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lundi 6 janvier 2014

Phantom of the paradise

Phantom of the paradise, ou le Fantôme de l’opéra à la sauce Brian De Palma. Swan, producteur de disques riche et célèbre recherche une musique divine pour faire l’ouverture de son club ‘le Paradise’. Winslow Leach, compositeur naïf, se fait voler sa cantate rock par un Swan qui lui fait miroiter un contrat en or. Défiguré alors qu’il tentait de détruire son œuvre, Winslow Leach endosse les habits du Phantom et hante les couloirs du ‘Paradise club’. Séduit pas Swan, le Phantom signe un contrat de son sang et promet de s’atteler à l’écriture d’une œuvre rock magistrale que produira Swan.
Ce Phantom of the Paradise, qui commence comme un épisode de Happy days, musique 60’s façon Beach boys, cuirs noirs et coiffures gominées, se situe dans la plus pure tradition ‘de palmienne’ : on retrouve les split screens, technique précédemment utilisée sur Dionysus in '69 (un des premiers De Palma) en 1970, une dose de thriller et de cynisme… D’emblée, un constat s’impose : Brian De Palma a puisé son inspiration dans différentes sources qui vont bien évidemment du roman de Gaston Leroux le Fantôme de l’opéra, à ses multiples adaptations cinématographiques : Lon Chaney en 1925 et Arthur Lubin en 1943. On pense également à Faust, au Portrait de Dorian Gray, à la Soif du mal ou encore au film muet allemand Das Kabinett des Doktor Caligari de Robert Wiene ou encore au Frankenstein de James Whale, bref, Phantom of the Paradise est un film passerelle, réalisé dans le seul but de critiquer l’industrie du disque et par extension, celle du cinéma.


   
                         
Phantom of the Paradise est une méditation cathartique à propos du mercantilisme qui pervertit toute œuvre artistique. De Palma avoue lui-même se trouver au centre d’une société capitaliste dont il rejette les valeurs mais dont il ne peut se dépêtrer. Comme il le dit : "traiter avec le diable fait de vous un démon". A travers le personnage du fantôme, De Palma s’interroge sur la place de l’artiste dans un monde capitaliste qu’il ne peut rejeter, sous peine d’être rejeté à son tour. Si De Palma est critique par rapport au show business, il l’est également par rapport à son public. Une foule que le réalisateur décrit assoiffée, insatiable, incapable de penser par elle-même. 


La mort du chanteur glamour bisexué Beef (Gerrit Graham) passe pour partie intégrante du spectacle, un effet spécial concocté dans le seul but de nourrir la foule. Il en va de même pour le meurtre de Swan lors de la cérémonie de mariage avec Phoenix. La foule est pareille à un zombie, prête à accepter tout ce que le système peut lui donner sans se poser la moindre question. On est en droit de se demander si De Palma perçoit son public de la même manière…
Le succès d’estime, la reconnaissance du public ne peut passer que par de multiples concessions. Dans le cas du Phantom, le succès passera par la vente de son âme à Swan. Le réveil de son cauchemar ne se fera qu’au prix du meurtre de ce dernier. L’impresario mort, le Phantom peut renaître de ses cendres et devenir, comme Phoenix, un oiseau sacré libéré. Une libération, qui si elle marque la fin du Phantom, sonne également le chant du cygne pour Swan.


                                   
De Palma, qui mûrissait ce projet d’adaptation depuis de longues années, a eu quelque difficulté à vendre son script à un studio. Une barrière qui tenait principalement de la thématique rock du film, un genre dont les studios ont une peur viscérale, le rock représentant la liberté et la lutte contre l’establishment. De Palma a présenté le film comme une comédie musicale d’horreur rock, destinée à un public orienté cinéma plutôt que musique rock.
A la différence d’une comédie musicale dite classique, Phantom of the Paradise est une métaphore qui va au-delà des seules compositions scéniques. A la manière d’un Berthold Brecht, la musique et le spectacle deviennent un commentaire ironique sur l’action dramatique. De même, dans une comédie musicale classique, les compositions scéniques freinent l’action dramatique, avec Phantom of the Paradise, la musique n’est nullement un frein, une pause, au contraire elle attise la tension dramatique à l’écran.


Trouver un studio fut un tel calvaire que De Palma décida de prendre le problème à l’envers : dégoter une compagnie de disques intéressée dans le projet puis chercher un studio. De Palma sonna chez A&M records, il y fit la connaissance de Michael Arciaga, un jeune cadre enthousiasmé par le script, qui le mit en contact avec Paul Williams, sous contrat chez A&M à l’époque. De Palma tenait du même coup son Swan et son compositeur, même si le réalisateur avoue que Williams n’était pas son premier choix, il aurait préféré les Rolling Stones ou les Who, malheureusement, ils n’ont jamais décroché le téléphone. Pour le personnage du Phantom, De Palma pensa directement à William Finley, qu’il connaissait de longue date. En ce qui concerne le rôle de Phoenix, le choix fut plus délicat, l’actrice devait personnifier à la fois la beauté et le talent, Jessica Harper décocha le rôle, notamment grâce à ses capacités vocales. Suite à Phantom of the Paradise, son premier rôle au cinéma, on la retrouvera dans Suspiria de Dario Argento.


                  



Sous des dehors de film comique, grand guignol et fourre tout, Phantom of the Paradise représente une œuvre éminemment intelligente et subtile qui consacra De Palma comme un des grands réalisateurs américains du vingtième siècle. Ne perdez pas de temps, signez dès à présent votre contrat !

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