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dimanche 26 janvier 2014

Lifeboat

Dans ses entretiens avec François Truffaut, Hitchcock déclare : "Nous avons voulu montrer qu'à ce moment là dans le monde, il y avait deux forces en présence, les démocraties et le nazisme. Or, les démocraties étaient complètement en désordre alors que les Allemands savaient où ils voulaient aller. Il s'agissait donc de dire aux démocrates qu'il leur fallait absolument prendre la décision de s'unir et de se rassembler, d'oublier leurs différences et divergences pour se concentrer sur un seul ennemi, particulièrement puissant par son esprit d'unité et de décision… John Hodiak était pratiquement un communiste et à l'autre extrémité vous aviez un homme d'affaires qui étaient un fasciste".
Ce message difficile car non explicite sera incompris par la critique qui démolira le film n'y voyant que l'image d'une démocratie décadente et l'apologie d'un nazi astucieux.
Il est vrai qu'Hitchcok n'épargne pas ses personnages. Le meurtre de Willy est filmé de dos. "Ils sont comme une meute de chien, dit Hitchcock, exorcisant leurs erreurs, leurs insuffisances et leurs dissensions". Joe personnage religieux qui récitait le psaume XXIII en ouverture est le seul à ne pas participer au meurtre.
Hitchcock avait été sollicité par Hemingway pour tourner Pour qui sonne le glas ? quelques mois plus tôt. Il avait refusé mais il lui renvoie la politesse en lui proposant d'écrire le scénario, qu'il refuse à son tour, tout en se déclarant flatté. Apres Cronin pressenti, Steinbeck s'attelle à la tache, écrit quelques scènes, rédige un synopsis avant d'abandonner face aux contraintes exigées par Hitchcock.

          

   
 
Celui-ci avait en effet depuis longtemps pensé à un film tourné dans un lieu unique et restraint. La caméra ne sort jamais ici du bateau. De fait, le bateau n'est ainsi jamais montré de l'extérieur. Le film ne possède pas non plus une seule note de musique. Comme dans Les oiseaux note Truffaut, le personnage féminin part de la sophistication pour atteindre le naturel en traversant des épreuves physiques. Elle perd tous les attributs de sa réussite, caméra, vison, machine à écrire, bracelet.







De nombreux scénaristes s'étant relayés sur le film c'est Ben Hecht qui e rassemblé ces travaux pour les rendre homogènes.


                   


Le tournage fut pénible. Hitchcock doit faire face à la disparition de son frère et aux conséquence d'un régime où il a perdu trente kilos en quelques semaines. L'apparition habituelle d'Hitchcock se fait d'ailleurs par le biais d'une réclame pour un produit amaigrissant, le Reduco visible sur le journal que lit Gus Smith.
Les acteurs tombent très souvent à l'eau dans la cuve du studio spécialement aménagé. Les déplacements de la caméra sont ralentis par les protections imposées par l'espace humide.
On le voit, les portées symboliques de chaque protagoniste sont savamment calculées. De fait, cela est un des défauts du film, cette dimension idéologique qui prend parfois un peu trop de place, même si les frontières ne vont pas tarder à sauter. 

Mais ce qui a pu réjouir Hitchcock, c'est que le méchant est fantastique. Sympathique, de fait, mais Nazi jusqu'au bout des yeux. Il est à la fois le garant d'une propagande anti-nazie bien assumée par le film, mais aussi un reflet des propres préoccupations du metteur en scène, comme Sebastian dans Notorious, il est un nazi certes, mais aussi un homme aux aspects séduisants. Plus fort que Sebastian, même, il est à un moment traité de surhomme par les passagers... L'intrigue du film est basée sur les conflits entre Kovac, Gus d'un coté, et Rittenhouse et Porter de l'autre, ne sont pas d'accord sur le sort à réserver au marin Allemand: le recueillir, ou le jeter par dessus bord. A la fin du film, lorsqu'un autre marin Allemand se retrouve à demander asile, le conflit repart de plus belle. 


                        

D'une certaine manière, Hitchcock montre les mécanismes, nous avertit de la duplicité du nazi, mais ne démontre rien, ni ne nous oblige à le suivre sur une quelconque pente idéologique. Ce qui explique sans doute que ce film marqué par les années de guerre n'ait éveillé par la suite que des commentaires formels de sa part. Une façon comme une autre pour le metteur en scène de se détacher du contenu...
 Sans être fascinant, le film est suffisamment gonflé et réussi pour éveiller notre attention aujourd'hui. Moins réussi que tant d'autres film, il est quand même un film prenant dans lequel le talent d'Hitchcock pour peindre les humains en danger est une fois de plus mis en valeur, pour 97 minutes d'émotion sans pause. ...Excusez du peu.


                                

Hitchcock appréciait tout particulièrement Tallulah Bankhead, star de Brodway, qu'il avait admiré étant jeune. il admirait aussi son manque total d'inhibition. Ainsi se promena-t-elle un jour ostentatoirement sans sous-vêtement. Une journaliste qui se trouvait là en fit un scandale public. Par ailleurs, Tallulah Bankhead, attrapa une pneumonie après les milliers de litres d'eau déversés sur elle. Mary Anderson jouait à la star ce qui irrita Hitchcock. Ainsi lorsqu'elle lui demanda "Quel est mon meilleur profil ?" lui répondit-il : "Ma chère vous êtes assise dessus."
Source : François Truffaut : Hitchcock éditions Gallimard (2003 après les éditions de 1966 et suivantes) 

1 commentaire:

  1. http://nitroflare.com/view/55189256C618E2C/Lifeboat__1944_aw.avi
    http://www.vostfr.club/films/1944-lifeboat.html

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