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vendredi 17 janvier 2014

E.S.P.

Sorti en 1965 sous une pochette représentant Miles et sa femme de l'époque Frances Taylor, E.S.P. (qui signifie Extra-Sensoriel Perception) est une de ses oeuvres maîtresses d'avant sa période électrique (dès 1968). C'est le premier album studio du second grand quintet de Miles Davis : Wayne Shorter (saxophone), Herbie Hancock (piano), Ron Carter (contrebasse), Tony Williams (batterie), et naturellement Davies à la trompette. L'album doit son titre à la fois au nom d'une maison de disques diffusant des albums avant-gardistes (Miles rend hommage, ainsi, à ce label) et à la perception extra-sensorielle, ou l'art de parler aux défunts, aux esprits, chose à laquelle Miles croyait.
Nous y sommes. Enfin... "E.S.P.", première réalisation officielle du nouveau quintette de Miles Davis, premier album studio depuis "Seven Steps to Heaven", sorti en 1963, deux ans plus tôt (autant dire une éternité en matière de jazz), fixe d'emblée de nouveaux standards dans la déjà longue carrière du trompettiste. Le groupe a été assez rodé sur scène. Tel un papillon, il a laissé derrière lui la carcasse vide de sa chrysalide où dorment encore ces vieux thèmes chéris auxquels Miles Davis avait tant besoin de faire la peau afin de pouvoir, à son tour, s'en faire une neuve. 

   


   



Sept titres, sombres dans leur exposé mais brillants de par leur ingéniosité d'écriture, où Miles et les siens trouvent la formule adéquate en s'inspirant du phrasé modal dans lequel ils introduisent, par touches soigneusement choisies, la liberté héritée du free sans pour autant trahir son amour indéfectible de la mélodie. Concrètement, cela se traduit par une musique jazz dont la subtilité des nuances se cache dans des accords, des phrasés fuyants sans contrainte de temps qui passeraient presque inaperçus à l'oreille des profanes. L'expressivité est le vecteur principal, et tout le monde a l'occasion de se le prouver mutuellement. "E.S.P.", c'est peut-être, et déjà, le seul vrai album du quintette développé dans un véritable esprit de communion. 


Car excepté le jeune batteur Tony Williams qui ne demande qu'à briller, Carter, Davis, Hancock et Shorter se bousculent pour écrire, voire co-écrire - fait rare - les différents titres de cet album discret, distingué et élégant. La mélancolie qui s'en dégage tend à le rapprocher plus que tout autre disque de cette nouvelle ère des merveilles publiées autrefois par le premier quintette où officiait encore John Coltrane ("Mood" n'est-il pas aussi désarmant que "Flamenco Sketches", mais avec ce je ne sais quoi en plus qui le rend encore plus solennel ?). Miles a pris son temps pour réunir autour de lui la crème de la crème de la nouvelle scène jazz, et "E.S.P." de nous prouver que le jeu en valait largement la chandelle.
L'album atteint les 48 minutes, pour seulement 7 titres ; on n'en est pas encore à la longueur effrayante des morceaux de sa période électrique/fusion, mais c'est quand même du jazz bien calibré, un des plus longs de son époque (Kind Of Blue, en 1959, faisait 45 minutes), avec un grand nombre de pépites : E.S.P., Mood, Little One ou Agitation sont de pures merveilles, étrangement construites (Miles demandait instamment à ses musiciens de ne pas se préoccuper de la structure harmonique des morceaux mais de jouer au feeling ;



   


en même temps, les morceaux de l'album sont complexes, mais aussi intensément mélodiques, et Miles demandait de jouer en mode téléphathique, au feeling), avec même une ballade à la Coltrane, Iris (magnifique).

Dans l'ensemble, ce E.S.P. est un chef d'oeuvre de plus pour le grand Miles Davis, un album à découvrir absolument, si ce n'est pas déjà fait (si vous aimez le jazz, logiquement, c'est fait). 48 minutes de pur bonheur, rempli de joyaux (R.J. ou Little One assurent vraiment, notamment). Oui, clairement, cet album est un authentique chef d'oeuvre du genre ! 
Source : http://clashdohertyrock.canalblog.com/archives/2011/01/25/20205011.html

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