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samedi 14 décembre 2013

Josey Wales

Lorsque le 13 avril 1861 les troupes confédérées du général Beauregard s'emparent de Fort Sumter, depuis six ans déjà la frontière entre le Kansas et le Missouri est à feu et à sang. Maquisards abolitionnistes venus du Nord et guérilleros sudistes s'affrontent en une vendetta faite de granges brûlées et d'exécutions sommaires.
Un jour de printemps 1858, la femme et le fils de Josey Wales sont assassinés par une bande de ruffians à la solde de l'Union. Commencent alors pour le jeune fermier des Ozark Mountains des années de combat aux côtés des plus célèbres rebelles de l'époque, Bloody Bill Anderson, William Quantrill et Jesse James. Mais une fois signée la paix d'Appomattox, bon nombre d'irréguliers refusent de faire allégeance et de déposer les armes. Ces réprouvés deviennent alors des hors-la-loi dont l'unique salut est la fuite vers le Texas.
De cet épisode méconnu de la guerre de Sécession, Forrest Carter fait un roman de la quête identitaire, un hymne aux grands espaces où la survie dépend d'une paire de colts 44. Mais The Rebel Outlaw Josey Wales c'est aussi l'histoire d'un homme qui, à l'instar d'un pays, veut se reconstruire. Pour cela, quoi de mieux que l'amitié d'un vieux Cherokee, d'une Cheyenne à moitié folle et d'un chien galeux sur lequel on peut cracher sa haine ?


   


Josey Wales ou le western classique ? Tous les ingrédients en sont ici réunis, à commencer par la mise en scène « qui a gagné en force et en ampleur et tend vers un classicisme d’excellent aloi » apprécie La Dépêche du Midi. Les critiques saluent le souci de vérité affiché par Clint Eastwood, et savourent, à l’instar du Point, « des extérieurs superbes, une reconstitution exemplaire, des personnages pittoresques ». Ici, Clint Eastwood revisite la légende de l’Ouest américain post-guerre de Sécession à travers cette « histoire picaresque qui sait prendre le temps » (La Dépêche). Même si cette fois il a choisi d’ancrer le film dans l’Histoire, et par la même occasion son personnage dans la réalité, lui donnant un nom, une famille, un passé.


Dès lors, l’identification est plus facile. « Josey Wales ressemble beaucoup à Clint Eastwood », remarque Antirouille. La critique retrouve avec bonheur ce personnage de justicier implacable, qui arbore toujours « son chapeau rabattu sur les yeux, son regard impassible et sa démarche d’automate » décrit Henry Chapier dans France Soir. « Un chapeau et deux colts, c’est Clint Eastwood. Classique comme silhouette, non ? » reprend L’Aurore en titre. Seul Le Nouvel Observateur déprécie cette énième apparition du cow-boy, ce « Narcisse Eastwood qui crache sur tout ce qui bouge et aime toujours autant la couleur du sang et le cliquetis des armes ».


                                                                           
Josey Wales ou le western crépusculaire ? « Comme toujours, la violence et le sexe sont à l’honneur », constate France Soir. Pourtant, même si Josey Wales « suit l’évolution actuelle du western américain » (Le Monde), Eastwood a introduit plusieurs nouveautés. Ca et là ressortent « quelques dialogues pleins d’humour » note La Dépêche, mais surtout Eastwood « a ajouté au génie de Sergio Leone ses chromosomes de vrai cow-boy. Ca se regarde comme on lit Mark Twain, avec un zeste de Lucky Luke en prime », se régale Antirouille. Mais aussi et surtout,  pour Le Monde, « le film est marqué d’une mélancolie poignante ».
Et Georges Charensol, dans Les Nouvelles Littéraires, conclut avec ferveur : « depuis quelques années, innombrables sont ceux qui ont tenté de renouveler le genre. Aucun ne l’a fait avec plus de sérieux et de sincérité ».



                                                         


À travers l’itinéraire de ce fermiers des Monts Ozarks engagé chez les rebelles pendant la guerre de Sécession suite au massacre de sa famille, puis devenu un hors-la-loi pourchassé pour ne s’être pas soumis au serment d’allégeance à l’Union après la paix et se liant en chemin avec un vieux Cherokee et une Cheyenne, Forrest Carter, leader suprématiste blanc et fondateur d’un chapitre du Ku Klux Klan, nous explique Daverat, cherche moins à parler de fraternité que de personnages qui se retrouvent dans le même rejet de l’État fédéral.



                                          


Pour autant, cela intégré, peut-être quelque peu au corps défendant de l’auteur et par la grâce d’une histoire tragique et épique particulièrement réussie, Josey Wales hors-la-loi apparaît toutefois comme un très grand roman western. Âpre, violent, tendu, parsemé de belles descriptions de la nature et laissant la part belle à de fascinantes scènes d’action ; mettant en scène des Indiens ni plus ni moins violents que les blancs qui ont envahi leurs territoires pour les parquer dans des réserves, des comancheros avides, des pionniers durs au mal devenus des proies, d’avides chasseurs de primes et des salopards ordinaires prêts à retourner leur veste à tout moment, le roman de Forrest Carter, quête de reconstruction d’un homme poursuivit par son passé et sa légende est indéniablement un classique du genre, un roman d’une grande force qui méritait amplement cette belle édition et la sérieuse mise en perspective qui précède le texte.

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