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jeudi 23 janvier 2014

The Blues and the Abstract Truth

On retrouve aujourd’hui un classique absolu du jazz : The Blues and the Abstract Truth d’Oliver Nelson. Joueur de sax alto et de tenor (parfois de soprano également), Nelson est surtout reconnu désormais pour ses talents de compositeur. Il joua pourtant avec les plus grands (Erskine Hawkins, Quincy Jones en 1960, Louie Bellson…). La liste des grands noms pour lesquels il a écrit et arrangé est toute aussi parlante : Jimmy Smith, Wes Montgomery ou encore Billy Taylor, parmi tant d’autres. Il écrivit également pour la télévision et l’industrie du cinéma.
The Blues and the Abstract Truth est considéré comme son grand classique aussi bien en tant qu’instrumentiste que compositeur, avec un casting de musiciens qui pourrait s’apparenter à un sextet “all stars” : Paul Chambers à la basse, Bill Evans au piano, Roy Haynes à la batterie, Freddie Hubbard à la trompette, Eric Dolphy et Oliver Nelson au sax. On y trouve le très connu Stolen Moments en ouverture de l’album, indémodable et toujours aussi efficace avec le leading mélodique de Hubbard. Dans le style et la rythmique de Yearnin’, on entend un Bill Evans plus bluesy que jamais.

 



Le “blues” et “l’abstract truth” du nom de l’album se retrouvent peut être le mieux dans le morceau de cloture : Teenie’s Blues, ou les deux saxs de Nelson et Dolphy sont mis en avant. L’album peut être vu comme une exploration ou une continuation des recherches harmoniques mises en place par Miles Davis avec le légendaire Kind Of Blue sorti en 1959 (The Blues and the Abstract Truth est sorti deux ans après). Evans et Chambers ont d’ailleurs participé à ces deux albums. The Blues and the Abstract Truth est réellement un must pour les amateurs de jazz!


                  

                


Oliver Nelson fait partie de cette caste très rare (donc très recherchée) d'instrumentistes-arrangeurs. Ce saxophoniste alto a fait l'essentiel de sa carrière dans les studios d'Hollywood, à la recherche de bandes originales et d'arrangements pour des stars du jazz, qu'il s'agisse d'oeuvres vocales ou instrumentales. Dans ce contexte, retrouver Nelson peu de temps après la sortie de son premier album (Meets Oliver Nelson) sur une oeuvre aussi riche que Blues & The Abstract Truth peut étonner, voire décontenancer. Six thèmes présentent en effet la crème des instrumentistes (citons son grand complice Eric Dolphy ou Bill Evans et Fredie Hubbard) dans un contexte harmonique superbe qui dévoile toute la science de l'instrumentation de cet artiste. L'articulation musicale est claire, la conception des parties est précise et le timbre général obtenu par Nelson est extrêmement clair. Un disque "orchestral" qui s'inscrit parfaitement dans ces années 60 naissantes..



Cité dans la discothèque idéale de jazz de nombreux amateurs, ce disque mériterait d’être aussi renommé que “Kind Of Blue” de Miles Davis. D’abord parce que, comme ce dernier, il offre en six pièces magistralement composées et arrangées six variations sur le blues. Ensuite parce qu’une même qualité de son exceptionnelle y opère, qui ne doit rien aux merveilles de la technique et tout à celles de la maîtrise instrumentale, de l’imagination mélodique, à la magie de la fusion miraculeuse simultanément tranchante et veloutée de timbres pourtant hautement personnels.

Les compositions d’Oliver Nelson, devenues pour certaines des standards, comme “Stolen Moments”, y sont empreintes de cette savante et délicieuse décontraction à laquelle ne parviennent que les grands arrangeurs, proposant aux solistes une variété de climats et de tournures harmoniques leur permettant d’évoluer au meilleur de leurs capacités.




Que ce soit le trompettiste Freddie Hubbard, le pianiste Bill Evans, le bassiste Paul Chambers ou le batteur Roy Haynes, tous s’y confirment être des maîtres, rivalisant d’inventivité, de précision et d’articulation. Et puis il y a Eric Dolphy, sublime passeur à la sonorité unique, aux phrasés inattendus mais géniaux dans leur façon de ne pas respecter l’école tout en en faisant constamment entendre un écho comme halluciné. C’est lui qui donne couleur à l’ensemble, marquant de son empreinte si caractéristique l’atmosphère parfois étrange de ces blues à la tranquille modernité.

Longtemps après que le disque a cessé résonnent encore les éclats brillants et calculés de Freddie Hubbard, les notes irisées et finement articulées de Bill Evans, l’incroyable et crépitante souplesse de Roy Haynes, les intenses et déchirantes interventions d’Eric Dolphy, toutes ces beautés étant introduites par des compositions d’un agencement supérieur conférant à cet album une manière de perfection.

1 commentaire:

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