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mardi 24 décembre 2013

Lizabeth Scott


Avec la Seconde Guerre mondiale, beaucoup d’Américains découvrent à quel point le mal peut s’infiltrer partout. Hollywood multiplie, à travers le film noir, les personnages au destin désespérant, animés par les plus bas instincts. Tantôt détective, tantôt assassin, Humphrey Bogart reste l’un des grands symboles de cette époque. Mais le vrai moteur du film noir, c’est la femme: épouse criminelle, noctambule fatale, psychopathe vénéneuse ou au contraire victime innocente des pires bassesses... 
Ce genre cinématographique fera le bonheur de stars déclinantes comme Barbara Stanwyck ou Joan Crawford. Les jeunes vedettes sur lesquelles les grands studios fondent leurs espoirs –Lauren Bacall, Gene Tierney, Lana Turner, Veronica Lake– en font également leur genre de prédilection. Mais le film noir est aussi un genre fauché et expérimental qui crée ses propres stars, moins bien payées, moins exigeantes sur la gestion de leur image. Lizabeth Scott est de celles-ci.
Après une longue période d’oubli, elle est aujourd’hui redécouverte comme une des actrices les plus marquantes de l’âge d’or du film noir. Née en 1922, fille de parents slovaques, elle a été la doublure au théâtre de Tallulah Bankhead, l’une des reines de Broadway. Dans sa jeunesse, elle participe à des tournées théâtrales dans 63 villes américaines. Sa longue silhouette et son visage anguleux la font ressembler à Lauren Bacall. Comme cette dernière, elle se signale à l’attention du monde du cinéma par un reportage photos dans Harper’s Bazaar. 


                               

Mais la force de Lizabeth Scott réside aussi dans sa voix éraillée, presque rauque, qui n’appartient qu’à elle. Comme le dit Eddie Muller dans son ouvrage Dark City, the lost world of film noir, cette voix semblait «trempée dans le gin et brunie sans répit par les cigarettes, héritée de longues nuits passées à rire ou à pleurer trop fort».Le nom de Lizabeth Scott, décédée le 31 janvier dernier à l'âge de 92 ans, ne vous dit rien? Il fut pourtant placé très haut sur les affiches des «films noirs» à la fin des années 1940, à égalité avec celui de légendes comme Humphrey Bogart ou Burt Lancaster.

À la Paramount, Hal Wallis, ancien de la Warner (le studio qui a lancé Bacall) et producteur de Casablanca voit en elle une future star. Elle se distingue en 1945 dans L’emprise du crime, de Lewis Milestone, où elle forme avec Van Heflin le couple de «gentils» dont la réunion permet d’apporter une touche d’optimisme à la fin du film, après que les grands malades incarnés par Barbara Stanwyck et Kirk Douglas se soient autodétruits. Malgré la présence de tels acteurs au générique, ni le long visage de Lizabeth Scott lorsqu’elle se penche à sa fenêtre, ni sa voix si caractéristique qui prononce les derniers mots du film ne passent inaperçus.


                               


Enfant, Martha (Barbara Stanwick) tue accidentellement sa tante, un maquillage du crime par son propre éducateur lui permettant de passer entre les mailles du filet. Le fils de l’éducateur, Walter (Kirk Douglas), amoureux de Martha, l’épousera alors que l’on retrouve les personnages à l’âge adulte. Des souvenirs tenaces empoisonnent la vie de Walter : le petit ami de Martha, enfui cette nuit fatidique ; la culpabilité du meurtre, par procuration, qui transforme Walter en alcoolique. Le savoir implacable que celle qu’il aime n’éprouve pas les mêmes sentiments. Alors que Sam (Van Heflin), l’ami de Martha, ressurgit du passé, c’est le chaos dans lequel ils vivaient déjà qui va être chamboulé.
C’est ce malaise existentiel flagrant, qui donne une tonalité désespérée au récit, accentuée par un traitement rude qui ne laisse aucune chance aux protagonistes. A partir de cette situation et de quelques personnages, le scénario est ainsi tendu, plus complexe qu’il n’y paraît.
Les relations entre les personnages, notamment, s’entremêlent pour créer une sorte de puzzle amoureux : Walter aime Martha, qui aime Sam, et réciproquement, à moins qu’il ne soit plus attiré par une voleuse, Toni Maracheck, une fille qui lui ressemble. Walter et Toni sont donc aux deux extrémités du couple sulfureux, ils remplissent temporairement les trous émotionnels de Sam et de Martha.


                 


On remarque que la situation de crise arrive très vite, renforcée encore par l’ellipse qui fait passer les personnages d’enfants à adultes ; si vite que finalement, chacun appartient toujours au monde de l’enfance, et spécialement Walter. Le couple reconstitué par Martha / Sam jouant le rôle de parents, et dessinant cette famille dégénérée. Martha régente effectivement sa vie et ses désirs telle une vieille marâtre : voir comme elle lui donne des ordres qu’ils accepte dans la soumission et la résignation la plus totale. Le seul rapport qu’ils entretiennent n’est ainsi pas amoureux, mais hiérarchique : un rapport de force, constamment gagné par Martha, elle qui rêve qu’un bad boy comme Sam lui mène la vie dure, vienne bousculer ces certitudes et sa monotonie.


 Amant ou fils, il ne peut y avoir de double casquette : peut-être Walter n’en a-t-il aucune, lui qui semble manquer de toute conviction et ambition, un comble pour un politique !
L’emprise du crime (The Strange Love of Martha Ivers, beau titre original du film) constitue un conte cruel et désenchanté, un film noir gravitant autour de cette femme fatale qu’est Barbara Stanwick. Elle illuminera l’écran quelques années plus tard dans Assurance sur la mort (Billy Wilder, 1950), mètre-étalon du genre et véritable diamant brut. Premier film du Kirk Douglas acteur, il s’u révèle d’une belle gravité, même si le rôle ne lui correspond pas trop ; on sent qu’il déborde derrière ses lunettes rondes de bon élève... Sa stature sera reconnue et utilisée plus tard, mais cette première pierre à une carrière cinématographique réussie est particulière : pessimiste (on comprend l’intérêt que devait porter Robert Aldrich, réalisateur de seconde équipe sur le film, à ce projet), cynique et sombre, un vrai drame au cœur noir.


                                  


C'est un grand film noir où Barbara Stanwyck incarne déjà les mantes religieuses. Blonde lascive chez Billy Wilder, elle est, ici, brune et dominatrice, et fera tout pour garder un pouvoir acquis dans le sang d'un crime de jeunesse. Devenue grand manitou d'Iverstown, Martha Ivers soutient son mari, promis à une belle carrière politique. Alcoolique, rongé de culpabilité, il ne supporte plus d'avoir été le témoin muet du meurtre perpétré par son épouse, une nuit d'orage. Quand Sam, leur ami d'enfance, débarque dix-sept ans après « cette nuit-là », le couple diabo­lique refuse de n'y voir que le fruit du hasard...


Milestone construit un récit complexe, où chacun se débat dans le piège de sa conscience, de sa mémoire. On ne s'étonne pas de la richesse dramatique du scénario, puisqu'il est l'oeuvre de Robert Rossen, futur réalisateur de L'Arnaqueur, ni de la tension de la mise en scène, car l'assistant de Milestone n'était autre qu'un débutant nommé Robert Aldrich ! Kirk Douglas jouait ici son premier rôle, aux antipodes de ses futures prestations : il est remarquable en pauvre bougre incapable de porter le poids du souvenir. A noter, la présence de Lizabeth Scott, véritable clone de Lauren Bacall.
Guillemette Odicino


                 


L'Homme aux abois (I Walk Alone) est un film américain réalisé par Byron Haskin, sorti en 1948.
Burt Lancaster est au début de sa carrière, Kirk Douglas aussi d’ailleurs, mais ce dernier ne tient qu’un second rôle. Burt Lancaster est sorti de l’anonymat avec trois films noirs, Les tueurs de Siodmak, Brute Force de Dassin et Desert Fury de Allen. Son physique est à ce moment-là son principal atout, il est le personnage principal celui qui porte le film sur ses larges épaules. Mais il faut bien le souligner, son jeu n’est pas encore très étoffé. Il joue l’homme en colère sans trop de nuance, avec une raideur qu’il perdra par la suite. Ce n’est donc pas un très bon film. Le scénario est aussi bien trop convenu, et surtout le film hésitant en permanence entre le film noir et le polar où le héros positif s’amende de son sulfureux passé pour accéder à un happy end, avec à la clé un mariage.Il y a pourtant quelques tentatives pour faire dérailler une histoire de rédemption bien trop conventionnelle. D’abord l’ambiguïté de Frankie. En effet, on ne sait pas trop ce qu’il revendique, la loyauté de son ami, une part sur les bénéfices d’un argent bien mal acquis, ou au contraire est-il jaloux de sa réussite et de sa maîtresse ? 


         

Cette dernière est tout autant compliquée puisqu’on ne sait pas si elle s’allie à Frank par dépit amoureux, Noll lui préfère une autre femme pour épouse, ou si au contraire elle est sur la voie de retrouver le chemin de la morale. Sous ce double éclairage, Noll n’apparait plus comme complètement mauvais, et du reste, Frankie ne fait aucun effort pour arriver à un accord à l’amiable avec lui. Mais c’est finalement bien peu de chose dans une histoire qui s’enlise dans le simple fait divers.
Du point de vue de la réalisation, c’est assez plat. Adapté d’une pièce de théâtre, les scènes d’extérieur font trop studio. Quelques scènes sont tout de même réussies, celle où Frankie se remémore sa folle équipée avec Noll pour passer de la gnole en contrebande, ou encore le meurtre de Dave par le sbire de Noll. C’est bien éclairé, les contrastes du noir et blanc sont excellents. 


                             


Mais les colères de Frankie sont un peu trop répétitives et ne font guère avancer l’histoire. Il est vrai que Byron Haskin n’a jamais été un grand directeur, vieux routier du cinéma muet, il était avant tout un excellent photographe. Ici les acteurs semblent un peu livrés à eux-mêmes. Si Kirk Douglas est déjà impeccable dans un rôle qui ressemble assez à celui qu’il avait tenu dans Out of the past, le chef d’œuvre de Jacques Tourneur, Burt Lancaster est très emprunté. Lizabeth Scott était déjà une actrice reconnue du film noir. Elle est ici une chanteuse de boîte de nuit, rôle qu’elle retrouvera dans Dark city. On reconnaîtra au passage quelques autres silhouettes du film noir, comme par exemple Wendell Corey, ou Mike Mazurki, le géant à l’étrange figure qui donne une raclée à Burt Lancaster.
Si le film se voie sans déplaisir, surtout à cause du casting, il n’est tout de même pas essentiel. La résolution finale de l’histoire est un peu téléphonée. Source : http://alexandre.clement.over-blog.com/article-byron-haskin-l-homme-aux-abois-i-walk-alone-1948-122960340.html

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