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lundi 10 février 2014

Bons baisers de Bruges

Les premières minutes sont très accrocheuses, avec une voix-off et une ambiance film noir qui happent subtilement et efficacement. On passe par différentes atmosphères : film de gangster, comédie, drame, romantisme…Loin des clichés qu’aurait facilement pu engendrer le scénario, Bons baisers de Bruges est avant tout un film que l’on sent désiré. Les personnages ont été écrit avec conviction, ils sont tous forts et typés, des principaux aux plus secondaires. De la place du caméraman, ni esthétisante ni banale, au choix du lieu et des décors, en passant par l’enchaînement des événements, tout est à la fois incongru et harmonieux. Un film inclassable, dont les scènes d’action ne sonnent pas américaines, dont l’humour noire ne sonne pas british et dont le jeu des acteurs ne sonne pas européen (acteurs britanniques, belges et français)
Les sentiments et les comportements humains sont dépeints d’une manière nouvelle, incorrecte pour un cinéma classique, tant ils échappent aux stéréotypes et à la philosophie de comptoir. Quand Ray craque et déclare son envie de se suicider, il continue avec une blague des plus cyniques, en écho avec la fin qui dit en substance : « je préfère mourir que de rester à Bruges, ou peut-être pas en fait !!! » (ville que le personnage dénigre ironiquement depuis le début). Non pas que le film fuit devant la gravité de ce qu’il raconte, au contraire, il évite le tire-larme primaire et niais pour se donner plus d‘ampleur émotionnelle. Un humour à la fois très masculin et profond…et surtout rarement aussi bien traité, sans opportunisme.






Après l'échec de leur mission, deux tueurs à gages se retrouvent à Bruges où ils attendent les ordres de leur chef : si Ken le plus âgé est prêt à faire du tourisme et à admirer les monuments de la célèbre cité flamande, son jeune compagnon Ray se sent prisonnier de cette ville musée et semble rongé par des démons intérieurs... Et l'on découvre bientôt les remords qui le rongent. Ce film se présente comme un « polar » relativement décalé par son décor inédit, par sa thématique originale - les remords d'un tueur - et par l'humour dont il est saupoudré. 


                   

Il semble ainsi avoir une visée essentiellement distrayante, ce qui peut ainsi être l'occasion d'une réflexion avec les spectateurs sur la dimension de loisir du cinéma : quelle sorte de plaisir trouvons-nous donc à la vision d'un film « noir » comme Bons Baisers de Bruges ? Finalement, si le film séduit autant, c’est en grande partie grâce à un parfait dosage entre le drame austère et la comédie potache, l’un ne prenant jamais le pas sur l’autre. La galerie de tronches de série B et autres figures comiques propres au film de genre sont des passages obligés qui désamorcent la violence du propos, mais n’en enlèvent pas pour autant la noirceur. 


                                   

À l’inverse, en tenant tout au long du film une vraie rigueur dans sa mise en scène, qui apparaît presque dépouillée de tous les artifices d’usage, Martin McDonagh peut s’autoriser la présence d’un personnage outrancier (le commanditaire) en le faisant jouer par un comédien (Ralph Fiennes) capable d’en faire énormément sans pour autant donner l’impression d’aller trop loin.  Le récit, tragique en diable, peut ainsi se dérouler sans encombre car tout est affaire de dosage et, à ce difficile jeu des mélanges, Martin McDonagh excelle − aidé par des acteurs très convaincants, Brendan Gleeson et Colin Farrell en tête.


                                   

Le réalisateur peut tout s’autoriser et mixer dans son shaker, pêle-mêle, un règlement de comptes au sommet d’une cathédrale, une mise à mort au nom d’un honneur de pacotille, quelques suicides spectaculaires, une course-poursuite de western et la résolution sanguinolente et quasi-christique d’un trauma... Le tout, assaisonné d’un sens de l’absurde qui sied parfaitement au décor, donne un visage inédit et fascinant à ce conte pessimiste travaillé par la mort, aussi inattendu que réjouissant, qui vient bousculer un peu une année cinématographique bien morne.

2 commentaires:

  1. Zik : http://ulozto.net/x9kHqz5/carter-burwell-in-bruges-ost-soundtrack-rar

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