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mercredi 5 février 2014

Rudolph Maté

21 janvier 1898 à Cracovie (Empire austro-hongrois, actuelle Pologne) – 27 octobre 1964 à Los Angeles (États-Unis)
Expatrié aux États-Unis en 1935
D’origine polonaise, Rudolph Maté reste l’un des chefs opérateurs les plus renommés de l’âge classique hollywoodien. Après des études à l’Université de Budapest, Maté entre dans l’industrie cinématographique européenne en devenant l’assistant de Carl Theodor Dreyer, notamment sur La Passion de Jeanne d’Arc (1928). Très proche de Karl Freund, Maté développe des compétences particulières dans le traitement visuel de l’image et devient rapidement directeur de la photographie sur plusieurs tournages.
Rudolph Maté s’expatrie aux États-Unis en 1935 dans le but de trouver de nouvelles opportunités professionnelles. Son pari est réussi puisqu’il n’a aucun mal à s’intégrer à Hollywood et à trouver des contrats. Maté travaille notamment avec Alfred Hitchcock sur Foreign Correspondent (1940), René Clair surThe Flame of New Orleans (1941), Ernst Lubitsch sur To Be or Not to Be (1942) et Charles Vidor sur Gilda (1946).


                 


Marqué au fer est à son tour un western qui force la sympathie notamment grâce une bonne interprétation d'ensemble, de beaux extérieurs "technicolorisés" et surtout à un scénario mélodramatique assez bien écrit et dont l'idée de départ s'avère plutôt originale.
Belle histoire mélodramatique que celle de cet aventurier qui se fait passer pour le fils disparu d'un riche éleveur pour essayer de capter son héritage mais qui, tombant amoureux de sa "sœur" et ne pouvant plus supporter de n'avoir pas le droit de lui déclarer son amour, préfèrera tout avouer et partir à la recherche du véritable rejeton qui avait été kidnappé quelques années auparavant dans le but de mettre en place cette diabolique fourberie. Quant on sait que le fils a été adopté par un bandit mexicain qui tient désormais à lui comme à la prunelle de ses yeux, que le rancher oblige Choya à jouer son rôle de fils jusqu'à la mort de son épouse pour ne pas peiner cette dernière, que l'instigateur de cette duplicité souhaite désormais tuer celui qui l'a fait échouer, que le véritable fils ne souhaite pas quitter sa famille d'adoption mais que Choya oblige de force à revenir vers sa famille de sang, etc. , on imagine aisément que le scénario est assez riche en rebondissements pour tenir le spectateur en haleine jusqu'au bout ! Et en effet, le western de Rudolph Maté se suit sans aucun ennui jusqu'au happy end apaisant, finalement assez surprenant quand on est habitué à ce que les mélodrames ne se terminent que très rarement dans la joie et la bonne humeur. Nous sommes ici très éloignés (sans que ce soit un jugement de valeur) du baroquisme outrancier de Duel au soleilde King Vidor ou du ton de tragédie grecque qui irradiait The Furies d'Anthony Mann ; le drame se révèle ici à la fois plutôt raffiné mais également assez naïf et c'est ce qui fait en partie son charme.

   
                 


En 1947, Rudolph Maté passe à la réalisation et abandonne son premier métier. Si son travail comme directeur de la photographie faisait sa renommée, force est de constater que le cas est différent pour ses films réalisés. Après quelques longs métrages aux maigres budgets, Maté réalise en 1951 When Worlds Collide pour George Pal, producteur emblématique de la SF à l’époque et autre exilé européen. Le film de Maté se détache apparemment du conflit en Corée qui occupait jusqu’alors les productions SF et traite plus directement de la fin du monde. DansWhen Worlds Collide, la Terre est condamnée à entrer en collision avec une autre planète, Bellus, et doit donc s’organiser la survie de la race humaine. Est alors construite une fusée/Arche de Noé pour envoyer quelques élus sur Zyra, une planète aux conditions similaires à la Terre qui accueillera les survivants chargés de recréer une nouvelle civilisation. 


                                  


Jamais, dans le film, n’est évoquée la possibilité que ces « élus », choisis pour leurs bonnes mœurs et leur foi en la démocratie américaine (soit férocement anticommunistes), puissent ne pas être américains. L’Amérique, ici, subsume à elle-seule toute la population mondiale. Plus américain qu’américain, le film de Maté déplace le cadre thématique des sci-fi films de l’époque : ce n’est plus tant des conflits et menaces contemporaines que l’on traite à l’écran que de l’avenir de l’humanité et des bases idéologiques sur lesquelles elle se développera. Le film connaît un relatif succès et est considéré aujourd’hui comme une œuvre culte de l’âge d’or de la SF américaine.
Ses autres réalisations, qui témoignent de bien des genres différents, passent la plupart du temps inaperçues et c’est surtout pour sa première inscription professionnelle que Rudolph Maté est aujourd’hui cité.

Deuxième des six westerns réalisés par Rudolph MatéSiege at Red River s’avère totalement différent du précédent,Marqué au fer (Branded), un western mélodramatique et psychanalytique très attachant avec Alan Ladd et Charles Bickford. Avec pourtant le même scénariste, autant ce premier essai se prenait très au sérieux, autant Le Siège de la rivière rouge se révèle décontracté, flirtant même parfois avec la comédie. Malgré la dissemblance de ton, comme son prédécesseur, c'est un film qui, à défaut d’être stylé ou harmonieux, force la sympathie, notamment grâce une bonne interprétation d'ensemble et à un Technicolor pimpant. Prévenons néanmoins qu’il ne sera pas forcément du goût de tout le monde : si comme moi vous trouvez Van Johnson agréable à fréquenter et Joanne Dru craquante, si a priori les mélanges peu digestes aventure/comédie/western/espionnage ne vous offusquent pas, et si vous n'êtres pas allergiques à quelques chansonnettes, ce film fortement coloré et joyeusement rythmé pourra vous être de temps en temps jubilatoire d'autant que les paysages sont superbes et variés. 


          
    
Hormis cela, la mise en scène de Maté n'a une fois de plus rien d'exceptionnel et le scénario part dans tous les sens au risque d’en laisser certains sur les bas-côtés, notamment au cours d’une très longue scène de pure comédie en plein milieu du film qui passera ou cassera ; soit une séquence assez datée et qui s'éternise un peu trop, et qui réunit Joanne Dru et Milburn Stone, ce dernier essayant d’enivrer la jeune femme afin de la mettre "hors d’état de nuire". A ce moment-là, on n'a plus tellement l'impression de visionner un western mais une comédie légèrement pataude. Heureusement l'amusante chute "coquine" avec l'arrivée de Van Johnson au petit matin vient rattraper ce qui a précédé.
Étonnant de la part de Sydney Boehm, surtout connu pour des scénarios au contraire plutôt sombres et souvent sans la moindre trace d’humour : avant cela il en avait écrit deux autres pour Rudolph Maté dont celui de Midi Gare centrale (Union Station), mais aussi celui fabuleux de The Big Heat (Règlement de comptes) de Fritz Lang ou encore celui passionnant deThe Raid de Hugo Fregonese



                                   



Par la suite, il signera encore ceux, tout aussi admirables, de The Tall Men (Les Implacables) de Raoul Walsh ou des Inconnus dans la ville (Violent Saturday). Son travail pour Siege at Red River est donc totalement différent. Mais tout d’abord, que ceux qui auraient été attirés par le titre n’attendent ni siège ni rivière rouge ; on se demande bien comment il a pu être choisi à moins que le scénario ait été modifié au dernier moment sans que n’ait été transformé le titre. Un mystère aussi grand que celui de savoir ce qui s’est passé dans l’esprit de Boehm pour nous pondre un tel script/patchwork sans grande rigueur ni enjeux dramatiques. 


Commençant comme un film d’action survolté (il faut dire que Lionel Newman a composé une musique particulièrement exaltée), ce western prend ensuite des chemins de traverse, passant par la comédie (parfois musicale) "bon enfant" avec quelques détours vers l’espionnage, le drame ou encore le film d’aventures. Tout n’est donc pas du meilleur goût, le rythme endiablé est parfois stoppé net par des digressions pas toujours très heureuses ; cependant l’ensemble reste la plupart du temps particulièrement divertissant. Mais la principale jubilation vient de la chanson Tapioca écrite par Lionel Newman et Kim Darby qui aurait très bien pu devenir un tube si elle avait été intégrée au sein d’une célèbre comédie musicale. On l’entend ici à plusieurs reprises (et pour cause, il s’agit du code pour que les partisans sudistes se reconnaissent), chantée tour à tour par Van Johnson et même, lors d’une bonne séquence de cabaret, par Peggy Malley. Une mélodie superbement écrite, colorée, entraînante et entêtante. Source : http://www.dvdclassik.com/critique/le-siege-de-la-riviere-rouge-mate

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