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vendredi 3 janvier 2014

Roger Rabbit

Ah, Roger Rabbit ! Que de réminiscences de l’enfance ce doux nom de lapin laisse effleurer à l’esprit du trentenaire débutant que je suis… Les « toons », la capacité des dessins animés à « pénétrer » le réel, la poitrine opulente de Jessica Rabbit, la sortie événementielle au cinéma avec la classe, les images Panini du film qu’on échangeait dans la cour de récré pour compléter son album… Jeter aujourd’hui un œil nostalgique à ce film incroyable demeure toujours aussi stimulant, et le voir avec un regard d’adulte lui confère une dimension bien plus profonde !
A l’époque de sa sortie, « Qui veut la peau de Roger Rabbit » (sans point d’interrogation au titre, car les producteurs avaient peur que cela porte malheur) entendait bien sûr en mettre plein la vue aux spectateurs, avec l’utilisation subtile et maîtrisée d’un bout à l’autre du long métrage d’une technique permettant d’incruster des personnages animés dans les images d’un film en prises de vue réelles. Bien qu’un rien « vintage », mais bien plus abouti qu’un film comme « Mary Poppins » par exemple, l’effet reste encore aujourd’hui parfaitement saisissant et parvient surtout à offrir un spectacle véritablement réjouissant ! Mais si le film s’avère une franche réussite, c’est peut-être avant tout pour plein d’autres raisons…
Robert Zemeckis ne délaisse par exemple jamais son histoire à la seule technique visuelle. Adapté d’un étonnant roman de Gary K. Wolf, le scénario est riche et travaillé, les séquences s’enchaînent avec frénésie et les transitions sont extrêmement bien soignées !



   

Le rythme ne faiblit donc jamais, pour nous raconter une histoire originale et incroyable, celle d’un lapin de dessins animés, Roger Rabbit, qui n’est plus bon à rien depuis qu’il croit que sa femme le trompe… Une fois l’adultère avéré (Jessica Rabbit a bien fait « picoti picota » avec Marvin Acme, le patron des usines ACME (d’où sortent les fameux accessoires de cartoons) et propriétaire de Toonville (la ville où habitent tous les personnages de dessins animés : « Toontown », en anglais, c’est quand même bien plus rigolo à prononcer !)), le meurtre de Marvin accuse bien sûr aussitôt le pauvre Roger. Aidé par le détective Eddie Valiant et tous ses amis, une folle aventure commence alors pour l’innocenter…


                                   


A travers son récit, « Qui veut la peau… » se paie même le luxe de pasticher l’univers du film noir, avec de nombreuses références à destination des plus grands : l’ambiance des années 40-50 à Hollywood, le détective privé porté sur la bouteille (rebaptisé « Jack Daniels » par ses « collègues » policiers), la femme fatale et pulpeuse « incarnée » par la toon Jessica, le bar façon rade bien crasse, véritable repère pour alcooliques… Tout est plein de clins d’œil éminemment savoureux.


                                   

On sent d’ailleurs bien le souci du détail qui traverse le film, avec la présence constante de nombreuses trouvailles : les photos de l’adultère de sa femme que fait défiler Roger de plus en plus rapidement entre ses mains, par exemple, animant ainsi des images réelles comme les dessinateurs le faisaient à l’époque pour les dessins animés, c’est à dire image par image ; l’histoire du privé (la mort de son frère, son histoire foirée avec sa fiancée…) entièrement décrite en un seul plan sans paroles sur une série de photos dans son bureau ; le personnage ambivalent du Juge DeMort, image du méchant absolu (excellent Christopher Lloyd !), qui ne cligne pas une seule fois des yeux de tout le long métrage, indice de la révélation finale sur ce qu’il est véritablement ; la « trempette », seul moyen de tuer un toon, composée de produits chimiques servant à effacer les traces de peinture récalcitrantes…


                                   

Une autre gageure du film, probablement au moins aussi complexe que la difficulté technique de la réalisation, était enfin de réunir à l’écran des « toons » provenant d’univers, et surtout de « studios » différents : les producteurs de « Roger Rabbit » ont ainsi du rester vigilants à accorder exactement le même temps de présence à l’écran aux personnages de la Warner ou de Walt Disney… Ce qui a abouti à quelques autres scènes cultes, comme le duel au piano entre Donald et Daffy Duck, ou la chute d’un immeuble de Toonville de Valiant, au cours de laquelle il se voit entouré de Mickey et Bugs Bunny, qui se demandent s’ils ont un parachute à lui prêter…

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