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lundi 23 décembre 2013

L’invasion des profanateurs

L’histoire narrée dans Invasion of the Body Snatchers est issue d’une nouvelle publiée dans le magazine de science fiction Collier’s. Walter Wanger la découvre, en achète les droits pour en faire un film et en parle à Donald Siegel qui a déjà réalisé pour lui Riot in Cell Block II. Le projet passionne les deux hommes qui proposent à Daniel Wainwaring d’adapter la nouvelle pour l’écran. Quelques semaines plus tard, la première ébauche du scénario est entre les mains du studio Allied Artist qui lui alloue un budget de 380 000 dollars et quatre semaines de tournage. Dans ces conditions particulièrement restrictives, Don Siegel fait preuve d’une maîtrise de la mise en scène qui servira de tremplin à sa carrière et nous livre un des films de science fiction les plus terrifiants de l’histoire du cinéma. Si l’on compare le budget de cette production aux deux millions de dollars de Planète interdite ou aux 995 000 dollars du Jour où la terre s’arrêta, le projet mis en œuvre par Wanger paraît bien ridicule. Mais Siegel est inspiré par cette histoire d’invasion "alien" et il va réussir à installer une ambiance de paranoïa dans les salles obscures, le succès commercial sera au rendez-vous.
Sa mise en scène démarre calmement (plans larges, mouvements lents), il crée ainsi un climat tranquille dans la petite ville de Santa Mira. Les habitants sont des personnages comme le public en croise chaque jour et auxquels il peut facilement s’identifier. Mais au fil des évènements, il devient évident que la paranoïa détectée par le docteur Miles chez certains de ses patients repose sur des faits réels. Puis les spectateurs doivent faire face à une évidence horrible : les extra-terrestres sont à leurs porte. Pour exprimer cette sensation d’urgence née du récit, Siegel utilise des focales plus courtes et accélère son montage. La scène où le docteur Miles fuit avec sa compagne en est un parfait exemple : les deux protagonistes se cachent sous le plancher et paniquent à l’idée que les « aliens » au corps humain les découvrent. Pour traduire cette sensation, il colle sa caméra sur les deux visages figés par la peur, le public a alors l’impression d’être caché avec eux. Grâce à la multiplication et l’accélération de ces effets, la tension ne cesse d’aller crescendo jusqu’à cette scène mythique où Kevin McCarthy essaie de se faire entendre au milieu d’une autoroute. Désespéré, il fini par se tourner vers le public, et lui crie "You’re the next"; un sentiment d’effroi et de panique envahit alors les salles de cinéma !


           

Comme Siegel l’avouera plus tard, on peut regretter que le film ne se termine pas sur ce plan. Le studio Allied Artist dans un contexte de guerre froide ne pouvait accepter ce récit sans faire intervenir la CIA pour régler l’affaire et offrir un happy end. Le récit est donc plombé par un prologue et un épilogue que Siegel ne souhaitait pas. Cependant il est facile de faire abstraction de ces deux scènes inutiles pour apprécier pleinement ce chef d’œuvre de science fiction.Lorsque le film sort sur les écrans en 1956, Hollywood vit une période de censure liée à la lutte contre le communisme. Ce contexte donna naissance à des interprétations farfelues de l’invasion extra-terrestre de Siegel. Certains y ont vu une métaphore sur la menace soviétique, mais quand on analyse la biographie du scénariste (Daniel Wainwaring), cette théorie est ridiculisée : en 1950 il écrit The Lawless que réalise Losey, ce travail lui value beaucoup d’ennuis avec la commission McCarthy et une réputation d’homme de gauche.


                  




On ne peut donc pas imaginer que cet homme vit en Body Snatcher une parabole sur l’invasion communiste ! Invasion of the Body Snatchers peut être apprécié comme une allégorie de la société américaine, mais c’est celle qu’en fera Don Siegel dans son autobiographie qui paraît la plus juste. Le réalisateur y voit une métaphore sur l’absence d’humanité et de passion d’une certaine population. A sa façon, il rejoint les premiers écrits beatnik en dénonçant une uniformisation de la société américaine.Vingt deux ans après la sortie du film aux USA, Philip Kaufman réalise un premier remake dans lequel apparaissent Siegel et MacCarthy. En 1993 Abel Ferrara, à la recherche d’un financement pour ses projets personnels, accepte à son tour de réaliser une version du récit. Malgré des qualités indéniables ces deux films n’atteindront jamais l’intensité du film de Siegel qui lançait alors sa jeune carrière. Quelques années après, il réalise deux nouveaux chef d’œuvres avec Clint Eastwood comme interprète (The Beguiled et Dirty Harry), et confirme son immense talent de cinéaste …(http://www.dvdclassik.com/critique/l-invasion-des-profanateurs-de-sepulture-siegel).




1978 : Premier et meilleur des remakes de l'intouchable film de Don Siegel même si on en approche très fort qualitativement. Kaufman fait tout les bons choix et réussi à assurer la continuité avec l'original tout en y apposant sa propre patte. Conscient que le thème est désormais bien connu, le film abandonne toute l'aura de mystère qui entourait les premiers instants du film de Siegel avec présentation dès l'ouverture du long voyage stellaire des cellules extraterrestres vers la terre et leurs mutations au sein de la faune et flore humaine. Le ton de thriller paranoïaque typique des 70's adopté se marie à merveille au sujet lorsque la menace s'insinue lentement au début à l'insu de tous et l'ambiance devient carrément irrespirable dans la deuxième partie avec un ton particulièrement noir et desespéré, c'est d'ailleurs le seul remake à oser une conclusion totalement pessimiste (même le Siegel entretenait un maigre lueur d'espoir). Déplacer l'histoire dans une grande ville va également dans ce sens avec un sentiment de folie urbaine insidieuse où l'uniformité glaciale des étrangers gagne peu à peu toute la population pour aboutir à la stressante traque finale. Kaufman use des acquis du film de Siegel en jouant sur le côté monolithique des doubles, créant le doute à travers leurs échanges de regards entendus mais crée aussi de terrifiantes séquences de son cru comme ce moment où en filmant simplement les pas saccadés du couple de héros mêlés à ceux robotique des extraterrestre (et appuyant sur leurs télépathie surnaturelle évoquant des insectes tout comme le cri autre ajout du remake) amenant une course poursuite surprenante. 


   
           

Les effets gores bien sentis suscitent de beaux moment de terreur aussi comme cette fameuse scène où Sutherland cédant au sommeille manque de peu d'être dupliqué ou Elizabeth qui fond littéralement dans les bras de Matthew, sans parler de pures images de cauchemar comme une fusion homme chien suite à une duplication manquée. Tout comme dans les remake qui suivront, l'invasion s'amorce au niveau mondial (dont une ipressionnante scène de culture de cosse à grande échelle) et sans la toile de fond anticommuniste du Siegel, la menace s'avère d'autant plus inconnue et effrayante. Hormis un Leonard Nimoy qui semble bien trop louche dès sa première apparition, un cast assez parfait dominé par l'excellent Donald Sutherland et où on trouve le tout jeune Jeff Goldblum dans un de se premiers rôles marquant.


                
                                          

Un peu partagé quant à cet énième variation du roman de Jack Finney. Le générique d’ouverture pose assez bien mon désarroi. Malgré des effets spéciaux honorables, j’ai du mal à accrocher à cette dérive spatiale fort vieillote esthétiquement. Mon enthousiasme ne s’enclenche que lors de sa deuxième partie marquant le début de l’invasion. Exit la musique qui ne sait pas sur quel pied dansé (les thème se succèdent sans cohésion si ce n’est de marteller mon pauvre crâne) et les gros effets spéciaux pas forcément du meilleur du meilleur gout, ces dernières images usent de pas grand chose pour un résultat impeccable et terriblement effrayant. Le film ne cesse alors de faire des va et vient, accroissant mon intérêt lorsqu’il adopte un style documentaire au sein d’un environnement urbain poisseux et le faisant redescendre lorsqu’il déballe une grosse artillerie qui a mal supporté les années (la scène où les foetus sortent des cocon perd énormément de son effroi à cause des effets). Une impression très variable à l’image des clones dont le caractère déshumanisé est relatif d’une scène à l’autre. L’ambiance paranoïaque et désespérée est toutefois assez aboutit pour motiver mon visionnage.




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Dans le film de Siegel, tout le monde vous observe, c'était ce qui faisait l'élément inquiétant du film. Chez Kaufman, cette méthode est renversée. Ce qui est inquiétant ici, c'est que personne ne regarde, ce qui fait qu'on voit absolument rien venir. Dès le tout début, après la maîtresse qui se retourne avec un regard insistant, la caméra resserre sur un personnage de curé en soutane -Robert Duvall en caméo- qu'on voit jouer à la balançoire, et personne ne remarque son étrange comportement. Plus tard, un vieil homme à barbe blanche court à perdre haleine dans une rue bondée (évidemment poursuivi par les Body Snatchers) et ici aussi, personne n'y fait attention. Parmi les autres caméos du film, notons Don Siegel en chauffeur de taxi, et, pour le clin d'œil humoristique, c'est Kevin McCarthy, l'acteur du premier film, qui se jette sur le pare-brise de Sutherland comme il le faisait sur l'autoroute du film de Siegel...(http://www.dvdclassik.com/forum/viewtopic.php?t=30712)

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