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mardi 24 décembre 2013

Claude et Jean


Ce faux polar est l'un des plus grands films de Claude Chabrol, grâce à un scénario diabolique. A travers les personnages qu'interprètent Michel Duchaussoy (excellent) et Jean ­Yanne (époustouflant) s'opposent deux conceptions de la vie et, plus largement, le vieux couple culture-nature. Il y a, d'un côté, un écrivain tout en retenue, investi d'une mission vengeresse juste (quoique...), et de l'autre un être qui n'est qu'appétit, une bête, en somme. Chabrol prend du plaisir à brouiller le jeu, et bien malin qui dira, in fine, quel est le personnage ­positif de l'aventure. A la mécanique glacée - digne des maîtres Lang ou Hitchcock - s'ajoute une étonnante ­dimension satirique. Il y a dans l'interprétation de Yanne comme une synthèse d'une France poujadiste, petite-bourgeoise, celle de la bouffe et de la bagnole... Il existe un chant sérieux de Brahms qui paraphrase l'Eclésiaste : "Il faut que la bête meure ; mais l'homme aussi. L'un et l'autre doivent mourir."
Comme avait si bien pu l'écrire Homère dans "L'Illiade" chaque mort est individuelle et ne peut se décrire communément. La mort de l'enfant et la mort du chauffard sont inacceptables.
Les raisons que se trouve Andrieux pour tuer sa victime au contact du chauffard, responsable de la mort de son enfant ne peuvent justifier son acte. Andrieux avait tout fait pour être un assassin froid, il est repris par la vie. Il y aurait vanité à penser que seule la bête assassine en lui doit mourir, lui tout entier doit disparaître. 



    

En révélant dans le dernier quart d'heure du film que l'écriture du carnet était un acte prémédité destiné à le protéger de la police, Andrieux perd la sympathie directe du spectateur. Celui ci est pris à contre pied dans son acceptation des gestes du père vengeur. Il peut même être tenté de croire que c'est bien Philippe qui a tué son père. Cette hypothèse ne tient pas en regardant attentivement la fin du film.
Scènes remarquables :
La révélation de la machination dans le cadre "enchanteur" du restaurant. La scène du repas familial, véritable jeu de massacre dans lequel Jean Yanne s'en donne à coeur joie. La scène de la pêche vue d'un point de vue d'entomologiste. Que La bête meure est une adaptation du roman de Nicholas Blake.



                          

L'histoire tourne autour d'un père fou de douleur qui entend se venger du lâche assassin de son fils («Je vais tuer un homme. Je ne connais ni son nom, ni son adresse, ni son apparence. Mais je vais le trouver et le tuer.»).
Michel Duchaussoy, remarqué avec Jeu de massacre obtient ici son second premier rôle, tandis que Jean Yanne, remarqué ici en tant que second rôle, avait obtenu auparavant l'une de ses premières grandes interprétations dans Week-end de Jean-Luc Godard. Selon Eric Libiot, Que la bête meure, "une des oeuvres phares de Claude Chabrol", n'a pas pris une ride, la confrontation entre un père et le meurtrier de son fils est un "modèle du genre". Le face-à-face entre les deux hommes est féroce et complexe, nuancé d'une réflexion morale sur la légitimité de la vengeance et de la condamnation (Source: Wikipédia). Les critiques considèrent Que la bête meure comme le chef-d’œuvre chabrolien, celui-là même qui permit au cinéaste et à Jean Yanne de se retrouver peu de temps après pour un autre sommet du genre : Le boucher (1970).   


               


Mlle Hélène, la directrice de l'école, est instruite, belle, libérée, jupes courtes et Gauloise sans filtre. Popaul est boucher, fruste, revenu de toutes ces guerres qui laissent le goût du sang, à jamais. Mais on peut tuer et tomber amoureux. Lors d'une sortie scolaire aux grottes préhistoriques, Hélène parle avec tendresse de Cro-Magnon à ses élèves et leur explique que « les aspirations sont des désirs débarrassés de leur sauvagerie ». Comme le sont ceux de Popaul quand il regarde Mlle Hélène.
Hélas ! la belle n'est pas toujours là pour faire oublier l'odeur du sang à la bête. Ce sang qui lui bat les tempes. Qui afflue soudainement dans ce tranquille village périgourdin. Ce sang dont une goutte tombe d'un cadavre sur la tartine d'une écolière. Popaul offre un gigot à Mlle Hélène comme s'il lui offrait des roses. Sous un chêne, lors d'une conversation sur la nécessité de faire ou non l'amour pour échapper à la folie, c'est elle qui lui offre un briquet. Allumeuse...
Peinture millimétrée d'une petite province, étude glaçante de la fascination réciproque entre nature et culture, grande histoire d'amour ratée, et portrait presque tendre d'un assassin : ce Chabrol est d'une précision et d'une humanité diaboliques.


               
Début des années 70, des meurtres de femme intriguent un petit village provincial du Périgord. Une histoire d’amour pas si incompatible naît entre une belle institutrice Hélène, femme libre et cultivée et Popaul, un boucher frustre, traumatisé par le sang de la guerre. Chabrol déploie tout son art pour mettre en scène des scènes provinciales authentiques, notamment un mariage avec des personnages bien typés. Il fait évoluer parallèlement l’enquête policière, l’histoire d’amour et la suspicion qui naît peu à peu autour du boucher, de façon sobre et épurée. Le rouge se fait de plus en plus présent dans les décors avec la goutte de sang de la victime qui tombe sur la tartine d’une écolière, le gigot offert comme un bouquet de roses, la robe rouge de Stéphane Audran.



                                


La tension monte en intensité. Peu de dialogues, des regards, une musique très contemporaine et étrange dans ce cadre rural, un certain attendrissement devant Popaul malgré sa barbarie suffisent à créer un climat angoissant.
Mêlant un décor paisible et presque idyllique de province à une affaire sordide de meurtre, Chabrol réussit une œuvre quasi parfaite avec Le Boucher. Il crée un climat tout en ambivalence avec des images rassurantes qu’il place en décalage par notamment l’utilisation d’une bande sonore plus stressante et laissant pressentir le drame. Le film est porté par une Stéphane Audran parfaite, donnant beaucoup de force à son personnage de directrice d’école pleine de vie et avenante. A ses côtés, ou plutôt face à elle, Jean Yanne n’a que rarement été aussi convaincant que dans ce film.


                                        

Jouant la carte du réalisme, Chabrol ancre son film dans la réalité sociale et géographique de l'époque du tournage : la France rurale et provinciale des années soixante, bien peu différente, au fond, de celle des époques précédentes, voire de celle du XIXème siècle. Ainsi, les personnages typés donnent de la vérité à son film. On notera aussi que le contexte historique (guerres coloniales d'Indochine et d'Algérie des années cinquante) n'est pas occulté et donne une image contrastée avec ce paisible coin de France tel qu'il nous est montré, une France dont le portrait est ainsi justement nuancé : paisible et bon enfant mais à l'origine de guerres injustes et cruelles !
Cette dualité se retrouve au cœur même du film et en structure la réalisation. Qu'il s'agisse du cadre (le paysage lumineux traversé par une rivière et surmonté d'une grotte obscure), des personnages (la Belle Hélène s'occupant de la Bête Popaul) ou des thèmes (l'aspiration noble des sentiments confrontée au désir brutal des instincts/la lutte intérieure du Bien contre le Mal /le jeu de l'apparence et de la réalité), Chabrol installe le contraste comme fil conducteur d'un récit pourtant aussi fluide et linéaire que le cours serein de la rivière. Suite :  http://libresavoir.org/index.php?title=Le_Boucher_de_Chabrol

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