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dimanche 15 décembre 2013

Quasimodo

La Guerre de Cent Ans ayant pris fin, la France connaît enfin la paix. Mais alors que les gitans continuent à être chassés de partout, Esmeralda, une danseuse bohémienne d’une rare beauté, réussit à s’introduire dans Paris avec pour but de défendre son peuple auprès du roi Louis XI, souverain plus ouvert que ses prédécesseurs. Elle devient l’objet de nombreuses convoitises, celle de Frollo, l’intransigeant conseiller du roi, de Phoebus, un soldat gouailleur, mais aussi du bossu Quasimodo, le sonneur de cloches de Notre-Dame tombé amoureux d’elle depuis le jour où elle le prit en pitié alors, qu’attaché au pilori, il était devenu la risée du peuple. Une fois délivré, il va se faire le protecteur d’Esmeralda alors qu’elle est accusée de meurtre. Résumé rapide pour se remettre en tête les principales ramifications d’une histoire que tout le monde connaît plus ou moins.
Quasimodo est la première adaptation parlante du roman de Victor Hugo avant celle de Jean Delannoy en 1956 dans laquelle on trouvait le bossu de Notre-Dame interprété par Anthony Quinn tandis qu’Esmeralda avait les traits de Gina Lollobrigida. C’est aussi l’un des plus gros budgets de la firme RKO (deux millions de dollars), l’autre production de prestige de cette année 1939 qui se verra éclipsée par le succès sans précédant du Autant en Emporte le Vent de Victor Fleming. Auparavant, William Dieterle s’était fait une réputation à la Warner et reste aujourd’hui surtout connu pour ses "biopics" non dénués de qualités quoique assez impersonnels, ceux consacrés à Zola, Pasteur ou Juarez.


                           
           
On pourrait d’ailleurs dire la même chose de ce Quasimodo, jamais ennuyeux, plastiquement superbe mais souvent figé, manquant cruellement de tempérament et d’une mise en scène plus inspirée. Dieterle, trop préoccupé par l’esthétique de ses films, oubliera souvent de donner plus de chair et d’âme à ses personnages, d’apporter plus de souffle et de passion à ses scénarios par l’art de la réalisation, ce qui se traduira par une certaine froideur et l’impossibilité pour le spectateur de s’attacher plus avant à ses œuvres ; même Le Portrait de Jennie, qui avait tout pour être un chef-d’œuvre de la trempe de L’Aventure de Mme Muir (Ghost of Mrs Muir), peinera à décoller. Ceci dit, aucun de ces films ne mérite l’opprobre et tous se laissent regarder avec plaisir, Quasimodo faisant même partie du haut du panier.


                                           



Le Paris moyenâgeux, son atmosphère, l’étroitesse de ses ruelles, le grouillement de ses foules, l’exubérance et l’effervescence de ses fêtes populaires barbares, etc., tout ceci est admirablement bien reconstituée grâce à une figuration impressionnante, une superbe direction artistique de Van Nest Polglase et de magnifiques costumes de Walter Plunkett. Le film possède également un fort impact visuel véhiculé par le stupéfiant maquillage d’un Charles Laughton méconnaissable (trois heures de travail quotidien sur l’acteur), le montage virtuose de Robert Wise (la séquence de la fête des fous) et par l’admirable travail de Joseph H. August sur la photographie, limite expressionniste, jouant beaucoup sur des clairs-obscurs oppressants. Sinon, même s’il veut embrasser trop de thèmes à la fois en ne faisant que les survoler, le film demeure un beau plaidoyer en faveur de la tolérance, la liberté de pensée et la croyance en la nécessité d’aller de l’avant pour un avenir meilleur.


                       


Messages humanistes et modernistes qui perdent cependant un peu de leur force puisque leur porte-parole est avant tout le personnage de Gringoire malheureusement interprété par un Edmond O’Brien relativement fadasse. Le Phoebus d’Alan Marshal n’est guère plus inoubliable et Maureen O’Hara, bien que possédant déjà une exceptionnelle présence et un visage magnifié par la photographie, n’est pas encore en pleine possession de ses talents d’actrice. En revanche, Charles Laughton est aussi mémorable qu’on s’y attendait mais est aussi admirablement secondé par Thomas Mitchell (Clopin) Harry Davenport (le Roi Louis XI) et surtout par Cedric Hardwicke, superbe Frollo ; grâce à la composition de l’acteur, il s’agit certainement du personnage le plus riche du film et partant de là, paradoxalement (puisqu’il s’agit du "Bad Guy") le plus attachant. Au final, un film inégal mais loin d’être raté au vu du puissant roman auquel il a dû se frotter.
Version 1956 : http://vk.com/video?len=2&q=notre%20dame%20de%20paris&section=search&z=video176751403_164229785

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