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jeudi 30 janvier 2014

Napoléon

C’est tout de même bien long, trois heures en deux époques, même si on conçoit bien que pour évoquer la fabuleuse figure et le drôle de destin du Corse aux cheveux plats, on ne puisse resserrer trop le récit, sauf à rendre incompréhensibles les événements historiques. Et d’ailleurs même en trois heures, il y a beaucoup d’impasses (la guerre en Espagne complètement tue, la retraite de Russie à peine évoquée, le blocus continental ignoré…).
"Si Versailles", en 1954, tournait d’un sujet concentré dans l’espace, et même dans le temps (trois petits siècles) en 2h40. "Si Paris", en 1956, embrassait trop de temps (près de deux millénaires) et trop de sujets pour être aussi réussi. Napoléon est le plus long des trois films et manque souvent de rythme, malgré les mots toujours drôles, malgré quelques scènes quelquefois brèves, mais fortes, sur quoi je reviendrai.
En fait, à mes yeux, la meilleure des promenades historiques de Guitry, c’est "Remontons les Champs-Élysées", suivie de "Si Versailles", "Les perles de la Couronne" étant enfilées sur une trame un peu artificielle.
Donc, "Napoléon", qui souffre, ainsi qu’on l’a dit sur la suite de messages qui précèdent, de bien des défauts. Je tiens pour peu de choses les absurdités désinvoltes, du type grand soleil encore très haut dans le ciel lorsque, le 2 décembre 1805, le commentaire indique comme tenue pour gagnée à 6 heures la bataille d’Austerlitz, ou les frondaisons de plein été du parc de Fontainebleau lorsque Napoléon y accueille le Pape le 25 novembre 1804 : ce ne sont que des broutilles, que seuls de vieux matous comme moi relèvent.


           
   
Je ne trouve pas très heureux, non plus, les intermèdes musicaux qui ponctuent le film : le ténor Garat incarné par le melliflu Luis Mariano qui chante Plaisir d’amour devant les invités de Barras (Pierre Brasseur, très bien), le ballet dansé par une partie de ces invités dans le parc, au soleil levé, ou même la complainte, au bivouac de Wagram, reprise successivement par je ne sais qui, puis par le Maréchal Oudinot (Armand Mestral), puis par le Maréchal Lefebvre (Yves Montand). Tout cela rompt un peu le rythme et n’apporte rigoureusement rien.
Trop nombreuses les vues de bataille (il est vrai qu’on peut difficilement s’en passer dans un film sur Napoléon) ; on voit que, pour l’époque, et sans l’artificiel ajout numérique qui peut noircir les plus vastes plaines d’innombrables combattants, ce n’est pas mal, mais enfin, le génie de Guitry n’est pas là ; pas là du tout. Il est naturellement bien meilleur lorsqu’il s’agit de parler des femmes bien que, dans Napoléon, elles passent à la fois dans l’espace filmé, mais accrochent peu (à part les beaux yeux vides de Michèle Morgan en Joséphine de Beauharnais) ; même ma chère Danielle Darrieux est un peu pâlotte.


                                


En fait, le plus grand amour de Guitry fut moins les femmes que la France, et sa grande pensée est exprimée, dans Napoléon par Pauline Carton, qui interprète une aubergiste chez qui Napoléon, au retour de l’île d’Elbe fait étape. Elle s’exclame Vive l’Empereur ! et, goguenard, il la taquine, la soupçonnant d’avoir encore crié Vive le Roi ! la veille. Et Carton de donner cette belle leçon : Crier « Vive quelque chose ! », ou « Vive quelqu’un ! », c’est encore crier « Vive la France ! » ; ce qui n’irait pas, c’est qu’on en soit à crier « A bas quelqu’un ! ». Belle leçon ! J’évoquais plus haut quelques moments qui, trop perdus dans un film un peu languissant, marquent l’esprit, bien qu’ils soient très brefs : le Maréchal Lannes (Jean Gabin), les deux jambes amputées après la victoire d’Essling et montrant en expirant à Napoléon le champ de bataille dévasté en beuglant Assez !


                   

L’échange de dessins entre Montholon (Jean Marais) et Hudson Lowe (Orson Welles) sur la pierre tombale du mort, l’exécution de Ney (Clément Duhour) et de Murat (Henri Vidal). On pourrait revenir sur la cérémonie du Sacre du 2 décembre 1804, qui, malgré une très belle marche écrite par Jean Françaix, habituel collaborateur de Guitry, fait un peu mesquin ; autant aurait valu, comme Abel Gance dans Austerlitz faire narrer par Ségur (Jean-Louis Trintignant) aux serviteurs émerveillés l’ordonnancement de la cérémonie devant une immense maquette…
Mêlant petite et grande histoire, personnages de premier plan et silhouettes inventées – ou non -, mots historiques et traits d’esprit personnels, selon sa formule habituelle, Sacha Guitry a tout de même un peu de mal à maintenir constamment l’intérêt…

Le voyage Fantastique

Jan Benes, un scientifique éminent, détenteur de quelques secrets stratégiques de très haute importance, doit être exfiltré d’Europe de l’Est afin d’aider les Américains dans leurs recherches. Mais la mission, dirigée par l’agent de la CIA Grant tourne au désastre lors d’un assaut ennemi et le savant se retrouve grièvement blessé au cerveau. Le temps joue contre lui, et seule une opération chirurgicale urgente et d’une extrême précision peut lui sauver la vie. L’ordre est donné de procéder à cette intervention en utilisant une technologie ultrasecrète et révolutionnaire de miniaturisation, qui consiste à injecter dans le corps du malade plusieurs membres d’une expédition scientifique réduits à la taille de microbes. Piloté par Grant, un sous-marin miniaturisé embarque alors une équipe de médecins qui ont pour objectif d’atteindre le cerveau afin de le réparer. Bénéficiant d’à peine une heure pour agir, ces scientifiques aventuriers vont devoir affronter des obstacles et des "ennemis" d’une nature totalement inédite et terriblement dangereuse, ainsi qu’une menace interne qui se fait peu à peu jour...



               
Suite : Daily


Dans les années 60, alors que les films de science-fiction connaissent un essoufflement créatif (juste avant que Stanley Kubrick ne révolutionne et revivifie le genre avec 2001), d’autres territoires d’exploration intéressent les studios et les férus d’aventures fabuleuses. C’est à cette époque que la 20th Century Fox se lance dans un pari artistique et technologique plutôt original en faisant du corps humain un espace de tous les possibles et un terrain propice aux élucubrations les plus fantastiques. Encore aujourd’hui, à notre ère du tout-numérique aux frontières toujours plus incertaines, un film tel que ce Voyage fantastique fascine toujours. 


Car cette production à grand spectacle située dans un univers microscopique alors inédit, au-delà de ses prouesses techniques propres à cette décennie, est guidée par un esprit à la fois naïf et audacieux dans la lignée des œuvres signés par Jules Verne ou H.G. Wells. Bien sûr, l’argument scénaristique dans Fantastic Voyage est à oublier assez vite puisqu’il ne sert que de prétexte au déclenchement de cette odyssée sous-marine d’un genre nouveau.


                   


Ce sont les paysages à la fois oniriques et en quête de réalisme qui retiennent notre attention. Pour diriger cette entreprise tant farfelue que proprement extraordinaire, le studio a misé sur l’un des cinéastes les plus concernés à la fois par les défis technologiques et par l’aventure humaine dans ce qu’elle a de plus noble. Richard Fleischer, grand maître du Cinémascope et réalisateur brillant des formidables 20 000 lieues sous les mers et Vikings, se révèle l’homme de la situation. Les plans et la scénographie qu’il compose, avec l’aide d’une direction artistique ambitieuse, sont d’une beauté fulgurante et parviennent à sublimer ces "paysages anatomiques" alors méconnus des spectateurs. 


Et sans jamais se départir de cet esprit de découverte propre aux grands explorateurs, Fleischer prend son temps et donne au récit - sur un plan visuel - un rythme lent et presque solennel en phase avec le jeu empreint de gravité des comédiens. A côté d’acteurs sûrs et confirmés comme Stephen Boyd, Donald Pleasence ou Edmond O’Brien, la Fox essaie de capitaliser sur Raquel Welch, brune brûlante et plantureuse, enserrée dans sa combinaison moulante, qui pose devant la caméra de Fleischer la première pierre d’une carrière de sex-symbol. Si son talent de comédienne reste encore à prouver, Welch possède en revanche de nombreux atouts pour flatter le regard.            


                     


Avant d’affronter des dinosaures dans le kitschissime Un million d’années avant J.C., la voici qui se bat contre des anticorps et des microorganismes tous plus mortels les uns que les autres. Un autre élément pourrait également expliquer l’investissement du cinéaste dans ce projet. Fleischer, fasciné par l’observation clinique du mal et ses manifestations les plus sombres et souterraines (cf. Le Génie du mal, L’Etrangleur de Boston ou L’Etrangleur de la Place Rillington), a ici la possibilité de s’aventurer dans l’intimité la plus profonde du corps humains et de conférer à ses réactions naturelles la sensation d’un danger permanent.  D’autant qu’un autre menace invisible est à l’œuvre, puisque l’équipée est également à la merci d’un saboteur caché dans ses rangs. 


Le Voyage fantastique est ainsi un magnifique périple, qui réussit à captiver autant par son récit paranoïaque que par sa beauté étrange - qui confine à une certaine poésie visuelle, et fait donc oublier ses quelques défauts. Vingt ans après, la société de production Amblin mettra en chantier une nouvelle variation sur ce thème avec L’Aventure intérieure et, appuyée par des effets spéciaux bien plus réalistes, troquera l’onirisme, le sérieux et la solennité imprimés par Fleischer contre l’humour et l’action trépidante mis en scène par le facétieux Joe Dante.  Toutefois, au-delà de représenter une date dans l’histoire du cinéma de science-fiction, Le Voyage fantastique garde encore de nos jours tout son pouvoir d’attraction.
Source : http://www.tvclassik.com/notule2.php?id_film=2264

The Secret War of Harry Frigg


Évasion sur commande (The Secret War of Harry Frigg) est un film américain réalisé par Jack Smight, sorti en 1968.
En Italie, à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Cinq généraux, un Français, deux Anglais et deux Américains, sont prisonniers dans le chateau de la comtesse de Montefiore. La vie est si douce pour eux que pas un seul ne songe à s'évader. Le commandement allié commence à s'impatienter car le débarquement approche. Un simple soldat, Harry Frigg, qui s'est signalé par ses multiples évasions est promu Général et envoyé sur les lieux. Devenu l'amant de la comtesse, celui-ci oublie sa mission...




         
       
Harry Frigg (Paul Newman) est un soldat américain prisonnier dans sa propre armée pendant la Deuxième Guerre mondiale. Il est également connu pour être un roi de la cavale.
Il est tellement doué pour s'échapper de n'importe quel stalag que l'armée lui confie la tache d'aller en Italie pour organiser une évasion d'officiers alliés.
Se faisant passer pour un général américain, il intègre le camp (en réalité un palais italien) dans lequel sont détenus les cinq généraux alliés qu'il a pour mission de délivrer. Leur geôlier, le colonel Enrico Ferucci, est l'ancien maître d'hôtel d'un palace qui est tout dévoué au bien-être de ses hôtes. Harry découvre une vie de luxe et de raffinement et trouve finalement plus agréable de rester prisonnier dans un tel confort plutôt que de tenter d'en partir. 

Il tombe amoureux d'une aristocrate italienne, la comtesse Francesca de Montefiore (Sylva Koscina), employée comme domestique au château, et en oublie même le but de sa mission.
La jeune femme découvre les origines modestes de Harry qui n'est pas du même monde que toutes les personnes présentes au château et le coup de foudre est réciproque.
De fait les mois passent sans qu'aucune tentative ne soit élaborée par Harry pour tenter la moindre évasion. Les Allemands finissent par occuper l'Italie et le maître d'hôtel se fait remplacer par un officier de l'armée allemande, le major Von Steingiz, bien moins dévoué que son prédécesseur au confort des prisonniers.

La vie commence à devenir plus difficile au château avec ce nouveau venu. Harry décide d'organiser l'évasion sur commande.

Fred Astaire


Lorsque Fred Astaire arrive à Hollywood en 1933 et tourne son premier bout d'essai pour la compagnie RKO, le verdict est le suivant "Perd ses cheveux. Ne sait pas jouer. Ne sait pas chanter. Sait un peu danser." C'est le "un peu" qui décide de sa carrière. Il sera donc danseur puisque, parait-il, il ne savait vraiment rien faire d'autre !





Et la face de la comédie musicale s'en trouve changée. Fred Astaire porte le genre à son plus haut point d'élégance, de charme et d'ironie "Mes chaussures ont du talent" admet-il avec l'humour et la modestie dont il ne se départ jamais, pas plus que d'un exigeant perfectionnisme. Il a l'habitude de se coucher tôt, de se lever à l'aube et de travailler inlassablement. Son talent et sa générosité crépitent au bout de ses souliers vernis, dans les pans de son habit. Il ne fait que son métier de danseur, mais à force de précision et de légèreté, il atteint une grâce de rêve. Dans la mécanique bien huilée d'Hollywood, Frédérick Austerlitz, de son vrai nom, empereur du tap dance, du chapeau claque et de la queue-de-pie, introduit le génie. Il fut l'incarnation suprême d'une certaine forme de divertissement.



   

Il nait le 10 mai 1899 à Omaha (Nebraska) où son père brasseur s'est établi. Il commence; à danser très tôt, non par véritable passion, mais pour imiter sa sœur Adèle, qui suit des cours de danse et manifeste un talent inné. Alors qu'il a quatre ans, sa mère l'inscrit à l'école de danse où se trouve sa sœur et à sept ans, il forme avec elle un couple de music hall qui recueille déjà un certain succès.
Fred Astaire et sa sœur Adele dansent ensemble jusqu’en 1932, gagnant des fortunes "Nous avons aussi connu des fours épouvantables, écrit Fred Astaire dans son autobiographie, Step in Tima. Il m’est arrivé de danser des soirées entières jusqu’à l’épuisement sans le moindre applaudissement ; Alors que nous avions besoin de travailler, ma sœur et moi, nous avons été renvoyés des music-Halls de l’époque un certain nombre de fois. Ce qui pousse les artistes à aller de l’avant, c’est la certitude que la prochaine fois sera la bonne."


           




Puis Adele épouse un Lord Anglais, Charles Cavendish et abandonne la scène puis son frère ; Celui-ci songe alors à renoncer à la danse, d'autant qu'Hollywood lui fait un piètre accueil. Heureusement, David O'Selznick est d'un avis différent et en 1933, il engage Frederick, devenu Fred Astaire, pour une apparition dans un film Dancing Lady (Le Tourbillon de la danse, 1933) avec Joan Crawford. Ainsi commence l'une des carrières les plus spectaculaires d'Hollywood.
L'homme miracle de la comédie musicale américaine est un petit bonhomme de 1m63 qui pèse à peine 50 kg. Pas très beau, les oreilles décollées, la tête en pain de sucre, le cheveu rare, il a pourtant un charme fou et danse de façon éblouissante. Au cinema américain, la comédie musicale en est encore au stade de Rusby Berkeley, qui l'a fait passer au cadre étroit de la scène à de vastes espaces, avec des numéros géométriques délirants et une débauche de figuration.


     

Avec Fred Astaire, la comédie musicale s'individualise et se raffine. Aux énormes ballets d'un goût souvent douteux succèdent les pas de deux et les éblouissants numéros de claquettes où il excelle, vêtu de son habit légendaire et de sa canne à la main. Reste toutefois à lui trouver une partenaire car, malgré son goût pour la danse en solo, il a connu ses plus grands succès dans des numéros où il se produisait avec sa sœur.
Pour son deuxième film, Carioca, en 1933, Astaire occupe seulement la cinquième place sur l’affiche, juste après une inconnue, Ginger Rogers. Engagée depuis peu, elle aussi vient du Music-Hall. Elle a joué quelques petits rôles dans des films médiocre avant d’être remarquée en 1933. Personne ne pense qu’elle puisse être autre chose qu’une chorus girl, mais c’est en fait une professionnelle infatiguable.


   


Elle obtient d’interpreter le numéro avec Astaire dans Carioca. C’est ainsi, que va se former l’un des couples légendaires de la comédie musicale. Le public se met aussitôt à les réclamer. Ils enchainent alors sept autres films. Les scénarios, construits sur la même trame, ne sont pas d’une grande richesse d’imagination : un jeune homme rencontre une jeune fille, ils commencent par se détester, finissent par s’aimer et tout se termine par un happy end délirant. La partie chorégraphique suit exactement le même schéma. Chaque film comporte au moins quatre numéros de danse pour Astaire : un solo pour attirer l’attention de sa partenaire, une manœuvre enveloppante pour la désarmer suivie d’une langoureuse danse de séduction, enfin un ballet étourdissant pour la fin.
Pour ces numéros réglés au millimètre près, Fred Astaire et Ginger Rogers sont toujours aidés par les plus grands chorégraphes hollywoodiens.


         
   

Astaire est un perfectionniste. Les répétitions épuisantes auxquelles il soumet ses partenaires provoquent souvent des tensions avec Ginger Rogers. Pour tous les américains, Fred et Ginger représentent le couple idéal et le monde entier les croit amoureux tant le rêve et la réalité ont tendance à confondre le public. En réalité, ils ne s’aiment pas. "Elle est méchante et jalouse, ce n’est qu’une danseuse de Charleston". dit-il, ce à quoi elle rétorquait "Quand il danse on voit surtout ses grandes oreilles". Fred disait que lorsqu’ils tournaient des scènes d’amour, ils se disaient des horreurs tout en souriant et en prenant un air énamouré. En dehors des studios, ils ne se fréquentent pas du tout, mais leur inimité n’a pas empêché le miracle se produire : les huit films qu’ils tournent ensemble portent à son apogée l’art légendaire de la comédie musicale américaine. Cependant d’un commun accord ils décident de mettre fin à leur association en 1941. Le même jour a lieu l’attaque de Pearl Harbor, et un journal titrait " Deux désastres en même temps pour l’Amérique ".


Sans Ginger, Fred Astaire continue d’etonner, de séduire et de tourbillonner en se faisant le chevalier servant de quelques-unes des plus grandes vedettes d’Hollywood. En chaque partenaire, il puise une nouvelle vitalité. Ainsi, il a des moments sublimes avec Eleanor Powell dans Brodway Melody of 1940 (Broadway qui danse, 1940), en 1941 avec Rita Hayworth dans You'll never get rich (l’Amour vient en dansant) et en 1942 dans You were never lovelier (O toi, ma charmante !). Bien que cousine éloignée de Ginger, on dit de Rita Hayworth qu'elle est belle, danse bien et surtout a un caractère plus facile que celui de Ginger Rogers. Il danse avec l’éblouissante Cyd Charisse dans The Band Wagon (Tous en scène, 1953) et Silk Stockings (La Belle de Moscou, 1957), Leslie Caron dans Daddy Long Legs (Papa longues jambes, 1955), Audrey Hepburn dans Funny Face (Drôle de frimousse, 1957). Rita Hayworth déclare "Les films avec Fred Astaire font parti des réussites de ma vie".

mardi 28 janvier 2014

Delicatessen

Delicatessen est un film français réalisé par Marc Caro et Jean-Pierre Jeunet, sorti sur les écrans en 1991.
Louison, garçon rêveur et bricoleur, est engagé comme homme à tout faire dans un immeuble d'une ville désertique et détruite par la guerre. Son employeur est un boucher aux méthodes de travail radicales, qui fait régner la terreur sur ses voisins et sur sa fille, Julie...
Une merveille de poésie et de drôlerie.
Dès le générique, véritable boîte à trésors et à idées, « Delicatessen » se présente comme un bric-à-brac allumé et monstrueux, comme un monde à part entière sorti des esprits tordus et inlassablement créatifs de Caro et de Jeunet.Au cœur d'un univers extérieur d'apocalypse (l'environnement n'est plus que désolation et délabrement, et Louison répond à une annonce parue dans le journal : « Les temps Difficiles ») ,un artiste, clown sensible, va illuminer le quotidien d'un immeuble et y insuffler sa folie et son génie.
Un florilège de « gueules » incarnent une galerie de personnages inoubliables (les frères artisans, qui fabriquent avec patience des boîtes à « meuh », les troglodistes, l'homme aux escargots) ; ils s'affrontent, se croisent et donnent vie à des scènes extraordinaires, tel ce concert impromptu et saccadé, interprété par l'ensemble des locataires (à la manière d'un métronome, les ressorts d'un lit donnent le tempo au violoncelle de la jeune Julie, à la cadence de frappe d'un tapis, au rythme de la peinture au plafond, à la vitesse de tricotage de la grand-mère...jusqu'au « climax » !)



             

        
« Delicatessen » constitue une expérience de spectateur formidable, car l'on assiste à la confection, à la matérialisation d'un univers très personnel et d'un imaginaire très riche, qui apporte un soin particulier à la représentation des détails, des petites choses, des objets loufoques et uniques (l'incomparable « australien », l'irrésistible « détecteur de connerie », et le moulin à café-radio, entre autres prodiges). Le directeur de la photo, Darius Khondji, signe une image sépia de toute beauté, s'adaptant aussi bien aux ténèbres souterraines qu'à l'intimité d'une petite chambre sous les toits.
" Delicatessen" sait être hilarant, surprenant et hors normes, mais également très émouvant et d'une grande finesse. La scène du thé entre Julie et Louison est un enchantement : les prévenances de l'un répondent à la maladresse de l'autre, jusqu'à cet instant où le jeune homme souffle délicatement sur le coin de l'œil de la jeune femme qui s'est fait mal, et qui ferme les paupières, bouleversée par ce geste...il s'agit peut-être de l'un des moments les plus purs et les plus érotiques de l'histoire du cinéma.




                                  
                                                   



Le film nous offre des séquences élaborées et mémorables (la « danse du sommier » entre le boucher et Mademoiselle Plusse, les tentatives de suicide ratées d'Aurore) qui témoignent à la fois d'un savoir-faire indéniable mais aussi d'un authentique abandon burlesque : Jeunet et Caro sont dotés d'une capacité d'invention fabuleuse, car totalement maîtrisée.
Une œuvre magnifique, qui laisse dans la tête une mélodie interprétée au violoncelle...et à la scie musicale. Source : http://www.senscritique.com/film/Delicatessen/critique/447431

lundi 27 janvier 2014

Thierry Jousse

  Cinéma song

 Voici l' émission consacrée aux multiples facettes de la musique au cinéma. Son but : proposer aux auditeurs un voyage dans le cinéma, les immerger dans un bain musical et sonore à base d’extraits de films et de pépites musicales, explorer librement, comme dans un jeu de l’oie, l’histoire et l’actualité de la musique de film. Cinéma Song n’a pas vocation à être un magazine classique mais plutôt une plongée dans l’œuvre d ‘un compositeur pour le cinéma, dans un genre musical ou cinématographique, dans une période de l’histoire du cinéma, dans le parcours musical d’un cinéaste… L’actualité sera toutefois présente sous forme d’une chronique traitant des sorties discographiques et cinématographiques ou des événements liés à toutes les formes de musique pour le cinéma.
"Cinéma Song" proposera également de découvrir des bandes originales rares, disponibles seulement en vinyles et tentera d'évoquer toutes les dimensions de la musique au cinéma : musiques de film bien sûr mais aussi tous les genres de musiques imaginables qui s'épanouissent dans les bandes sons de films, toutes les formes possibles de musique pour l'image, sans oublier le répertoire de la musique de film entendu comme réservoir de standards et de reprises. Une manière franchement ludique et vraiment sonore de rendre vivants la musique et le cinéma.


Après avoir été rédacteur en chef des Cahiers du cinéma entre 1991 et 1996, Thierry Jousse réalise trois courts-métrages à partir de 1998.
Il a co-dirigé avec Thierry Paquot l'encyclopédie La Ville au cinéma .
Il réalise son premier long-métrage Les Invisibles en 2005.Le second, Je suis un no man's land avec Philippe Katerine est sorti en janvier 2011.Parallèlement à ses activités cinématographiques, il écrit sur la musique pendant la seconde moitié des années 90 pour Les Inrockuptibles, Jazz Magazine et le Dictionnaire du Rock .Il a collaboré à de nombreuses émissions de radio sur France Inter (Le Masque et la Plume), France Musique et France Culture.De 2008 à 2011, en duo avec Laurent Valero, il anime l'émission Easy Tempo sur France Musique.En septembre 2011, il démarre une nouvelle émission consacrée à la musique de films :Cinéma song, conciliant ainsi ses 2 passions.Il vient de réaliser le documentaire : Jean Douchet ou l'art d'aimer .

                            Podcast : http://radiofrance-podcast.net/podcast09/rss_12287.xml

Blow up - Mes B.O. de films par Thierry Jousse
Voici une nouvelle série dans Blow up sur la musique de films. Qui mieux que Thierry Jousse pour en parler ? C’est parti pour une Histoire personnelle des BO de films, en commençant par John Barry…
Producteur: caméra lucida
Producteur: luc lagier
Date de première diffusion : Mer., 8 févr. 2012, 16h35




                                 Bien plus ici : http://www.arte.tv/fr/rencontre/3672030.html

Les cadavres ne portent pas de costard

Un détective privé nommé Rigby Reardon reçoit chez lui la ravissante Juliet Forrest. Si elle s'adresse à lui, c'est pour lui demander de retrouver son père, un savant réputé et célèbre fabricant de fromages, qui a mystérieusement disparu sans laisser de traces. Rigby Reardon se met immédiatement au travail. Il dispose cependant d'un indice : une étrange liste sur laquelle figurent des noms et la mention «les amis et ennemis de Carlotta». Au fur et à mesure que son enquête progresse, Reardon fait la rencontre de très nombreux personnages charismatiques. Il s'avère qu'ils sont tous les héros de films noirs hollywoodiens des années 40... 
A l'époque, l'idée avait paru révolutionnaire : aller chercher dans une vingtaine de classiques du film noir des morceaux de scènes interprétées par des stars hollywoodiennes et les insérer dans un polar parodique, de façon qu'ils fassent avancer l'action (l'enquête d'un privé sur la disparition d'un riche savant). Il fallut, paraît-il, de longues semaines de (re)visionnage pour trouver les fragments adéquats - Burt Lancaster sur son lit des Tueurs, Ray Milland à la recherche de son dernier dollar dans Le Poison, etc. Pourtant, le plus souvent, le scénario, absurdement alambiqué, n'est qu'un prétexte pour convoquer un nouveau revenant... Plus de vingt ans après, la prouesse technique (beau travail sur les transparences) est éclipsée par les progrès du numérique et, VHS et DVD obligent, les stars du passé n'ont jamais été aussi familières.


   
           
Reste la puissance comique (inégale) de Steve Martin et l'atmosphère sympathique d'hommage à une époque révolue, soulignée par une magistrale bande originale signée Miklós Rózsa.Ce fut le dernier film du célèbre compositeur qui due, pour ce film, retrouver des musiques qu'il avait composé pour certains des vieux films cités des années 40-50. Parmi tant d'autres, nous retrouvons "Le Grand Sommeil" (The Big Sleep) de Howard Hawks, "La Flamme sacrée" (Keeper of the flame) de George Cukor, "Soupçons" (Suspicion) ou "Les Enchaines" (Notorious) d'Alfred Hitchcock...


                                    


Avec cette délirante parodie des films noirs des années quarante et cinquante, dans laquelle sont insérés des extraits d'oeuvres célèbres jouées par Lauren Bacall, Cary Grant, Humphrey Bogart, Ava Gardner et bien d'autres, Carl Reiner a ravi toute une flopée de cinéphiles. Grâce à un habile montage, Steve Martin donne en effet la réplique aux stars de l'âge d'or hollywoodien (mortes pour la plupart !), et les images d'hier et d'aujourd'hui "raccordent" dans un noir et blanc qui retrouve la texture des classiques d'antan. Ainsi, l'intrigue trouve dans la confusion des vieux films qu'elle pastiche une justification commode pour détourner des séquences entières de leur sens premier.


                                     


Résultat à l'écran : un festival de gags ininterrompus, qu'un formidable travail de reconstitution (costumes, décors, photo) rend irrésistible. A noter la présence de Rachel Ward (l'héroïne des Oiseaux se cachent pour mourir) au sommet de sa beauté, dans un rôle de vamp.
Lors de sa première semaine d'exploitation, le long-métrage se classe deuxième au box-office américain avec 6 750 271 $, puis finit son exploitation au bout de cinq semaines avec 18 196 170 $, soit approximativement 6 189 000 entrées...



                                     

La nuit du loup-garou

La nuit du loup-garou est l’unique métrage de la firme Hammer consacré au mythe de la lycanthropie, ce qui peut surprendre lorsque l’on voit la réussite du métrage. De plus, au début des années 60, la compagnie se lança frénétiquement dans l’exploitation de son fond de commerce en multipliant les séquelles de ces titres phares. Le cauchemar de Dracula accoucha de 8 suites, Frankenstein s’est échappé de 6 et La malédiction des pharaons de 2. Dans le quatuor des grands monstres du patrimoine classique du fantastique il ne restait donc que le loup-garou à exploiter. Mais, étonnamment, cette adaptation du roman Le loup-garou de Paris de Guy Endore ne connut, pour sa part, aucune suite.
L’intrigue débute par l’arrivée d’un mendiant dans une petite ville d’Espagne apparemment désertée par ses habitants. Au pub local, on lui explique qu’il arrive un jour férié car le marquis Siniestro (avec un nom pareil, on devine tout de suite qui sera le méchant !) se marie. Les villageois se doivent donc de partager la joie du marquis même s’ils ont dû pour cela se saigner aux quatre veines afin de payer les dépenses de Siniestro. N’ayant plus d’argent à donner, les habitants suggèrent au mendiant de tenter sa chance au château du marquis. Arrivé sur place, le pauvre homme se voit rapidement humilié par le marquis, un ignoble personnage qui finit par le vendre à sa jeune épouse. Lassé de la plaisanterie Siniestro enferme finalement le mendiant dans une cellule où il va rester durant une quinzaine d’années, oublié de tous si ce n’est de la fille muette du geôlier. Malheureusement la belle demoiselle attise les désirs du marquis, à présent abandonné de tous. Siniestro tente de violer la jeune femme qui résiste et se voit condamnée à la prison.



                               
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Là, elle sera finalement abusée par le mendiant qui périt ensuite d’une crise cardiaque. La jeune femme tue ensuite le marquis et s’enfuit dans la forêt avant d’être recueillie par Don Alfredo Corledo et sa servante Teresa. Mais la demoiselle est tombée enceinte des œuvres du mendiant et meurt en couches, donnant naissance le jour de Noël (un mauvais présage !) à un garçon prénommé Léon. Le petit garçon grandit mais, à l’âge de 10 ans environ, il apparaît clair qu’il souffre de lycanthropie. Don Corledo demande alors conseil à un prêtre qui lui affirme que la seule solution est d’offrir à Léon beaucoup d’amour afin de tenir éloigné les forces maléfiques désireuses de s’emparer de son âme. Tout semble bien se passer pour Léon jusqu’à ce qu’il atteigne une vingtaine d’années.


                                  


A ce moment il tombe amoureux de la belle Cristina, la fille de son employeur malheureusement fiancée à un fils de bonne famille. Et, un jour, après une tournée des bars et bordels en compagnie d’un de ses camarades de travail, Léon laisse resurgir la bête qui est en lui…
La construction de La nuit du loup-garou repose donc sur trois parties successives : la première concerne les démêlées du mendiant et de la jeune muette avec Siniestro, la seconde se déroule dix ans plus tard et s’intéresse aux parents adoptifs de Léon, la dernière, enfin, se concentre sur l’histoire d’amour du jeune homme alors incarné par Oliver Reed. Ces trois épisodes sont assez courts et l’on regrette un peu que le cinéaste n’ait pas eu la possibilité de développer davantage les différences intrigues. Les transitions sont également assez abruptes et utilisent la voix off d’un narrateur pour relier les différents segments, se permettant souvent des raccourcis et des ellipses afin de ne pas dépasser les 90 minutes règlementaires.



Mais certaines scènes sont splendides, en particulier la mort du marquis, le baptême de Léon (avec l’eau sacrée qui se met à bouillir et révèle le reflet d’une gargouille démoniaque), la fabrication de la balle d’argent et, évidemment, le final sur le clocher de l’église.
Les interprètes, pour leur part, sont plutôt convaincants : Oliver Reed livre une belle composition et retranscrit parfaitement le côté tragique de sa condition. Dans les dernières séquences, on peut réellement sentir le combat intérieur qu’il livre pour dominer sa nature animale et la conscience aiguë de sa fin inéluctable. Anthony Dawson, dans le rôle du marquis, cabotine sans éviter la surenchère mais son jeu très chargé (le marquis est ignoble, pas moyen de lui trouver la moindre circonstance atténuante !) fonctionne plutôt bien dans le contexte. 


                                  


Si certains détails semblent un peu bâclés, le métrage dans son ensemble reste une grande réussite.
La mise en place de la malédiction se révèle très intéressante et réussit à grandement crédibiliser les événements survenant dans la dernière demi-heure. Le travail sur le maquillage est, lui aussi, remarquable pour l’époque et le loup-garou, dont l’apparence renvoie à celle de Lon Chaney dans le classique Le loup-garou de la Universal (et qui sera ensuite reprise par Paul Naschy tout au long de sa saga El Hombre Lobo) s’avère réellement impressionnant. Pour un film de 1961, La nuit du loup-garou se montre d’ailleurs audacieux en abordant le thème du viol et en laissant couler le sang à plusieurs reprises, en particuliers lors du meurtre du marquis qui fut jadis fort censuré. Comme toujours la réalisation de Terence Fisher montre une belle maîtrise et les décors sont soignés, tout comme la photographie qui se permet des plans superbes de la pleine lune brillant dans un ciel ténébreux.



La nuit du loup-garou demeure, en dépit de quelques défauts somme tout bien excusables, un grand classique de l’épouvante britannique et une des plus belles réussites de la Hammer. Il se doit également de figurer dans le peloton de tête des meilleurs métrages consacrés au mythe du loup garou (avec Le loup-garou et les plus récents Hurlements et Le loup-garou de Londres) et à ce titre mérite largement une attention soutenue

dimanche 26 janvier 2014

Lifeboat

Dans ses entretiens avec François Truffaut, Hitchcock déclare : "Nous avons voulu montrer qu'à ce moment là dans le monde, il y avait deux forces en présence, les démocraties et le nazisme. Or, les démocraties étaient complètement en désordre alors que les Allemands savaient où ils voulaient aller. Il s'agissait donc de dire aux démocrates qu'il leur fallait absolument prendre la décision de s'unir et de se rassembler, d'oublier leurs différences et divergences pour se concentrer sur un seul ennemi, particulièrement puissant par son esprit d'unité et de décision… John Hodiak était pratiquement un communiste et à l'autre extrémité vous aviez un homme d'affaires qui étaient un fasciste".
Ce message difficile car non explicite sera incompris par la critique qui démolira le film n'y voyant que l'image d'une démocratie décadente et l'apologie d'un nazi astucieux.
Il est vrai qu'Hitchcok n'épargne pas ses personnages. Le meurtre de Willy est filmé de dos. "Ils sont comme une meute de chien, dit Hitchcock, exorcisant leurs erreurs, leurs insuffisances et leurs dissensions". Joe personnage religieux qui récitait le psaume XXIII en ouverture est le seul à ne pas participer au meurtre.
Hitchcock avait été sollicité par Hemingway pour tourner Pour qui sonne le glas ? quelques mois plus tôt. Il avait refusé mais il lui renvoie la politesse en lui proposant d'écrire le scénario, qu'il refuse à son tour, tout en se déclarant flatté. Apres Cronin pressenti, Steinbeck s'attelle à la tache, écrit quelques scènes, rédige un synopsis avant d'abandonner face aux contraintes exigées par Hitchcock.

          

   
 
Celui-ci avait en effet depuis longtemps pensé à un film tourné dans un lieu unique et restraint. La caméra ne sort jamais ici du bateau. De fait, le bateau n'est ainsi jamais montré de l'extérieur. Le film ne possède pas non plus une seule note de musique. Comme dans Les oiseaux note Truffaut, le personnage féminin part de la sophistication pour atteindre le naturel en traversant des épreuves physiques. Elle perd tous les attributs de sa réussite, caméra, vison, machine à écrire, bracelet.







De nombreux scénaristes s'étant relayés sur le film c'est Ben Hecht qui e rassemblé ces travaux pour les rendre homogènes.


                   


Le tournage fut pénible. Hitchcock doit faire face à la disparition de son frère et aux conséquence d'un régime où il a perdu trente kilos en quelques semaines. L'apparition habituelle d'Hitchcock se fait d'ailleurs par le biais d'une réclame pour un produit amaigrissant, le Reduco visible sur le journal que lit Gus Smith.
Les acteurs tombent très souvent à l'eau dans la cuve du studio spécialement aménagé. Les déplacements de la caméra sont ralentis par les protections imposées par l'espace humide.
On le voit, les portées symboliques de chaque protagoniste sont savamment calculées. De fait, cela est un des défauts du film, cette dimension idéologique qui prend parfois un peu trop de place, même si les frontières ne vont pas tarder à sauter. 

Mais ce qui a pu réjouir Hitchcock, c'est que le méchant est fantastique. Sympathique, de fait, mais Nazi jusqu'au bout des yeux. Il est à la fois le garant d'une propagande anti-nazie bien assumée par le film, mais aussi un reflet des propres préoccupations du metteur en scène, comme Sebastian dans Notorious, il est un nazi certes, mais aussi un homme aux aspects séduisants. Plus fort que Sebastian, même, il est à un moment traité de surhomme par les passagers... L'intrigue du film est basée sur les conflits entre Kovac, Gus d'un coté, et Rittenhouse et Porter de l'autre, ne sont pas d'accord sur le sort à réserver au marin Allemand: le recueillir, ou le jeter par dessus bord. A la fin du film, lorsqu'un autre marin Allemand se retrouve à demander asile, le conflit repart de plus belle. 


                        

D'une certaine manière, Hitchcock montre les mécanismes, nous avertit de la duplicité du nazi, mais ne démontre rien, ni ne nous oblige à le suivre sur une quelconque pente idéologique. Ce qui explique sans doute que ce film marqué par les années de guerre n'ait éveillé par la suite que des commentaires formels de sa part. Une façon comme une autre pour le metteur en scène de se détacher du contenu...
 Sans être fascinant, le film est suffisamment gonflé et réussi pour éveiller notre attention aujourd'hui. Moins réussi que tant d'autres film, il est quand même un film prenant dans lequel le talent d'Hitchcock pour peindre les humains en danger est une fois de plus mis en valeur, pour 97 minutes d'émotion sans pause. ...Excusez du peu.


                                

Hitchcock appréciait tout particulièrement Tallulah Bankhead, star de Brodway, qu'il avait admiré étant jeune. il admirait aussi son manque total d'inhibition. Ainsi se promena-t-elle un jour ostentatoirement sans sous-vêtement. Une journaliste qui se trouvait là en fit un scandale public. Par ailleurs, Tallulah Bankhead, attrapa une pneumonie après les milliers de litres d'eau déversés sur elle. Mary Anderson jouait à la star ce qui irrita Hitchcock. Ainsi lorsqu'elle lui demanda "Quel est mon meilleur profil ?" lui répondit-il : "Ma chère vous êtes assise dessus."
Source : François Truffaut : Hitchcock éditions Gallimard (2003 après les éditions de 1966 et suivantes) 

Billy the kid


1941. La Metro Goldwin Mayer, fidèle à un fort pourcentage de sa production et étant alors considérée comme l’usine à rêve numéro un, inventa quasiment le western familial avec cette version très très romancée des derniers jours du célèbre bandit Billy The Kid ! Une dizaine d’années après la version de King Vidor, c’est donc à nouveau le studio du lion qui met en chantier cette production de prestige, lançant par la même occasion Robert Taylor dans les rôles d’aventurier qui lui vaudront sa renommée auprès du grand public encore aujourd’hui alors qu’il s’était jusqu’ici cantonné dans la comédie et le drame. On a souvent dit qu’il était bien trop âgé pour le personnage et effectivement cela nous semble drôle d’entendre l’appeler "The Kid" à tout bout de champ ; de plus, avec son maquillage outrancier, plutôt qu’un homme immature, il semble parfois un peu benêt d’autant que son jeu n’est pas ici des plus sobres. Cela dit, à l’image du film, il possède néanmoins un charme certain ; une très grande classe se dégage de sa façon de se vêtir, de chevaucher ou de dégainer. Son personnage est d’ailleurs plutôt intéressant, plus complexe qu’on l’aurait imaginé, tenté par la rédemption mais rattrapé par la fatalité. 



Belle grandeur d’âme de sa part de ne jamais chercher à courtiser la fille qu’il aime à partir du moment où il apprend qu’elle doit épouser son meilleur ami ; belle générosité que d’accepter un emploi à condition que son ami mexicain puisse lui aussi être embauché à ses côtés ; belle leçon d’amitié que de vouloir à tout prix venger son protecteur alors qu’il sait pertinemment que ceci causera sa perte et que désormais rien ne pourra stopper son destin tragique. D’après cette description, on peut aisément comprendre pourquoi ce Billy le Kid romanesque et idéaliste a pu à ce point fasciner jeunes et moins jeunes, surtout que le final le voit renier un de ses principes les plus chers au risque de lui faire perdre son aura romantique ; alors qu’il s’était toujours juré de ne jamais tirer dans le dos de quiconque, son père s’étant fait lâchement abattre de cette façon, il accomplit néanmoins cette action "honteuse" sans sourciller. Très belle idée de Gene Fowler lors de cette superbe scène finale au sein d’un scénario cependant, avouons-le, on ne peut plus conventionnel ! 

Inutile de chercher une quelconque authenticité historique dans ce film, que ce soit dans ce Far-West de studio totalement aseptisé ou dans son scénario qui transforme ce psychopathe en un bandit d’opérette d’une naïveté confondante ; les faits relatés n’ont qu’un rapport lointain avec la réalité. Mais peu importent les faits, il suffit d’être prévenu. Des couleurs chaudes, une jeune femme douce et belle, un Mexicain chantant, des gentils très gentils, des méchants très méchants, des costumes rutilants, des coiffures impeccables, le western MGM est vraiment modelé pour être vu en famille ; mais cela a son charme justement d’autant que David Miller, pour son coup d’essai, nous réserve quelques scènes d’action étonnamment bien menées aux travellings assez impressionnants - notamment celle du Stampede - et nous gratifie de vues inédites et grandioses sur Monument Valley. Le travail de seconde équipe sur les extérieurs est remarquable ! Quant à l’interprétation, si Robert Taylor n’est pas constamment convaincant, il n’en est pas de même de Brian Donlevy, que l’on était habitué jusque-là à voir jouer les bad guys et qui se révèle parfait en clone de Pat Garrett, de Ian Hunter, magistral en rancher non violent et d’une grande bonté d’âme, et enfin de Gene Lockhart, assez irrésistible en ordure intégrale. Tout cela est bien gentillet mais jamais ennuyeux.


Certains ne trouvent pas beaucoup de qualités à ce film. Mais personnellement je lui en trouve de nombreuses. Tout d'abord il a été tourné en couleur, ce qui reste assez rare pour 1941. D'autre part il a été tourné par David Miller qui a fait quelques effets intéressants sur les yeux de Robert Taylor ou a bien mis en valeur les extérieurs tournés à Monument Valley. Miller avait tourné avant ce film beaucoup de court-métrages. C'est donc son premier long métrage. C'est aussi le premier western de Robert Taylor. Alors bien sûr, ce que l'on peut reprocher au film c'est qu'on sent bien qu'il a manqué sa cible et n'est pas le super Western que le studio voulait produire. Je pense que cela vient du personnage féminin Mary Howard qui ne sait ce qu'elle fait et a finalement un rôle peu important. Enfin Brian Donlevy est un peu en contre emploi dans un rôle de père la morale qui ne lui va pas très bien. Lui qui a tellement habitué, le spectateur à des rôles de méchants.

Ceci étant dit ce film a de nombreuses qualités. Ainsi on a finalement la description de pourquoi Billy est devenu hors la loi. Donc il est expliqué que la mère de Billy a été assassinée et que le meurtrier a été relaché et donc que depuis il a pris l'habitude de se faire justice lui même sans faire grand cas de la vie des autres. Finalement on nous explique que le mal engendre le mal.



Il y a également un autre thème qui y met en avant, ce sont les hommes d'affaires véreux qui derrière l'apparence de l'honnêteté, cachent de bien sombres trafics bien pire que la violence introvertie prête à exploser du hors la loi. Ainsi finalement on finit par prendre fait et cause pour l'anti-héros qui veut se faire justice dans un pays abandonné par la civilisation. Et puis c'est vrai que Robert Taylor en blouson noir en 1941, on se dit qu'il y a quelques choses de nouveau pour l'époque. 12 ans avant "l'équipée Sauvage".On pourrait aussi rapprocher ce film du "Brigand bien aimé" avec Tyrone Power de 1939, mais je pense que ce serait une erreur. En effet dans Billy The Kid, on essaye pas de justifier l'attitude mais seulement de l'expliquer.
A ce titre ce Western est profondément novateur. Il met en avant un vrai hors la loi, un vrai anti-héros. Et pire que ça il explique son parcours et sa rédemption. C'est assez rare pour 1941 pour être souligné. Il y a également quelque chose de magnifique au niveau du dialogue. C'est le lien entre 2 phrases prononcées, l'une au début et l'autre à la fin du métrage. En effet, The Kid dit : "la main droite je la garde pour les amis". Sans vouloir tout expliquer du scénario le lien est fait avec cette phrase à la fin du film, ce qui donne bien entendu une assez forte impression finale.