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jeudi 6 février 2014

Henry Fonda


Du sang dans le désert :
Basé sur une intrigue plus conventionnelle, ne possédant ni l’ampleur ni l’intensité des westerns de la série avec James Stewart, Du sang dans le désert n’en demeure pas moins un très beau film qui devrait rassembler un maximum de westernophiles, d’autant plus qu’il demeure assez rare et méconnu. Son histoire est celle de Morgan Hickman (Henry Fonda), un chasseur de primes qui vient toucher la prime promise pour la capture d’un hors-la-loi. Devant l'hostilité générale de la population de la ville, il trouve refuge pour la nuit chez une veuve et son fils tenus à l’écart à cause du racisme ambiant (la "logeuse" est la veuve d’un Indien). Le lendemain, il sauve la vie du jeune shérif du lieu, Ben Owens (Anthony Perkins), ce dernier lui proposant de devenir son adjoint et de lui apprendre son métier. Mais Hickman refuse dans un premier temps en lui dévoilant quelques bribes de son passé ; il fut un shérif dont la femme et l'enfant sont morts de maladie parce qu'il n'avait pas d'argent, ce qui le fit devenir "Bounty Hunter"... Une belle histoire d'amitié et d’apprentissage entre un chasseur de primes vieillissant, hanté par son passé, et un jeune shérif naïf, gauche et inexpérimenté qu'il prend sous son aile. 



   
 
Un beau western psychologique, sensible et humain, qui n'a plus grand chose à voir avec la série qu’Anthony Mann réalisa avec James Stewart mais tout aussi impressionnant plastiquement parce que le réalisateur ne laisse rien au hasard et que sa science du cadrage touche encore une fois à la perfection (quels magnifiques plans larges dont ceux, identiques, qui débutent et clôturent le film !). Même sil s'agit cette fois ci, à l’exception de la chasse à l’homme mouvementée dans les montagnes, d'un western "en chambre", la nature faisant place ici à une petite ville de l’Ouest et sa communauté bouillonnante et brutale. Le cinéaste prend son temps, flâne avec le taciturne Henry Fonda et ses hôtes (une femme et son jeune enfant métis qu’elle a eu avec un époux indien) mais ne nous ennuie pas une seconde car, outre un scénario parfaitement rythmé, rigoureux et intelligent de Dudley Nichols (auteur entre autre de Stagecoach de John Ford), une musique très réussie d'Elmer Bernstein et un somptueux noir et blanc,

 il tient à sa disposition un duo d'acteur épatant accompagné d’un attachant John McIntire dans le rôle du médecin. Henry Fonda est parfait dans la peau de cet homme qui va éveiller la mauvaise conscience de la ville dans laquelle il arrive ; mais la plus grande surprise vient d’Anthony Perkins à qui le rôle de ce jeune shérif va comme un gant. La maladresse de l'acteur s'accorde parfaitement avec celui de son personnage. Anthony Mann dira d’ailleurs à son propos : « Tony a d'énormes possibilités mais il a besoin d'être guidé et conseillé comme son personnage dans le film. » Anthony Mann en profite pour décrire l’antagonisme entre deux conceptions différentes de la loi. The Tin Star aura été le seul film du grand réalisateur américain à avoir été nommé pour les Oscars, pour son scénario humaniste et antiraciste, d’une grande noblesse de sentiments. Sans atteindre des sommets, il fallait profiter de The Tin Star car les westerns suivants du cinéaste ne seront malheureusement plus de cette trempe.(http://www.tvclassik.com/notule2.php?id_film=1202).




How the West was won (La Conquête de l'Ouest), George Marshall, Henry Hattaway, John Ford et leurs amis, 1962
Peut-être l'avais-je vu gamin mais je n'en avais plus aucun souvenir.
Certaines situations du début font un peu peur, avec une intrigue qui s'annonce franchement digne d'une mauvaise série B : la petite famille pleine de foi de Karl Malden, Jimmy Stewart qui se fait avoir comme un bleu dans une caverne pour aller voir une soit-disante "bête sauvage", le commencement d'une romance un peu mièvre avec la toute fraîche Carroll Baker. Mais petit à petit, l'ambition du film se fait jour, pour aboutir à une véritable saga sur plusieurs générations, où l'on est invités à vivre la petite histoire dans la grande. Les ellipses d'un épisode à l'autre sont plutôt bien gérées. Les périlleuses expéditions des pionniers qui remontent les fleuves vers l'Ouest, la difficile coexistence avec les Indiens, la ruée vers l'Or, la Guerre civile, le désordre et la loi. Autant de thèmes abordés sous l'angle de la fiction mais aux vertus documentaires. Si le film est une ode à l'esprit de bâtisseur du peuple américain, il se montre finalement assez critique du mythe du Far West. Les premiers immigrants s'affrontent entre eux, la quête de l'or se révèle vaine, la guerre n'aboutit que sur de nouvelles désillusions, la bataille du chemin de fer a été gagnée sur les mensonges faits aux Indiens.
 

 
   

Hattaway inquiète donc un peu avec son premier épisode mais se rattrape vite lors d'une bagarre redoutablement dynamique. Il se sort déjà mieux du second épisode sur la ruée vers l'or, avec Gregory Peck en aventurier cool et Debbie Reynolds très enthousiaste dans ses numéros de cabaret. La séquence tournée par Ford est presque immédiatement identifiable, par sa chaleur humaine, son spectaculaire mesuré, son émotion. Montrant les conséquences de la sanglante bataille de Shiloh, Ford s'attarde sur les répercussions de la guerre sur les hommes, et évoque le douloureux retour au foyer et l'espérance d'une nouvelle ère. 


Le jeune George Peppard s'y montre excellent. Pour l'épisode du chemin de fer, George Marshall apporte beaucoup de rythme, avec des mouvements de caméra qui profitent bien du Cinerama, mettant en valeur aussi bien ses figurants que ses décors. C'est peut-être lui qui bénéficie du scénario le plus intéressant avec des enjeux dramatiques finament travaillés. La production a des moyens et bénéficie d'une superbe photographie technicolor, qui en fait souvent un régal pour les yeux. 


                                    


Les cascades sont toutes très réussies et inventives, et d'autant plus impressionnantes qu'on devine la lourdeur de l'équipement de tournage utilisé (pas mal de plans avec caméra embarquée). Je retiens particulièrement la trépidante attaque du convoi par les Indiens et l'hallucinante charge des bisons sur le chantier. Mais il faut reconnaître que le film est irregardable sur un écran de télé. 


Sans même parler du fait que mon enregistrement VHS proposait déjà une copie dégueulasse (et qu'il s'arrête 20 minutes avant la fin), on doit bien perdre un bon tiers d'image sur les côtés. Les gros plans étant quasiment absent, j'ai parfois eu du mal à reconnaître certains acteurs (John Wayne ou Eli Wallach, par exemple).
Le Cinerama fut un gadget hélas sans descendance. Quelle salle proposerait aujourd'hui la projection d'une copie 70mm au format 2.75 sur un écran concave et un son multicanaux 7 pistes ?

Il était une fois dans l'Ouest :
« Ouin, ouin, ouin, ouiiiin... » Si tout le monde n'a pas vu Il était une fois dans l'Ouest, tout le monde connaît son air d'harmonica lancinant, composé par Ennio Morricone. Quand Bronson, plus asiatique que jamais, souffle dans l'instrument pleureur, la tension monte. Cette tension, artificielle, ne cesse de monter, c'est le moteur du film. Dans cet opéra bouffe et décadent, Sergio Leone dégaine ses armes fétiches : les séquences dilatées jusqu'à plus soif, les gros plans pétrifiants, les visions crues. Il orchestre un ballet de morts en sursis en magnifiant la poussière, les costumes, le ciel et la terre.
De gueules patibulaires en corps désirable (Claudia Cardinale, éclatante), de massacres en duels, le cinéaste italien se livre à une démythification de l'Ouest. Le monde qu'il décrit est âpre et sans pitié, dominé par le sadisme et la vengeance. On peut trouver tout ça un poil surchargé, trop baroque, formaliste. Malgré tout, on reste scotché, fasciné par le vérisme des situations. Plus qu'un exercice de style, ce drame élégiaque, comme bon nombre d'autres westerns de Leone, a profondément renouvelé un genre moribond. 


   
 
C'est l'enterrement (de première classe) du western au son inoubliable de l'harmonica d'Ennio Morricone. Il fut tourné exprès par Sergio Leone à Monument Valley et avec Henry Fonda, comme un dernier coup de chapeau à John Ford. Inutile de rappeler le pourquoi du comment de la vengeance de Charles Bronson. Tout est dans les silences, les regards et les bonus particulièrement riches de cette édition de luxe. La Rolls du spaghetti. 
Au premier regard d’ Il était une fois dans l’Ouest, pas de doute : d’entrée le spectateur ne peut passer à côté de la flagrante et parfaite symbiose qui s’établit entre les complaintes mélodiques lancinantes écrites par Ennio Morricone et la griffe visuelle hors norme de Leone. Le constat saute aux yeux : qu’il s’agisse soit des mouvements fluides et hiératiques de la caméra, soit de la gestuelle et du déplacement propres des protagonistes, tout participe dans la mise en scène à jouer la carte de la plus minutieuse synchronie image-musique, de l’harmonie audio-visuelle à la fois troublante et envoûtante qui finit par porter l’ensemble du film au rang de véritable opéra baroque. 



                                    

La si inhabituelle décision de Leone de diffuser pendant le tournage la musique de Morricone par hauts-parleurs ne semble bien entendu pas étrangère à ce brillant « timing » serré entre l’Image et le Son : par exemple, la confrontation finale entre Harmonica (Charles Bronson) et Frank (Henry Fonda) dévoile avec grande perfection combien, via ce dispositif, les acteurs se sont imprégnés de la musique et l’ont, à leur façon, “assimilée” dans leur jeu en se mouvant très chorégraphiquement au rythme de celle-ci, de manière lente et majestueuse. Néanmoins, cette dernière démarche adoptée par Leone ne saurait résumer ou du moins justifier à elle seule de la totale réussite de ces fabuleuses connexions image/musique qui jalonnent tout le récit d’ Il était une fois dans l’Ouest
Source : http://lecranmusical.blogspot.fr/2011/07/il-etait-une-fois-dans-louest-lextase.html

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