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vendredi 10 janvier 2014

Le bal des vampires

Avec l'aide de son assistant Alfred (Roman Polanski), le professeur Arbronsius (Jack MacGowran) parcourt la Transylvanie afin de chasser le vampire. Ils s'installent dans une auberge et découvrent que les habitants du village sont terrorisés par le compte Von Krolock. N'écoutant que leur courage, les deux acolytes se rendent au château pour sauver la belle Sarah (Sharon Tate), enlevée par ce sinistre personnage...
Se présentant comme étant un biologiste spécialiste de l'étude de la chauve-souris, le professeur et Alfred se retrouvent bientôt aux prises avec un vampire juif qui ne réagit absolument pas à la vue d'une croix, et aux avances du fils homosexuel du comte, qui développe une obsession évidente pour Alfred...
Après ces deux succès critiques précédents, Repulsion et Cul-de-sac (excellent film mettant en scènes Donald Pleasance et Françoise Dorléac devant faire face à l'intrusion de deux gangsters dans leur demeure isolée, qui obtint l'Ours d'or à Berlin), Polanski écrit avec son comparse Gérard Brach une histoire parodique des films de vampires de la compagnie en vogue en cette fin des années 60 : la Hammer. Totalement fans de l'univers particulier des productions du célèbre studio britannique, les deux hommes envisage la chose d'avantage comme un hommage respectueux. Tourné à Londres (studio MGM) et en Italie (décors Alpins) avec un budget confortable, Polanski engage Jack McGowran et se voit imposer l'inconnue (mais sublime) Sharon Tate (qu'il épousera malgré tout l'année suivante) par les producteurs Américains.



                   
 Suite Daily ...

 Enfin, pour le rôle du serviteur du professeur, Polanski interprète pour la première fois un personnage de l'un de ses films, chose qu'il rééditera à plusieurs reprises dans son oeuvre (outre Alfred du Bal des vampires, citons Mosquito dans le méconnu Quoi ?, l'homme au couteau dans le chef-d'oeuvre Chinatown et Trelkovsky dans Le locataire).
Polanski tourne son film en reprenant les schémas classiques du film de vampire. Aussi on pense notamment, entre autres, aux films Le cauchemar de Dracula (1958) (dont certains décors sont inspirés directement par ce film) et Dracula, prince des ténèbres (1966) de Terence Fisher.

Les décors sont magnifiques et toute l'imagerie bien connue est présente, le tout baignant dans une ambiance gothique du meilleur effet (le château est magnifique). Atypique car mélangeant les genres, le film alterne en effet le merveilleux, le fantastique, la comédie et le burlesque avec une élégance rare. Aussi il devient le précurseur d'un genre qui par la suite sombrera dans la parodie dédaigneuse de son modèle et méprisante envers les amateurs de l'original. Pas de cela ici, profondément amoureux et admiratif du genre, le réalisateur saupoudre son récit d'un ton comique et décalé sans jamais chercher à nous imposer un gag à chaque plan. A des années lumières des films des Z.A.Z ou des plus récents Scary Movie, Le bal des vampires se rapproche d'avantage du magnifique film de Mel Brooks réalisé en 1971 : Frankenstein Jr.



Cependant, Polanski se plaît à détourner des situations connues pour leur insuffler un ton comique et décalé, tel ce vampire homosexuel dont la solitude n'est pas principalement liée à sa condition de vampire et courant dans les couloirs du château à la poursuite d'Alfred ; ou bien encore ce vampire juif insensible aux croix catholiques...
Par ailleurs, la réussite visuelle de l'ensemble est mis en valeur par la maîtrise technique de Polanski (qui tourne là son premier film en couleur), ainsi que par la musique de Krzysztof Komeda (Le couteau dans l'eau, Cul-de-sac, Rosemary's Baby), et l'ensemble nous vaut de véritables moments de magie et de poésie comme l'enlèvement de Sarah, le réveil des morts, les scènes sur le toit du château et bien sur la scène du bal en elle-même.

A sa sortie, le film divisera cependant la critique par son côté inclassable et insaisissable tant Polanski joue sur l'équilibre entre différents genres. Par ailleurs, il est facile de ressentir au travers de l'oeuvre un dédain pour le puritanisme anglo-saxon de l'époque, ce qui n'a pas arrangé les choses. Aux Etats-Unis, le film se verra amputé d'une vingtaine de minutes par le producteur lui-même (dans une version reniée par le réalisateur : The fearless vampire killers), et en Europe d'une dizaine de minutes (Dance of the vampires). Succès sur le vieux continent (et notamment en France avec près de 3.500.000 entrées), le film sera un flop aux Etats-Unis. Cependant, il permettra à Polanski d'être contacté par Robert Evans pour adapter le roman d'épouvante Rosemary's baby, avec le succès que l'on connaît.
Enfin, ce film marque le début de la réputation sulfureuse de Polanski aux USA.


                                   

Celui-ci sera fortement attaqué par les médias après la sortie du diabolique Rosemary's Baby comme menant une vie dissolue et contraire aux moeurs en vigueur, et plus grave une partie de la presse poubelle accusera ce mode de vie d'être à l'origine du terrible assassinat de sa femme par Charles Manson et ses adeptes. Aussi, certaines scènes de Rosemary's Baby (les réunions du voisinage) et du Bal des vampires (le bal réunissant la haute société vampirique) prennent alors un éclairage nouveau et s'apparente à une critique d'une vague alors répandue dans l'étrange milieu Hollywoodien de l'époque : le satanisme.

Enfin, le dénouement du film et son refus du happy end, ouvrent l'histoire vers une captivante et terrifiante perspective de voir le monde dominé par les buveurs de sang. Preuve ultime que le film n'est pas qu'une simple comédie, mais aussi et avant tout un hommage appuyé à tout un pan du cinéma fantastique. Malgré certaines longueurs dans le scénario, l'ensemble donne une excellente comédie horrifique aujourd'hui devenue un classique (à raison). Le temps n'a pas trop altéré la qualité du métrage. Doté d'une ambiance gothique et envoûtante ainsi que d'une interprétation irréprochable, le film s'avère l'une des réussites majeures de son auteur et un formidable hommage à la Hammer. Un film à (re)découvrir qui procure toujours autant de plaisir à chaque vision. Source : http://horreurnet.free.fr/critique.php?idcritique=419&idfilm=419

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