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mardi 7 janvier 2014

Decksandrumsandrockanroll

Devenu l'icône sonore des scènes de "bullet-time" en même temps que ZE morceau sur la BO du calamiteux Matrix, Propellerheads est aussi un de ces groupes qui n'aura sorti qu'un album avant de disparaitre. Formé au milieu des années 90, les Propellerheads était un groupe typique des années 90, proposant une musique au croisement de plusieurs autres, et qui affublé de quelques gimmicks qu'on rattacha rapidement au "big beat" n'en était pourtant pas moins originale et définitivement hors de toute catégorisation possible. Du big beat ils n'en avaient rien, si ce n'est la mixture effective-de toute façon cette étiquette n'a jamais eu de sens, puisque les apotres du genre ont depuis longtemps prouvé son invalidité, laissant les tour de passe-passe "on rigole à la plage" au miteux fat Boy Slim et son dancefloor dans le sable,(et "...at the boutique")- du hip hop, de l'électronique émergeante par tous les pores de la peau de la musique de l'époque, et du rock, cet éternel chien galeux qui revient toujours d'une manière ou d'une autre. Duo mystérieux, les Props ont créée l'engouement suite à leur création en balançant quelques lives mémorables lors de différents festivals ou autres venues.



Will White, DJ et batteur s'associe à Alex Gifford, clavériste, bassiste et DJ également, de 10 ans son ainé, et soit-disant ancien membre des Stranglers. De concerts explosifs, le duo passe le cap de l'enregistrement avec brio via quelques EP puis l'album, la réussite qui permet aussi de voir le taux d'alcool dans le sang quand vient la difficile étape d'écrire sans faute le titre-remplaçant le "sex" en "decks", comme pour montrer qu'il n'y a rien entre ces deux là. Ne samplant que d'infimes parties des disques qu'ils chérissent, les deux Props passent de nombreuses heures à dessiner les grandes lignes de leur musique via d'énormes improvisations, qui seront ensuite triturées à l'extrême en studio, utilisant par là une méthode très similaire à celle usé par Massive Attack sur Mezzanine. Si stylistiquement nous sommes aux antipodes du collectif de Bristol, l'épaisseur du son fait trait commun. Les batteries ont une âme, leur propre grain se renouvelle à chaque morceau tout en gardant une identité propre. Les basses, alternativement composé aux clavier et à la basse 4 cordes ondule entre les sons crasseux de l'analogique chérie et des tensions rock/jazz. Les grooves poisseux ne seraient rien sans les scratchs, habilement exécuté par White la plupart du temps, et surtout sans les claviers de piano vintage, de Hammond ou Rhodes que Gifford plaque.




                                


Take Califronia résume et plonge directement l'auditeur dans ce qu'est Decksandrumsandrockanroll: une rythmique soutenue, enivrante, vrillé par les coupures de fréquence des machines, habillé par la richesses des samples. Comme beaucoup, les Props utilisent, à défaut de piller des disques, samplent énormément de vieux films, de vieux passages radio, donnant au disque un coté encore plus ancré dans les années 50-60, celle des vestes en tweed, des espions, des chapeaux et des premières heures de Peter Parker-ouvrez un comic Marvel des 60's et vous y êtes. Antipop Consortium avait marqué les esprits en basant un de ses morceaux sur le rythme d'une balle de Ping pong, Propellerheads utilisait 5 ans auparavant un procédé similaire en articulant une batterie sur le rythme d'un skate passant d'un coté à l'autre d'une rampe sur "oh yeah?". Le duo, pour son album, ne souhaitait avoir que 3 invités: Mike D des Beastie Boys, Lemmy de Mötorhead, et Shirley Bassey. Seule cette dernière eut le temps de répondre favorablement au duo et effectua donc le célébrissime History Repeating avec eux. Plongé dans un jazz Bond-ien à cantatrice pour bar enfumée de 5 minutes, coup de maitre, le clip passe en "heavy rotation" en 98. Sur "Bang On!", le duo effectue le morceau le plus teigneux du disque, véritable pièce maitresse d'une Techno Rock en plein boom, pourtant d'une simplicité déconcertante. La pépite du disque est, étonnament, une reprise. Non pas que les Propellerheads aient été incapable de composer quoi que ce soit d'inoubliable, mais le travail d'orchestration et la confrontation sympahonique/electronique fait ici des merveilles: "On her majesty secret service" est une relecture en 3 mouvements d'un thème de James Bond. Le groove infectieux se plonge dans un épais tissu d'instruments traditionnels. Chef d'Oeuvre, la collision des deux mondes est puissante, luxuriante, brillante. Tout parait bien fade juste derrière.


                               


L'année d'après, sort un EP, qui collecte deux inédits, dont un avec les Jungle Bros (on en reparlera), et une relecture de "Oh Yeah?" accompagné de De La Soul. Will White ne se sentant pas bien, il laisse son comparse s'occuper seul de la promo, qui explique (à la presse et dans un des morceaux où il pose sa voix) que le groupe reviendra bientôt après un break. 12 ans plus tard, malheureusement, les Props ne sont jamais réapparus...et c'est peut-être mieux ainsi; le groupe laissant très peu de traces de son existence, quasiment aucune vidéo existante relatant leurs concerts (si ce n'est une performance à NPA récemment déposé sur le tube ). Decksandrumsandrockandroll est un magnifique album, une réussite totale, une cathédrale sonore où chaque détail est dissimulé, mais ne cesse de se dévoiler avec le temps. Certainement marqué par son époque, on se plait à croire que le groupe ne pourrait faire mieux, même si une reformation était envisageable (ce qui ne semble pas être le cas). Demeure ce seul disque, qui reste inépuisable...et probablement imbattable pour ses géniteurs.  Source : http://beyondthenoize.blogspot.fr/2010/05/propellerheads-decksandrumsandrockandro.html

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