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vendredi 7 février 2014

Richard Burton


Quand les aigles attaquent -1968-

Sous-genre majeur du film de guerre, le film de commando obéit à des lois quasi immuables et à un cahier des charges très codifié. Quand les aigles attaquent n'échappe pas à la règle. 
Basé sur un livre d'Alistair McLean – le spécialiste du roman d'aventures de l'époque – déjà adapté de nombreuses fois à l'écran (Les canons de Navarone de Jack Lee Thompson, Station 3, ultra secret ou encore Destination Zebra de John Sturges...) le film suit dans les Alpes bavaroises un commando ayant pour mission de délivrer un général américain capturé par les nazis. Bien sûr, les choses se révèleront beaucoup plus complexes que prévu. Dans sa construction comme son déroulement, le film se divise en deux parties. Deux parties que l'ont pourrait désigner sans problème avec des termes militaires (ainsi que deux des diverses figures imposées du genre « commando ») : l'infiltration et l'exfiltration. 
Si la première partie est basée sur la préparation et le recueil d'informations, la deuxième, elle, sera celle de l'action frénétique: fusillades, explosions, escalade, combat sur un téléphérique, poursuite en camion, dynamitage de pont... Toutes les possibilités de l'environnement sont exploitées pour fournir la dose requise d'action militaire. En fil rouge de cette mission, on aura aussi toute une intrigue d'intoxication, d'espions, d'agents doubles (voire triples...) culminant dans la scène centrale et pivot du film : l'interrogatoire du général Carnaby.



   

Réalisé en 1968 par Brian G. Hutton, ancien acteur (qui croisa Eastwood dans un épisode de Rawhide) reconverti en réalisateur au début des 60's (et qui quittera la réalisation dans les années 80 pour devenir... plombier (!?%#)), Quand les aigles attaquent est d'abord initié à la demande de Richard Burton, que son fils voulait voir dans un rôle héroïque. C'est le producteur Elliot Kastner qui proposera à McLean d'écrire un nouveau roman (les autres étant déjà tous adaptés ou en cours d'adaptation) et d'en tirer un scénario. 


Derrière la caméra, Hutton fournit un travail solide, dynamique et sans temps morts. Le film, dépassant quand même les 2h20, dispose de moyens confortables (beaucoup de scènes en extérieur, nombreux extras, large exposition de matériel militaire – parfois même trop, jusqu'à l'anachronisme, à l'image du général Allemand arrivant en hélicoptère... qui plus est un modèle américain ! mais cela ne choque pas, tant le film lorgne vers une guerre au style très « comic book »). Ce qui tranche dans le traitement des personnages, et plus particulièrement des « héros », par-rapport aux autres films de commando, c'est le refus de la caractérisation typique de ce genre. Ici, point de franche camaraderie virile, pas de spécialistes dans un domaine bien précis, pas de bons mots le cigare au coin des lèvres et la mitrailleuse fumante. 


                   


Ici, les soldats sont des pros privilégiant la mission et l'efficacité, tout juste sent-on une vague estime réciproque entre Smith (Burton) et Schaffer (Eastwood). Un duo qui fonctionne à merveille, Burton en étant le cerveau et Eastwood la main armée. Mais derrière cette rigidité apparente, pointe une nonchalance presque bondienne chez Smith, qui s'autorise quelques instants de « corps-a-corps » avec Mary Ure, ou de (faux) harcèlement avec Ingrid Pitt. De son coté, Eastwood campera un personnage monolithique, à la réplique rare. 


En effet, le grand Clint décida de supprimer une grande partie de ses répliques afin de se focaliser plus sur l'action ( ce qui vaudra cette remarque élogieuse de Burton : « Il a l'air de ne rien faire, mais il fait tout. Il réduit tout au strict minimum. Si il avait une réplique de quatre lignes, il la réduisait à quatre mots. » ) Le contraste est des plus efficaces quand Eastwood passe à l'action : on a l'impression qu'il décime à lui seul la moitié de l'armée allemande ! Récoltant un beau succès à sa sortie, Quand les aigles attaquent deviendra vite une référence dans le domaine du « film de commando », au gré de ses multiples rediffusions TV (surtout aux États-Unis et en Angleterre), se retrouvant cité au détour d'une réplique ou dans un classement des meilleurs films de guerre. 


                             


Le film exerçant même son influence dans le domaine du jeu vidéo, le titre Wolfenstein ne faisant par exemple que reprendre la trame du film, mais cette fois en y ajoutant le contexte fantastique, la série des « Call of Duty », dont plusieurs niveaux reprennent soit le décor du château et du téléphérique, soit celui de la fuite en camion. Ce qui rend bien hommage a l'activité principale du film (dessouder du nazi) et à sa savoureuse « tagline »: « One week-end Major Smith, Lieutenant Schaffer, and a beautiful blonde named Mary decided to win WorldWar II. » 
« Broadsword calling Danny Boy. Broadsword calling Danny Boy. Over. »

La Grande menace est un film franco-britannique. Son réalisateur, Jack Gold, est né en 1930. Lorsqu’il réalise ce film en 1977, il a déjà sept longs métrages derrière lui dont Le Visiteur (1975) avec Martin Sheen et Le Tigre du ciel (1976) avec Malcom McDowell. Il réalisera par la suite d’autres films dont Le Petit Lord Fauntleroy (1980) qui, un peu à la manière de La Grande menace mais dans un tout autre genre, réunit un petit groupe de fans dévoués. Le directeur de la photographie, Arthur Ibbetson, est déjà célèbre à l’époque puisqu’il s’était occupé de La Comtesse de Honk Kong de Charlie Chaplin et de Quand les aigles attaquent de Brian G. Hutton avec Clint Eastwood. Il ne semble pourtant pas avoir été inspiré par La Grande menace dont la lumière est très classique. Les décors sont sous la responsabilité de Peter Mullins, qui s’était illustré sur la série des Panthère Rose. Mais rien d’aussi fantaisiste ou d’original dans les décors de La Grande menace. Dans l’équipe des effets spéciaux, on trouve Brian Johnson qui a travaillé surAlien de Ridley Scott et L’Empire contre-attaque d’Irvin Kershner (et dont il est question dans les bonus du DVD). Mais là encore, même si le travail de Brian Johnson est tout à fait respectable et étonnant pour l’époque (comme le crash de l’avion), les effets spéciaux ne sont pas mis en valeur.


   


La principale idée formelle du film, ce sont ces images récurrentes sur l’électroencéphalogramme de Morlar dans sa chambre d’hôpital. Cette idée, la prestation des acteurs (tous excellents), ainsi que certaines idées de découpage (la scène du suicide de la voisine par exemple) rendent ce film captivant mais un peu austère. Comparé aux univers visuels très forts de Brian de Palma et de David Cronenberg, La Grande menace fait même pâle figure.


                                


Sorti en France en novembre 1978, La Grande menace aurait souffert à sa sortie d’être associé à L’Exorciste 2 de John Boorman et Damien 2 de Don Taylor et vite rangé dans la case “une série B d’horreur de plus”. « On devrait trembler, on rigole » lit-on dans Télérama, « ce récit policier en forme de conte fantastique manque de suspens et de clarté» lit-on dans le Monde. Le film totalise malgré tout 241 762 entrées sur Paris dans cinq salles (score honorable pour l’époque). 


                                

Aux États-Unis, La Grande menace est nominé en 1979 pour le Saturn Award du “Meilleur film d’horreur” par l’Academy of Science-Fiction, Fantasy and Horror Film, mais ne reçoit pas de prix. En 1996, alors que plus personne ne parlait de ce film, le magazine français Mad Movies établissait, à l’occasion de son numéro 100, la liste de ses cent meilleurs films fantastiques et citait La Grande menace parmi ceux-la. C’est ainsi, coincé entre l’oubli et la volonté de réhabilitation, que La Grande menace traverse vingt cinq ans d’histoire du cinéma, jonchés de diffusions TV en deuxième partie de soirée, et observant d’un œil honteux la révolution du numérique et des effets spéciaux. Alors qu’est-ce qui fait survivre ce film ?
Suite et source : http://www.dvdclassik.com/critique/la-grande-menace-gold

2 commentaires:

  1. http://ap2i62.1fichier.com/
    http://xfeihigm3j.1fichier.com/

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  2. Excellent travail éditorial, très bien écrit.

    Si la postérité, disons dans sa forme actuelle, retiendra de Burton ses mariages à répétition avec une certaine Liz ou même ses frasques éthyliques, j'opine pour ma part qu'il était un excellent acteur, un des tous meilleurs.
    Une grande force de conviction dans son jeu, un réel charisme animal, La grande menace nous le prouve aisément puisqu'il fait passer beaucoup d'émotion et de crédibilité dans son jeu.

    A noter que la grande menace fut produite par la firme ITC de Lewis Grade.
    Autant cette firme connut de grands succès à la télévision (l'âge d'or des séries britanniques), autant ses productions cinématographiques peinèrent, malgré l'évidente qualités de certaines.

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