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vendredi 3 janvier 2014

Mirkine

Témoins irremplaçables d’une grande époque du cinéma français, explorateurs inspirés des riches heures du Festival de Cannes depuis sa création en 1946, Léo et Yves « Siki » Mirkine ont bâti en un demi-siècle une collection d’images rares et intimes. Ils ont ainsi vécu puis restitué de l’intérieur le tournage de près de cent cinquante films, dont bon nombre deviendront autant d’incontournables classiques,  de Un Carnet de Bal de Julien Duvivier à J’accuse ! d’Abel Gance, en passant par Fanfan la Tulipe de Christian Jaque, Les Diaboliques de Henri-Georges Clouzot, Et Dieu Créa… la Femme de Roger Vadim ou encore Le Testament d’Orphée de Jean Cocteau.
Photographies inédites ou rares, emblématiques ou célèbres, les photos Mirkine ne sont jamais des clichés volés ou arrachés par effraction à un sujet traqué. Les stars comme les débutantes sont en confiance, elles sourient à Léo ou à Siki, photographe qui ne les trahira pas, saura donner de la noblesse à un instant anodin.
La saga Mirkine commence à Kiev en 1910. Léo a neuf ans lorsque la Révolution d’Octobre le déracine pour la France. Diplômé des Beaux-Arts et polyglotte, il étudie également l’architecture à Paris tout en développant sa passion pour la photographie. Très vite, il va se tourner vers le cinéma. D’abord figurant, sa personnalité hors norme et son charisme le font sortir du rang. Il devient  assistant décorateur avant de s’affirmer comme photographe de plateau.

En 1933, pour un film de Christian Jaque, Un Bœuf sur la Langue, il réussit à imposer, avec les formats 9x14 et même 13x18, une photographie vivante, fantaisiste et moderne.
Compagnon de route du Parti Communiste français, il est l’un des membres fondateurs en 1935  avec Jean Renoir de la première Maison de la Culture. Mirkine participe alors à environ cinq films par an. L’année suivante, il retrouve Renoir sur le tournage de La Vie est à Nous, film de propagande commandé par le Parti à l’heure du Front Populaire.
Mobilisé et envoyé dans la région de Sedan, il rejoint l'Etat-Major comme photographe. La débâcle l'amène à Montauban. En Juillet 1940, iI fausse compagnie aux Allemands et part pour Nice, en zone libre. Mirkine ouvre alors son magasin (Tout pour le Cinéma et la Photo), alterne les reportages, les portraits et les incursions sur les plateaux voisins des mythiques studios de la Victorine. Très vite sa boutique devient un studio où sont réalisés photos d’identité et faux papiers, ainsi qu’une boîte aux lettres pour les mouvements de résistance Combat et  Quatorze Juillet. Recherché par la Gestapo, Mirkine ne fuit pas pour autant les plateaux puisqu’on le retrouve sur Les Visiteurs du Soir (1942) ou encore Les Mystères de Paris (1943).


                   


Il est arrêté  en juillet 1944 sur le tournage des Enfants du Paradis. Deux jours plus tard, Yves, son fils âgé alors de 9 ans, est pris dans une rafle au presbytère de l’église de Seranon dans les Alpes-Maritimes. Expédié au camp de Drancy. Par un hasard miraculeux il y retrouve son père. Tous deux seront libérés en même temps que la capitale.
Léo devient par la suite membre actif du Comité de libération du cinéma et réussit une prise de guerre incroyable : 70 caisses de pellicule vierge que les allemands destinaient aux franquistes. Une partie de La Bataille du Rail de René Clément sera tournée avec cette pellicule, en 1945.
En 1949, alors qu’il est photographe sur le film La Belle Meunière de Marcel Pagnol il double certaines scènes en 16 mm sur une nouvelle émulsion couleur et sera ainsi à l'origine de l’une des premières tentatives de gonflage en 35 millimètres.
En 1956, il est le photographe de plateau du film qui va révéler Brigitte Bardot au monde entier et en faire un mythe, Et Dieu… Créa la Femme, premier film de Roger Vadim.
En 1959, Léo, grâce à sa maîtrise de plusieurs langues étrangères, participe à la première coproduction franco-russe : Normandie Niémen de Jean Dréville,  tournage qui durera plus de huit mois. Il revient avec l’un des premiers reportages photo sur l’URSS.

Au cours des années soixante, Léo Mirkine enrichie encore son travail artistique. Il ajoute alors une recherche esthétique sur les nus féminins à son parcours de photographe. Dans le prolongement de sa formation des Beaux Arts, travailler sur les nus était une étape naturelle. Il travaille alors la lumière et le jeu de la création scénique, valorisant la femme avec pudeur et délicatesse. C’est dans son atelier de Nice et dans des décors extérieurs qu’il va s’adonner à cette recherche.
En 1952, sur le tournage de Fanfan La Tulipe, Léo est rejoint et épaulé par son fils. Sur les traces de son père, Yves va ainsi contribuer à élargir la participation Mirkine au 7ème art en devenant le photographe de plateau de quelques célèbres réalisations françaises comme Le Comte de Monte Cristo  de Claude Autant-Lara ou La Scoumoune  de José Giovanni avec Jean-Paul Belmondo. Mirkine se conjugue désormais au pluriel.
En 1959, Jean Cocteau décide de réaliser le film qui deviendra le chef d’œuvre que l’on connaît, Le Testament d’Orphée. Ayant déjà travaillé ensemble et connaissant le talent des Mirkine, c’est tout naturellement que Cocteau fait alors appel à Yves.

Tout ici : http://www.mirkine.com/biographie-933-fr.html

Dès 1965 Yves tourne progressivement le dos au Rollei familial.  Fidèle compagnon de Georges Lautner notamment, il met son savoir faire au service de la caméra.
A partir de 1946, Léo se retrouve sur les marches du palais du Festival du Film à Cannes, bientôt rejoint par Yves.
Les grandes années Cannes sont celles des grandes années Mirkine.
Tous les magazines se disputent leurs clichés, les majors américaines leur donnent libre accès à leurs stars. Aucune ne résiste à leur talent, à une confiance souvent née et entretenue sur les plateaux de tournage, à la sympathie qu’ils dégagent. C’est cette complicité singulière qui donne à leurs images un regard particulier. Sur les photographies Mirkine, les stars apparaissent disponibles, en confiance avec une volonté de partager, une envie de faire plaisir.
Très vite, parmi le service d'ordre, les curieux et les invités, le père et le fils travaillent coude à coude.  Ainsi, Paris-Match, Jours de France, Cinémonde et Ciné Revue les publient régulièrement. Les grandes compagnies américaines de cinéma - Artistes Associés, Century Fox, Columbia et Warner Bros - achètent les photos Mirkine.

Autonomes grâce à leur laboratoire de Nice et animés par leur volonté d'indépendance, ils développent eux mêmes films et épreuves (comme en témoignent de nombreux vintages en parfait état aujourd’hui encore).
Sans smoking ni nœud papillon, Mirkine, fidèle à son appareil Rollei, reste toujours en retrait de la meute photographique et décide, à soixante et onze ans, de couvrir son dernier festival, complétant ainsi les quelques 120 000 négatifs déjà réalisés.

Au cours de leur longue carrière, les Mirkine auront suivi en conscience ou instinctivement leur credo artistique : « Se trouver avant les autres au bon endroit, et deviner que ce qui semble aujourd’hui sans importance sera demain de l’histoire ».

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