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dimanche 26 janvier 2014

Billy the kid


1941. La Metro Goldwin Mayer, fidèle à un fort pourcentage de sa production et étant alors considérée comme l’usine à rêve numéro un, inventa quasiment le western familial avec cette version très très romancée des derniers jours du célèbre bandit Billy The Kid ! Une dizaine d’années après la version de King Vidor, c’est donc à nouveau le studio du lion qui met en chantier cette production de prestige, lançant par la même occasion Robert Taylor dans les rôles d’aventurier qui lui vaudront sa renommée auprès du grand public encore aujourd’hui alors qu’il s’était jusqu’ici cantonné dans la comédie et le drame. On a souvent dit qu’il était bien trop âgé pour le personnage et effectivement cela nous semble drôle d’entendre l’appeler "The Kid" à tout bout de champ ; de plus, avec son maquillage outrancier, plutôt qu’un homme immature, il semble parfois un peu benêt d’autant que son jeu n’est pas ici des plus sobres. Cela dit, à l’image du film, il possède néanmoins un charme certain ; une très grande classe se dégage de sa façon de se vêtir, de chevaucher ou de dégainer. Son personnage est d’ailleurs plutôt intéressant, plus complexe qu’on l’aurait imaginé, tenté par la rédemption mais rattrapé par la fatalité. 



Belle grandeur d’âme de sa part de ne jamais chercher à courtiser la fille qu’il aime à partir du moment où il apprend qu’elle doit épouser son meilleur ami ; belle générosité que d’accepter un emploi à condition que son ami mexicain puisse lui aussi être embauché à ses côtés ; belle leçon d’amitié que de vouloir à tout prix venger son protecteur alors qu’il sait pertinemment que ceci causera sa perte et que désormais rien ne pourra stopper son destin tragique. D’après cette description, on peut aisément comprendre pourquoi ce Billy le Kid romanesque et idéaliste a pu à ce point fasciner jeunes et moins jeunes, surtout que le final le voit renier un de ses principes les plus chers au risque de lui faire perdre son aura romantique ; alors qu’il s’était toujours juré de ne jamais tirer dans le dos de quiconque, son père s’étant fait lâchement abattre de cette façon, il accomplit néanmoins cette action "honteuse" sans sourciller. Très belle idée de Gene Fowler lors de cette superbe scène finale au sein d’un scénario cependant, avouons-le, on ne peut plus conventionnel ! 

Inutile de chercher une quelconque authenticité historique dans ce film, que ce soit dans ce Far-West de studio totalement aseptisé ou dans son scénario qui transforme ce psychopathe en un bandit d’opérette d’une naïveté confondante ; les faits relatés n’ont qu’un rapport lointain avec la réalité. Mais peu importent les faits, il suffit d’être prévenu. Des couleurs chaudes, une jeune femme douce et belle, un Mexicain chantant, des gentils très gentils, des méchants très méchants, des costumes rutilants, des coiffures impeccables, le western MGM est vraiment modelé pour être vu en famille ; mais cela a son charme justement d’autant que David Miller, pour son coup d’essai, nous réserve quelques scènes d’action étonnamment bien menées aux travellings assez impressionnants - notamment celle du Stampede - et nous gratifie de vues inédites et grandioses sur Monument Valley. Le travail de seconde équipe sur les extérieurs est remarquable ! Quant à l’interprétation, si Robert Taylor n’est pas constamment convaincant, il n’en est pas de même de Brian Donlevy, que l’on était habitué jusque-là à voir jouer les bad guys et qui se révèle parfait en clone de Pat Garrett, de Ian Hunter, magistral en rancher non violent et d’une grande bonté d’âme, et enfin de Gene Lockhart, assez irrésistible en ordure intégrale. Tout cela est bien gentillet mais jamais ennuyeux.


Certains ne trouvent pas beaucoup de qualités à ce film. Mais personnellement je lui en trouve de nombreuses. Tout d'abord il a été tourné en couleur, ce qui reste assez rare pour 1941. D'autre part il a été tourné par David Miller qui a fait quelques effets intéressants sur les yeux de Robert Taylor ou a bien mis en valeur les extérieurs tournés à Monument Valley. Miller avait tourné avant ce film beaucoup de court-métrages. C'est donc son premier long métrage. C'est aussi le premier western de Robert Taylor. Alors bien sûr, ce que l'on peut reprocher au film c'est qu'on sent bien qu'il a manqué sa cible et n'est pas le super Western que le studio voulait produire. Je pense que cela vient du personnage féminin Mary Howard qui ne sait ce qu'elle fait et a finalement un rôle peu important. Enfin Brian Donlevy est un peu en contre emploi dans un rôle de père la morale qui ne lui va pas très bien. Lui qui a tellement habitué, le spectateur à des rôles de méchants.

Ceci étant dit ce film a de nombreuses qualités. Ainsi on a finalement la description de pourquoi Billy est devenu hors la loi. Donc il est expliqué que la mère de Billy a été assassinée et que le meurtrier a été relaché et donc que depuis il a pris l'habitude de se faire justice lui même sans faire grand cas de la vie des autres. Finalement on nous explique que le mal engendre le mal.



Il y a également un autre thème qui y met en avant, ce sont les hommes d'affaires véreux qui derrière l'apparence de l'honnêteté, cachent de bien sombres trafics bien pire que la violence introvertie prête à exploser du hors la loi. Ainsi finalement on finit par prendre fait et cause pour l'anti-héros qui veut se faire justice dans un pays abandonné par la civilisation. Et puis c'est vrai que Robert Taylor en blouson noir en 1941, on se dit qu'il y a quelques choses de nouveau pour l'époque. 12 ans avant "l'équipée Sauvage".On pourrait aussi rapprocher ce film du "Brigand bien aimé" avec Tyrone Power de 1939, mais je pense que ce serait une erreur. En effet dans Billy The Kid, on essaye pas de justifier l'attitude mais seulement de l'expliquer.
A ce titre ce Western est profondément novateur. Il met en avant un vrai hors la loi, un vrai anti-héros. Et pire que ça il explique son parcours et sa rédemption. C'est assez rare pour 1941 pour être souligné. Il y a également quelque chose de magnifique au niveau du dialogue. C'est le lien entre 2 phrases prononcées, l'une au début et l'autre à la fin du métrage. En effet, The Kid dit : "la main droite je la garde pour les amis". Sans vouloir tout expliquer du scénario le lien est fait avec cette phrase à la fin du film, ce qui donne bien entendu une assez forte impression finale.

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