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samedi 1 février 2014

Miracle en Allabama

La petite Helen Keller devient sourde et aveugle à la suite d'une maladie. Lorsqu'elle arrive à l'âge de sept ans, ses parents font venir une institutrice spécialisée, Annie Sullivan.
Durant son voyage en train, celle-ci revoit son passé et l'asile où, aveugle elle-même, elle a vécu durant son enfance, avec son frère.
Dès l'arrivée d'Annie chez les Keller, Helen manifeste son hostilité à son égard. À table, Annie est choquée par le comportement d'Helen, véritable petit animal. Son éducation commence : à la fin d'un véritable corps-à-corps, Helen plie sa serviette et mange avec une cuillère, assise à sa place.
Mais les progrès sont lents et Helen voue une haine tenace à Annie. Celle-ci s'installe avec Helen dans le pavillon du fond du parc. Annie commence à apprendre l'alphabet tactile des aveugles à Helen. Mais Helen s'oppose toujours à Annie. Elle refuse de s'habiller, mais Annie aura le dernier mot et sera la plus forte.
Helen a pris le goût d'apprendre et épèle avec ses doigts des mots. Annie cherche en vain à lui faire comprendre qu'ils représentent des objets. Finalement, le déclic se produit. Helen prononce le mot " eau". Le miracle a eu lieu : Helen n'est plus un petit animal. Elle est devenue une personne humaine. Pour la première fois, elle se blottit dans les bras d'Annie.


   

Homme de télévision et de théâtre, Arthur Penn réalisa son premier film en 1957 : LE GAUCHER avec Paul Newman. Ce film passa complètement inaperçu en Amérique et fut seulement salué par la critique européenne. Penn retourna travailler à la télévision et à Broadway. Il attendit près de quatre ans avant de pouvoir tourner son second film : MIRACLE EN ALABAMA. En 1959, il met en scène à Broadway cette pièce de William Gibson, avec Anne Bancroft, Patty Duke et Patricia Neal. La pièce est jouée plus de trois cents fois. 


                                    


Le succès obtenu permet à Penn de porter à l'écran, avec les mêmes actrices, la pièce de Gibson, basée elle-même sur le récit autobiographique d'Helen Keller. En 1962, Anne Bancroft recevait l'Oscar de la meilleure actrice et Patty Duke celui de la meilleure actrice de second rôle. Le film obtint plusieurs récompenses. Arthur Penn a dit : "MIRACLE EN ALABAMA raconte la longue attente d'une étincelle spirituelle... Pour moi, le protagoniste est non pas Helen mais Annie, et il n'y a pas d'antagonisme, sinon la nature qui a laissé Helen dans un tel état. " Se souvenant de son expérience de la télévision, Penn a employé simultanémenet trois caméras pour filmer certaines scènes, notamment celle du combat entre Helen et Annie.


                                    

Le meilleur du film, ce sont ces scènes de “domptage” qui atteignent au paroxysme. Le style de Penn - ses outrances, son goût du baroque, sa rhétorique de la violence, du mouvement des gestes et du corps - prend alors sa pleine efficacité dans la traduction d’un climat dramatique tendu à l'extrême. La caméra nous fait pénétrer dans l'arène, dans l'intimité même d'une lutte qui met aux prises deux volontés, celle de l'enfant qui s'efforce de détruire les objets et les êtres qui lui résistent, celle de la jeune femme obstinée dans sa détermination à briser cette carapace de néant. 


                                                     

Terrible huis clos où l'objectif joue le rôle du voyeur, placé au centre d'un tourbillon de fureur, au cours de cette séquence insoutenable où les deux antagonistes se jettent à la figure le contenu des assiettes (Ann a voulu apprendre à Helen comment se tenir à table) dans une salle à manger qui semble dévastée par un ouragan… Tout le problème dont Ann s'évertue de trouver la solution est contenu dans cette “explication” : comment démontrer à cette petite bête sauvage que les choses ont un nom, que les mots épelés dans ses mains ont une signification précise ? La caméra de Penn, s'attachant aux gestes, aux objets, au cheminement de la cuiller vers la bouche, nous fait parcourir ce difficile itinéraire de la chose “sentie” à la chose “connue” grâce au mot qui la désigne. C'est une admirable leçon d'humanité, de dignité, de raison.

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