à ses arcanes et à ses mécanismes. À plusieurs reprises, Leonardo di Caprio, qui interprète le rôle du tycoon Jordan Belfort, se lance dans une explication technique complexe puis semble se raviser, s’adresse à la caméra et, ses yeux plantés dans ceux du spectateurs, expliquent que le jargon et les techniques économiques ont peu d’importance en soi, ce qui compte, c’est de savoir qui s’est enrichi et qui a piqué du nez.         L'argent :
Paradoxalement, c’est le premier film "commercial" de Marcel L’Herbier qui, aujourd’hui encore, demeure son plus louangé. En effet, même si cette œuvre rare est surtout réputée pour la modernité de sa mise en scène, elle est pourtant beaucoup plus sobre de ce point de vue que celles qui l’ont précédées, et l’on aurait pu penser qu’une certaine intelligentsia aurait vu ce sage revirement comme une trahison à la carrière "auteurisante" du cinéaste français. D’ailleurs à l’époque, le film fut mal accueilli par la critique comme quasiment à chaque fois qu’un réalisateur s’est "abaissé" à faire moins "personnel", perdant à cette occasion un peu de sa superbe. L’exemple le plus flagrant étant peut être le Spartacus de Stanley Kubrick qui, s’il n’aborde pas les principales thématiques de son auteur, n’en demeure pas moins à placer aux côtés de ses plus grands chefs-d’œuvre, mais sur lequel on jeta l’opprobre l’année de sa sortie et parfois encore de nos jours. Pourtant, innombrables sont les exemples qui nous ont prouvé durant un siècle de cinéma qu’un film "personnel" n’est pas forcément meilleur qu’un film de commande surtout au temps des tout puissants producteurs. 



   

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Et L’Argent est justement un film sur lequel Marcel L’Herbier a eu moins de prise que sur ses précédentes réalisations, le producteur lui ayant fait raccourcir plus de la moitié du premier montage voulu (« composé en six mille mètres par son auteur et réduit à trois mille par la volonté de l'éditeur », s’insurgera Marcel Carné contre cette "censure"). Avec un budget et des moyens énormes, Marcel L’Herbier, délaissant un peu ses recherches formelles, réalisait un film plus classique sans pour autant succomber à la tentation de l’académisme, utilisant ainsi toutes les possibilités techniques ingurgitées jusqu’ici pour les mettre entièrement au service d’une puissante intrigue empruntée au roman homonyme d’Emile Zola, l’un des sommets du fabuleux cycle des Rougon-Macquart.


                                  

Le cinéma, américain surtout, a longtemps valorisé l’esprit d’entreprise et la réussite individuelle. Mais ceux qui faisaient de l’argent n’étaient pas nécessairement des salauds. Au moins jusqu’en 1987, lorsqu’Oliver Stone réalise Wall Street, formidable document sur l’Amérique, et donc le monde, des années 1980. La décennie des brushings et de Reagan, de George Michael et de l’aérobic, du sourire carnassier de Larry Hagman dans la série Dallas et de l’arrogance clinquante d’une nouvelle race de winners qu’on appelait alors les yuppies. Réalisé un an avant le krach boursier, Wall Street ajoutait au panthéon des bad guys fascinants du cinéma hollywoodien, un nouvelle figure, Gordon Gekko (Michael Douglas), trader impitoyable aux cheveux lissés, amateurs d’aphorismes tranchants (« Si tu veux un ami, prends toi un chien ») et esthète raffiné, beau parleur brillant en regard duquel, les héros humanistes du cinéma américain, passaient désormais pour des individus ternes et moralisateurs, mous et privés d’éclats.  

New York. Wall Street. Un jeune homme arriviste se plonge dans les délices et les af­fres de la spéculation et compte devenir un as, comme ce Gekko qu'il admire et cherche à rencontrer. La rencontre a lieu. Le grand requin initie l'apprenti requin, l'exploite, le manipule. La partie documentaire est palpitante. On est fasciné par ces humains aux comportements d'aliénés névropathes qui échangent des signes cabalistiques, pianotent sur leurs ordinateurs, lancent des chiffres, téléphonent, vendent, achètent, revendent. 


         


Ils jouent avec l'argent, trichent au jeu, édifient des fortunes, se démènent et se grisent de cotes et de pourcentages. Cette saga du fric est contée dans sa démesure et son absurdité. L'argent finit par perdre sa valeur première pour devenir une entité mythique, une sorte d'absolu.
Et, pourtant, le film d'Oliver Stone n'est pas un conte philosophique désincarné, c'est une oeuvre, à tout prendre, réaliste. Il y a une morale, bien sûr, de type traditionnel (l'argent ne fait pas le bonheur !), mais elle est énoncée du bout des lèvres. On a comparé ce film aux fables optimistes de Capra. C'est hâtif. Capra opposait, aux obsédés de la finance, des naïfs, des poètes, des idéalistes. Ici, il n'y a que des hommes d'argent, dont les ennemis sont d'autres hommes d'argent. La jungle. Gilbert Salachas 


                 

Comme Tony Montana (Scarface), son alter ego mafieux, Gekko incarnait toute une série de valeurs (l’obsession de la réussite, l’individualisme forcené, le mépris des faibles et des idiots) auquel le monde a finalement donné raison. En faisant de Gekko une icône instantanée, les traders de Wall Street ne s’y sont d’ailleurs pas trompés. Cette méprise a, paraît-il, toujours chiffonné Oliver Stone qui, vingt-deux ans plus tard, a décidé de remettre Gekko dans le jeu des finances d’aujourd’hui – post-crise, post-Lehman and Brothers, etc… - et de remettre enfin, dans Wall Street, l’argent ne meure jamais, les points sur les « i ».
Après avoir rendu à Méliès, l’un des tout premiers magiciens du cinéma, un hommage sublimé grâce aux nouvelles technologies (Hugo Cabret), Martin Scorsese revient à ses premières amours, les gangsters. Anthropologue de la mafia italo-américaine, l’auteur poursuit son étude de la cupidité à travers l’économie américaine. On le sait au moins depuis Gomorra (Roberto Saviano), les pratiques de l’économie légale sont aujourd’hui inspirées des expérimentations commerciales du crime organisé ; la brutalité du capitalisme moderne, son caractère inhumain, trouvent leur origine dans les pratiques mafieuses. Loin de chercher à rivaliser avec l’excellent et pédagogique Wall Street d’Oliver Stone, Le Loup de Wall Street ne se veut pas un film à thèse et, plutôt que de sacrifier son histoire au profit d’une dénonciation pure et simple du capitalisme, voit l’auteur se projeter dans le corps de son héros. 


           

Il y a chez ces escrocs qui, ces trente dernières années, ont contribué à imposer une financiarisation du capitalisme, quelque chose de magique, leur travail façonnant un monde qu’ils souhaiteraient semblable à leurs rêves. Le profit personnel, pensent-ils, profite à la communauté. Et, dans le cas qui nous intéresse, les entorses à la légalité se font sur le dos des plus grandes fortunes. Jordan Belfort, puisque c’est de lui qu’il s’agit, use effectivement de la pensée magique : il n’y a pas de mal à voler les riches.
On retrouve chez le courtier un sens de la mise en scène auquel le réalisateur, non sans malice, aime ici à comparer son propre travail. Issus d’un même milieu populaire, Martin Scorsese et Jordan Belfort ont en commun d’avoir su utiliser l’argent des autres pour se faire plaisir, et inventer un monde propre à faire fantasmer les masses. 


                                


C’est sans doute ce qui fait toute la beauté du film, cette jouissance communicative : s’il s’inscrit dans la continuité du récit scorsesien de l’Amérique du crime, Le Loup de Wall Street n’est ni un polar sanglant, ni un film de gangsters à proprement parler, mais bel et bien un retour à la comédie, comme semblait l’indiquer la présence au casting de Jonah Hill et de Jean Dujardin. Si le second reprend un personnage comparable à celui qu’il incarnait dans OSS117, le premier endosse ici un rôle plus ambivalent. De l’acteur, Scorsese retient surtout sa façon d’entretenir le malaise, jusqu’à faire de son personnage le plus troublant et le moins comique du film. Depuis La Valse des pantins, Scorsese sait introduire de l’inquiétude dans la comédie, et employer les familiers du genre à contre-emploi. C’est d’ailleurs à ce film que l’on pense en particulier, par son choix de rester dans la légèreté tout en dressant le tableau de la cruauté du monde et de la violence des rapports humains....


                

Il y a d’ailleurs beaucoup de similitudes entre Jordan Belfort et Rupert Pupkin, si ce n’est qu’ici la personnalité complexe du second se retrouve autant chez le personnage interprété par Di Caprio que chez celui composé par  Hill. Le Loup de Wall Street peut aussi être envisagé comme une parodie des Affranchis, les deux films s’ouvrant par les fameux tic de mise en scène dont Scorsese est coutumier, un acte violent (ici, l’utilisation de nains pour un jeu cruel), une image gelée et un discours amorcé en voix off. De même, on n’a pas de mal à se figurer Di Caprio reprenant  son compte les propos tenus par Ray Liotta, « aussi loin que je me rappelle, j’ai toujours rêvé d’être un gangster ». A l’image de Henry Hill, dont l’histoire constituait la matière première des Affranchis, Jordan Belfort n’est pas le fruit de l’imagination du cinéaste. C’est la façon dont celui-ci sonde l’âme de son personnage, usant d’images spectaculaires pour donner un sens aux délires de l’homme historique, qui font du Loup de Wall Street une authentique fantasmagorie. Face à la vague de 30 mètres qui menace d’engloutir le héros, on pense ainsi à Jérôme Kiervel qui, dans son interview accordé à Denis Robert dans les Inrockuptibles, faisait appel à cette même image destructrice.
Source : http://www.cinematraque.com/2013/12/le-loup-de-wall-street-et-la-pensee-magique/

1 commentaire:

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