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jeudi 9 janvier 2014

Gabin et Gaston Modot


La légion, refuge ultime d'anonymes au passé douteux venu se fondre dans la masse d'autres camarades d'infortunes sur les fronts de guerre les plus exotiques pour se oublier et se reforger une identité. Un mythe vivace que le superbe film de Duvivier contribue largement à entretenir en servant tous les poncifs avec cet ode à la seconde chance incarné par l'uniforme, la discipline et la camaraderie masculine ainsi que l'évasion que véhiculent les contrées inconnues parcourues. Ces éléments en apparences assez grossiers, La Bandera les transcende totalement par la grâce de la mise en scène de Duvivier et de la prestation puissante de Jean Gabin qui avec ce rôle mémorable gagne définitivement ses galons de star. Il est ici Pierre Gilieth, un homme dont le scénario entoure le passé de mystère si ce n'est l'ouverture où on assiste au meurtre qu'il commet rue Saint-Vincent.L'errance et la cavale en Espagne ne nous en dirons guère plus sur lui et c'est véritablement lorsque engagé au sein de la légion ses actes nous révèlerons quelle âme se dissimule sous le meurtrier. Nul besoin d'explication ou de justifications trop appuyées, ses actes et son comportement parleront pour lui. Gabin, imposant, torturé ou amoureux passe de la force à la fragilité avec grâce et exprime tout le mélange de violence encore non éteinte et de regret qui définit son personnage contraint à une certaine introspection dans ce cadre isolé. Grâce à lui, tous les autres personnages caricaturaux (Annabella en amourette exotique peinturlurée en prostituée arabe mai qui garde son aura fascinante...) s’éclairent d'un jour plus authentique et chaleureux souligné par l'excellente prestation de Raymond Aimos diablement attachant en soldat Mulot, ou d'un magistral Pierre Renoir parfait de droiture et de charisme en Capitaine Weller.



             
Duvivier adapte parfaitement sa mise en scène au cheminement intérieur de son héros. La réalisation baigne entre héritage du muet avec la très expressive séquence d'ouverture (mais aussi l'ampleur visuelle avec ce mouvement de caméra dévoilant des hauteurs puis une ruelle parisienne de studio à l'esthétique stylisée et volontairement factice) et une modernité percutante. Tant que Gabin se cherche et ne sait pas où il va Duvivier enchaîne les prouesses visuelles marquées, que ce soit les accélérés lorsque Gabin affamé fuit la police dans Barcelone, un arrière-plan remplaçant le décor par une projection du traumatisme d'ouverture pour figurer les cauchemars qui l'assaillent ou encore une séquence de démence aux cadrages chaotiques.



              

Le réalisateur amène progressivement une épure et une simplicité au fur et à mesure que l'on se fond dans le cadre de cette unité de légionnaire. L'ensemble devient plus apaisé et immersif quand la paix intérieur gagne Gabin (même si la recherche esthétique est toujours là voir les splendides scènes romantiques entre Gabin et Annabela presque oniriques et magnifiée par la photo de Jules Krüger) et Duvivier privilégie le quotidien finalement plus laborieux que réellement guerrier de nos soldats.Adapté d'un roman de Pierre Mac Orlan (qui rapporta par la fiction ses propres reportages sur la légion et qui fut également soldat au sein de l'armée française) le film s'avère particulièrement réaliste dans sa description des rapports qui lient ses hommes et Duvivier met magnifiquement en valeur ses décors désertiques et rocheux brûlés par le soleil. Si bien captivé désormais, les passages obligés s'avèrent donc soudain chargé d'émotion avec la transformation au combat du jusque-là sournois Robert Le Vigan et l'hommage guerrier final à Gabin fort touchant dans sa solennité militaire.
Source : http://chroniqueducinephilestakhanoviste.blogspot.fr/2011/09/la-bandera-julien-duvivier-1935.html


                              



1916, durant la Première Guerre mondiale. Alors qu'il effectuait une mission de reconnaissance, l'avion du lieutenant Maréchal transportant le capitaine Boieldieu de l'état-major a été abattu. Les deux hommes sont faits prisonniers par le capitaine Von Rauffenstein, qui les traite avec grand respect. Maréchal et Boieldieu sont internés dans un camp de prisonniers en Allemagne où ils rejoignent d'autres compatriotes. Rapidement des relations de camaraderie se nouent, notamment avec le juif Rosenthal, alors qu'une tentative d'évasion est organisée. Mais les trois prisonniers vont hélas se trouver transférés dans la forteresse Wintersborn que dirige dorénavant Von Rauffenstein suite à des blessures de guerre. C'est alors que Boieldieu et Von Rauffenstein, deux aristocrates, se lient d'amitié. Se rapprochant également de leur côté, Maréchal et Rosenthal envisagent de s'évader. Un plan se met en place, dans lequel Boieldieu jouera un rôle central et dangereux. En parlant de son scénariste Charles Spaak, Renoir déclare : « Aux liens de notre amitié s’ajouta celle de notre foi commune dans l’égalité et la fraternité des hommes ». Tourné alors que l’ombre d’un nouveau conflit mondial vient à nouveau assombrir l’Europe, La Grande illusion est une œuvre d’une humanité confondante dont le constat est souvent amer. Optimiste, Renoir, qui au sein de ce camp et au travers des relations qui se nouent entre Boieldieu et von Rauffenstein, abolit les frontières dressées entre les hommes. Pessimiste lorsqu’il nous montre que ces barrières sont en fait sociales, qu’il y a un fossé entre Boieldieu et Maréchal (Jean Gabin) que même la fraternité ne peut complètement effacer.



   


Dans ce film, Renoir est plein d’espoir en l’homme, il a foi en chaque individu. C’est la société, elle, qui porte tous les maux, qui pousse les hommes à s’affronter et à se haïr. Peut-être au final Maréchal et Boieldieu sont-ils séparés non pas autant par leur appartenance à deux classes distinctes, mais par deux conceptions différentes de la guerre, ou plutôt deux manières de surmonter son absurdité. Boieldieu et von Rauffenstein font partie d’un monde qui s’éteint, croyant dans une chevalerie imaginaire des faits d’armes. Maréchal fait partie du peuple qui veut croire au devoir patriotique, défendre la nation et la démocratie pour laquelle leurs ancêtres ont versé leur sang.


                       


Renoir, avec La Marseillaise notamment, croit sincèrement en la légitimité des guerres de libération et combattant en 14/18 dans l’aviation, est également animé par cette chevalerie incarnée par les deux aristocrates du film. Renoir donne la parole aux deux camps, aux différentes couches sociales, aux idéaux qui diffèrent. Il ne décrit que des actes justes, des hommes intègres et fraternels, nous emportant dans une ronde humaine qui nous étreint profondément le cœur. Le cinéaste nous offre également un spectacle d’une rare intelligence. D’abord récit de prison comprenant nombre de personnages hauts en couleur, le film se resserre sur quelques individus emblématiques, prisonniers d’un nid d’aigle, sombre forteresse qui appelle le drame. Puis, dans la blancheur éclatante de l’hiver, ce sont trois individus qui vont cristalliser les enjeux du film tout entier. Ce récit à trois temps s’approche comme dans un lent travelling avant (figure que Renoir utilise à merveille) de l’individu.


   

 C’est à la fois un récit d’évasion palpitant et une aventure humaine sans équivalent, servie par la mise en scène de Renoir, véritablement au sommet de son art. Un des plus grands chefs d’œuvre du cinéma français aux dialogues et aux interprètes inoubliables, une œuvre où palpite le génie, drame poignant et chant d’amour dans l’humanité.
Jean Renoir a eu beaucoup de difficultés pour financer ce film et n'a pu trouver un producteur que par le soutien de Jean Gabin.
Jean Renoir a confié les rôles principaux à trois figures emblématiques de l'époque : Pierre Fresnay en aristocrate déclinant, Jean Gabin en titi parisien gouailleur et Erich von Stroheim en officier très rigide, trait accentué par sa minerve. La présence d'Erich von Stroheim a été imposée à Renoir par la production. Renoir a alors développé un personnage sur mesure pour Erich von Stroheim avec Rauffenstein.


                               

À la suite d'un malentendu avec Erich von Stroheim, Jean Renoir dut réécrire le scénario alors que le tournage était commencé pour lui donner un rôle plus important car il ne devait faire, à l'origine, qu'une apparition. À l'origine également, le rôle de Boëldieu était écrit pour Louis Jouvet.
La petite Peters, qui interprète le rôle de Lotte, ne vit jamais le film : elle fut emportée par la grippe quelques semaines avant sa sortie.
Sylvain Itkine qui joue le rôle de l'officier prisonnier amateur de Pindare a été membre d'un réseau de renseignements pendant l'Occupation, il fut arrêté par la Gestapo en été 1944 et mourut sous la torture.



                                


Les scènes d'intérieur ont été tournées aux studios de Billancourt et Éclair à Épinay-sur-Seine. Les scènes d'extérieurs ont été tournées à Neuf-Brisach, à la caserne de Colmar, au château du Haut-Kœnigsbourg, dans une ferme près de Ribeauvillé et à Chamonix pour la dernière séquence (sans Jean Gabin parti sur un autre film).
Claude Renoir, qui travaillait auprès de son oncle Jean Renoir depuis 1932, fut contraint de quitter le tournage en Alsace pour raison de santé et fut remplacé durant trois semaines par son assistant Jean-Serge Bourgoin.
Bonus : http://www.xarnia.com/player.html
http://critikaleatoireducinema.over-blog.com/article-32551569.html

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