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mercredi 18 décembre 2013

Michel Piccoli

Après des débuts au théâtre, on le remarque dans les années 1950 chez Renoir (French Cancan), Pierre Chenal (La Bête à l'affut, Rafles sur la ville) avant qu'il ne s'impose définitivement la décennie suivante. Bunuel lui restera fidèle avec Le Journal d'une femme de chambre, Belle de jour, Le Charme discret de la bourgeoisie. Godard lui confie un des rôles principaux du Mépris, avec Brigitte Bardot. Il devient le modèle de l'homme mûr chez Marco Ferreri (Dillinger est mort, La Grande Bouffe), Claude Sautet (Les Choses de la vie, Max et les Ferrailleurs). Il y invente des personnages où, derrière une apparente quiétude, se cache le vertige de la folie. Il compose par ailleurs, chez les grands poètes du cinéma contemporain (Manoel de Oliveira, Leos Carax), des figures inoubliables et incroyablement diverses.



                                          

Le 17 mai 1973, La Grande bouffe de Marco Ferreri est présenté en projection officielle au Festival de Cannes où il y est reçu en grandes pompes, toute l’équipe en smoking montant les marches sur lesquelles un tapis rouge flamboyant a été dressé. Le réalisateur, trublion dans l’âme, se sent flatté d’être reçu de la sorte tout en sachant très bien, il ne faut pas être naïf, quelle bombe il est prêt à lâcher ce fameux soir de printemps, et par quelle porte il va entrer de façon définitive, à la fois dans l’histoire du Festival, mais aussi dans celle du cinéma.
Deux heures plus tard, ce n’est pas un tonnerre d’applaudissements ou d’adoubements auxquel il aura droit, mais à une avalanche de critiques, sifflets et autres insultes qui viendront ponctuer une projection bien animée. A l’entrée de la salle les choses prennent de l’ampleur, la foule amassée venant invectiver directement le cinéaste. Qu’il le veuille ou non - mais on doute que ce ne soit pas le cas, la provocation est une dynamique chez Ferreri - son film s’inscrit dès lors instantanément dans une longue lignée de films polémiques, qui créèrent la stupéfaction puis le débat, parfois les deux simultanément, mais qui ne laissèrent jamais indifférents. Alors, La Grande bouffe simple provocation ? Fait d’arme d’un caricaturiste ? Attentat intellectuel d’un Marco Ferreri tout désigné assassin de la langue française, de sa tradition littéraire et cinématographique comme l‘ont désigné ses plus farouches détracteurs ? Car, selon eux, comment un cinéaste transalpin, s’exprimant dans la langue de Dante mais ici, blasphème, en français, ose-t-il en ces années post Pompidou et pré Giscardienne, autant dire entre deux mous politiques, attaquer ainsi la pensée de Voltaire ?

Bonus : http://www.francemusique.fr/player/resource/6071-10795



   

Ce chef d'oeuvre absolu de Luis Bunuel jouit de sa qualité artistique indémodable, de son propos psychologique intemporel, et bien évidemment, de son actrice, éternelle. Si Demy l'a révélée, c'est Bunûel qui la sacrera à l'autel des mythes du septième art, avec ce film. Deneuve est Belle de Jour. De là, naîtra son aura internationale, mais aussi son amitié avec celui qui dessina les costumes, Yves Saint-Laurent. Le film a beau vieillir, son esthétisme ne prend aucune ride.
Bunuel fouille l'inconscient et le transcrit dans la réalité, illustre les fantasmes de la Belle, et raconte ceux des messieurs. Son héroïne est à la fois maître de son destin, et maîtresse soumise aux vices des autres. Il n'ya rien de manicchéen, car il ne fait que démontrer l'inexplicabilité de la sexualité. Avec un sens subtil du bon goût, le cinéaste espagnol parvient à nous exhiber des perversions qu'il ne juge jamais, mais qui accentuent le surréalisme du film.


                                               

Dans cette histoire où la bourgeoise frigide s'amourache d'un métier de bordel et d'un ganster à la petite semaine, rien ne se superpose ou se suit, tout se confond. Comme un songe torturé où le sexe se mêle à l'illusion, où la réalité se transfigure dans une double vie, où chaque miroir renvoie l'image du voyeurisme et de l'exhibitionnisme, où le personnage principal reflète l'anti-thèse de ce que défendait à l'époque De Beauvoir, mais l'exacte théorie de ce que vivait la compagne de Sartre.

                                          



                                


Vincent, François, Paul... et les autres est un film franco-italien réalisé par Claude Sautet, sorti en 1974.
Partie de foot dans un jardin hivernal. D'éclats de rire en bousculades, les joueurs du dimanche délaissent pour quelques heures le cours de leurs existences quinquagénaires. Vincent, petit patron cardiaque, François, médecin trompé par sa femme, Jean, boxeur occasionnel, partagent cette parenthèse hebdomadaire et fraternelle chez Paul, romancier en panne d'inspiration...
Au gré des rediffusions, leur gaieté ou leurs fêlures ont fini par se glisser dans nos souvenirs intimes. Plus qu'une galerie de portraits, Claude Sautet compose une polyphonie complexe, mélancolique et cordiale, un formidable document sociologique sur la classe moyenne des années 70. Le film ­observe les premiers remous de la crise, économique, morale et affective. Sautet enferme d'abord ses personnages à l'abri d'une maison de campagne, cocon illusoire où l'on peut nier le temps et ses blessures. Et puis, ­dehors, les héros tristes et vivants de cette chronique douce-amère retrouvent leur âge mûr, celui des bilans et des usures, le coeur qui lâche, l'amour qui se ­fissure...
Le cinéaste scrute ces vies abîmées avec un respect ­lucide. Il détaille les rides et les douleurs, mais laisse à ces hommes du quotidien le choix de mentir, de jouer une pudique comédie, entrecoupée d'intenses moments de vérité.



           

Dillinger est mort (titre original : Dillinger è morto) est un film italien réalisé par Marco Ferreri en 1970.
Plus il avançait dans sa filmographie et plus Ferreri se laissait aller à un pessimisme noir masqué derrière une bouffonnerie qui lui sera souvent reprochée par la suite. Rien de ce qui définit l'homme en société ne trouvait grâce aux yeux du réalisateur et surtout pas l'asservissement à la société de consommation que Ferreri avait vu naître au cours d'un XXème siècle qui aura profondément modifié les rapports de l'homme avec son environnement. Le génie créatif de l'homme ayant bien du mal à cohabiter avec ses instincts primitifs le conduit dans une impasse. Les thèses évoquées par Herbert Marcuse dans « L’homme unidimensionnel » paru en 1964 aux Etats-Unis ont certainement donné un substrat philosophique aux penchants nihilistes de Ferreri au même moment où l’Amérique et l’Europe étaient secouées par des révolutions étudiantes. « Dillinger est mort » s’inscrit indéniablement dans cette mouvance. Avant que l’ingénieur Glauco rentre chez lui après sa journée de travail dans une entreprise qui fabrique des masques à gaz, Ferreri nous a présenté un homme visiblement absorbé par ses pensées et comme absent aux autres. La nuit d’insomnie qu’il va ensuite passer succédant certainement à beaucoup d’autres, où il va mettre la main (par hasard ?) sur une arme enveloppée dans un journal relatant la mort en 1934 du gangster John Dillinger va déclencher dans son âme profonde un largage brutale des amarres. Ferreri très habilement et aussi diaboliquement, mélange les diverses occupations que Glauco entame pour tenter de s’occuper l’esprit (cuisine, télévision, lutinage de la femme de ménage, délires gestuels devant des films de vacances) avec le nettoyage et le remontage minutieux de l’arme qu’il destine au meurtre de sa jeune et jolie femme dépressive (Anita Pallenberg) qui dort à l’étage. Glauco est interprété par un Michel Piccoli magistral, seul capable d'occuper l'écran de cette manière, alternant avec la plus grande agilité les gestes banals du quotidien et les saillies drolatiquement inquiétantes de son personnage.


         

Le huis clos étouffant voulu par Ferreri permet au spectateur de ressentir presque charnellement le malaise qui sourd derrière les apparentes facéties d'un Glauco qui seul dans cette nuit interminable, pris de régression infantile n'arrive pas à fixer très longtemps son attention l'esprit sans doute déjà taraudé par une envie irrépressible d'en finir avec celle qui dort au dessus de lui. La musique de Teo Usuelli mariant tous les genres contribue magistralement à l'envoûtement qui nous saisit face à la performance d’un Piccoli dont on peut penser tel Jean Narboni des Cahiers du Cinéma que Ferreri, grand admirateur de Godard, l'a choisi pour prolonger le destin de son personnage du "Mépris" privé de Brigitte Bardot ici symbolisée par une Anita Pallenberg dormante. Ce voyage au bout de la nuit est bien sûr sans retour et Glauco, soudain libéré de ses chaînes, pourra, vêtu d'un pagne et paré de dorures antiques s'embarquer comme cuistot sur un trois mâts voguant vers Tahiti, vu ici comme un retour au temps où les océans étaient synonymes d'eldorado à conquérir. Après Godard, Ferreri invoque dans cette scène finale "Tabou" (1931) le dernier film du grand Murnau. Source : http://www.allocine.fr/film/fichefilm-3005/critiques/spectateurs/star-5/



                               


Le Sucre est un film français réalisé par Jacques Rouffio, sorti en 1978, adaptation du livre éponyme de Georges Conchon
Revoir " Le sucre" aujourd'hui, plus de trente ans après sa sortie en salles a une saveur particulière. La crise de 2008 et la dérive boursière mise à jour depuis lors, confèrent au film une portée prémonitoire qu'il n'avait pas à l'époque quand le boursicotage comme on l'appelait alors ne concernait qu'une petite minorité d'initiés. Ce qui frappe en 2011 c'est le côté didactique du film qui sous une charge féroce parvient à instruire le spectateur des dangers qu'il court à ce jeu enivrant. Si plus de monde avait regardé « Le sucre », on aurait eu sans doute moins de petits épargnants spoliés suite au nombreux krachs qui se sont succédés depuis quinze ans. Tout est porté à l’excès par Ruffio et Conchon pour tout à la fois choquer et amuser. Le pari est largement réussi grâce à une direction d’acteurs hors pair qui lâche Carmet, Depardieu , Piccoli, Pieplu et Hanin comme cinq purs sangs dans une prairie où ils peuvent s’ébattre sans entrave aucune. Il serait au passage injuste et machiste d'oublier l'inénarrable Marthe Villalonga, impayable de rouerie dans le rôle de l'épouse du volubile et gesticulant Karbaoui. Les dialogues truculents au possible décuplent la force du pamphlet. Rarement le plaisir des acteurs à jouer aura été si évident. A tel point que l’on a envie de les rejoindre pour partager un instant de ce bonheur. Ces personnages hauts en couleur ont disparu de notre société et la mort de Georges Frèche en 2010 a sans doute été celle du dernier de ces grands fauves. C’est vrai qu’à côté des Grézillo , d’Homecourt ou Karbaoui, nos Fillon , Copé ou Goshn d’aujourd’hui paraissent minuscules, insipides machines à débiter des platitudes à longueur de plateaux télé. Mais il restera aussi du « Sucre » la rencontre de deux personnages que tout oppose et qui vont évoluer au contact l’un de l’autre. 



                    
La rencontre est si évidente sur l’écran qu’elle se prolongera hors plateaux, les deux bougres restant unis jusqu’à la disparition du plus ancien. Adrien Courtois le petit fonctionnaire des impôts à la retraite chargé de faire fructifier l’héritage de sa jeune épouse rencontrée fortuitement est au départ un personnage plutôt désagréable, engoncé dans ses certitudes et paraissant prendre plaisir à combattre ses complexes en faisant souffrir les contribuables dont ils épluchent avec zèle les feuilles d’impôts. C’est cette suffisance aussitôt détectée par d’Homecourt, « dressé pour ,comme il le dit lui-même qui précipitera son plongeon la tête la première dans l’arnaque du sucre alors que Rouffio en boursouflant à l'extrême le trait nous fait renifler à plein nez la surpercherie . Mais face à la flagornerie et à la cupidité peu d'hommes résistent longtemps. 



                                

La ballade au bord du gouffre va humaniser le petit homme qui va s'encanailler à la fréquentation du vicomte d'Homecourt de la Vibraye (tout est dit dans le patronyme !). L'opposition de style fait souvent le sel des meilleures comédies, ici elle fait merveille. Du grand art . "Sugar all over the world !!" comme le dit Grezillo tel un Nosferatu trônant sur sa montagne de betteraves. 
De prime abord, le néophyte trouvera cette commédie bien banale ! Pourtant, s'il se documente un peu, et s'il réfléchit, il trouvera dans ce film la recette de l'enrichissement. Suffirait il donc de regarder un film pour comprendre comment gagner (beaucoup) d'argent ? Et bien, je vous l'affirme sans l'ombre d'un doute. Comment agissent les initiés ? Comment se comportent les pigeons, toujours manipulés par les initiés ? Avez vous remarqué que les pigeons sont toujours invités à acheter sur la base de "conseils" judicieux toujours gratuits ? Avez vous remarqué que les initiés, le plus souvent, vendent après avoir distillé des "conseils" gratuits à grande échelle ? Toutes les réponses à ces questions en or massif sont dans ce film. Et si, malgré ce film, vous persistez à endosser les habits de la veuve de Carpentras, alors, vous n'avez rien compris. Repassez le jusqu'à ce que le déclic se produise... Le connaisseur des marchés, lui, se régalera de bout en bout. Et, comme, en plus, c'est admirablement interprété, il en fera assurément un de ses films cultes. Source : http://www.allocine.fr/film/fichefilm-30418/critiques/spectateurs/star-4/

2 commentaires:

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