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mercredi 18 décembre 2013

Jazz et cinéma

À la fin des années 50, dopé par l'impact de la musique de Miles Davis dans Ascenseur pour l'échafaud, le cinéma français s'associait aux rythmes du jazz. Emboîtant le pas à Louis Malle, et toujours dans le genre film noir ou policier, Edouard Molinaro confiait la musique de Un témoin dans la ville au jeune Barney Wilen, figure montante du saxophone ténor. La longue cavale nocturne de Lino Ventura, en tueur de chauffeur de taxi, s'accompagne d'une brillante partition, les musiciens réunis autour de Barney ayant pour noms Kenny Dorham, Duke Jordan, Paul Rovère et Kenny Clarke. Si ce film mineur se laisse regarder sans déplaisir, l'adaptation par Michel Gast du livre de Boris Vian, J'irai cracher sur vos tombes, reste fort décevante. La seule bonne idée du cinéaste fut de charger Alain Goraguer (qui travaillera plus tard, entre autres, avec Gainsbourg) d'en réaliser la bande-son et il y réussit de savoureux pastiches du jazz de l'époque.



En 1958, profitant de la présence à Paris du Jazz At The Philarmonic de Norman Granz (Roy Eldridge, Dizzy Gillespie, Stan Getz, Coleman Hawkins, Oscar Peterson en sont alors les principaux leaders), Marcel Carné leur confie la musique de son nouveau film, Les Tricheurs, l'histoire d'une folle jeunesse s'épuisant en vaines surprises-parties, jusqu'à ce que leur dernière fête tourne au drame. À l'origine un 45 tours, cette bande originale, reposant en partie sur des structures de blues, est de très bonne facture. Il en va de même pour la bande-son du second long-métrage d'Edouard Molinaro, Des femmes disparaissent. Art Blakey et ses Jazz Messengers ont alors la faveur d'un vaste public. Chargés d'en composer la musique dans un délai très bref, ils ne peuvent qu'adapter leur vaste répertoire aux images du cinéaste. Benny Golson puise ainsi dans ses partitions, écrit de nouveaux arrangements et apporte beaucoup au film.



Invisibles aujourd'hui, Les Loups dans la bergerie et Les Tripes au soleil ne survivent que par leurs musiques. Composée par Serge Gainsbourg et arrangée par Alain Goraguer, celle du premier de ces deux films fut partiellement rééditée par Universal en 1996 à l'occasion de compilations thématiques consacrées à Gainsbourg. Ce dernier ajouta un peu plus tard des paroles à sa "Cha cha cha du loup". Les Tripes au soleil reste l'une des réussites d'André Hodeir. La modernité de son travail pour orchestre et voix se remarque surtout dans "Le Désert" et "Blues", une pièce dans laquelle la traditionnelle notion de chorus n'est plus guère perceptible. La version de The Connection qui nous est ici proposée n'est pas celle du film dont est tirée la pièce de Jack Gelber. Il s'agit du premier 45 tours de Daniel Humair qui, à l'époque de ce disque, jouait au Tabou en compagnie de Sonny Grey, Jean-Louis Chautemps et Eddie Louiss, tous présents dans cet enregistrement à l'instrumentation élargie, la musique originale de Freddie Redd bénéficiant de nouveaux arrangements de René Urtreger.



Écrite par Jean Wiener, la guitare d'Henri Crolla et l'harmonica de Jean Wetzel entourant le piano du compositeur, la musique de Touchez pas au grisbi colle bien aux images du film de Jacques Becker dont Jean Gabin est l'incontournable vedette. Bien que Le Piège soit aujourd'hui tombé dans l'oubli, sa bande originale garde tout son pouvoir de séduction. On songe au Modern Jazz Quartet à l'écoute de cette brillante partition d'Alain Goraguer. Michel Hausser au vibraphone, Raymond Guiot à la flûte, Pierre Michelot à la basse et Christian Garros à la batterie et le compositeur au piano en sont les principaux musiciens. Le Procès, tourné à Paris par Orson Welles dans l'ancienne gare d'Orsay alors désaffectée, et Les Ennemis, une extravagante histoire d'espionnage réalisée par Édouard Molinaro, bénéficient de la plume et du piano de Martial Solal. Enfin, Le Saint mène la danse fait entendre de beaux chorus de saxophones (alto et baryton) de Michel de Villers.



La collection « Jazz in Paris » est une véritable anthologie hautement recommandée à ceux qui, comme moi, ont découvert ce genre musical sur le tard et ne savaient pas par où commencer. Ce très éclectique éventail de publications comporte une série « Jazz et Cinéma » qui nous propose les bandes originales de quelques films des années 50/60 qui ont éveillé l'attention des mélomanes qui ont eu la (rare) chance de les voir au cinéma ou sur le petit écran, ou de les (re)découvrir en DVD (« J'irai cracher sur vos tombes », « Les Tricheurs », « Les Loups dans la Bergerie » et surtout le légendaire « Ascenseur pour l'Echafaud » qui a eu droit à un album entier). Avec ce volume 5, on touche cependant aux limites du genre car, si les musiciens sont bien des jazzmen, de nombreux morceaux ne sont que peu ou pas apparentés à ce type de musique. On trouve en effet ici des valses, mambo, musette et même de la variété chantée. Ne boudons toutefois pas notre plaisir et retrouvons l'ambiance de films comme « Une sacrée gamine », « Une Parisienne » et « St Tropez Blues » avec des musiciens émérites comme Henri Crolla, Martial Solal, Pierre Michelot et... Marie Laforêt à ses débuts de chanteuse (2 titres sur la B.O. « St Tropez Blues », film qui avait également vu la première apparition à l'écran de Jacques Higelin).
En écoute icihttp://www.musicme.com/#/Andre-Hodeir/compilations/Jazz-Et-Cinema-Vol.-5-0602498459911.html

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