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mardi 31 décembre 2013

Cyrano de Bergerac

Cyrano de Bergerac est la plus célèbre pièce de théâtre d'Edmond Rostand, librement inspirée d'un personnage réel, Hercule Savinien Cyrano de Bergerac (1619-1655), et l'une des plus célèbres pièces du théâtre français. Elle a été écrite à Paris en 1897 et jouée pour la première fois le 28 décembre de la même année à Paris, au Théâtre de la Porte-Saint-Martin.
Au XVIIe siècle, l'aimable poète et terrible bretteur qu'est Cyrano de Bergerac, affligé d'un nez disgracieux, souffre en secret de ne pouvoir gagner l'amour de sa cousine Roxane qui lui préfère un fat sans esprit mais redoutablement beau, Christian. Cyrano met son art au service de Christian et lui assure l'amour de la belle... 
Cyrano de Bergerac est un film américain réalisé par Michael Gordon, sorti en 1950.
"Le problème de cette adaptation est qu'elle a beau être "made in hollywood", dater de 1950, elle est inégalable. José Ferrer n'incarne pas, il est Cyrano, dans une histoire servie par une mise en scène purement géniale. Espérons que ce siècle verra, en France, enfin un Cyrano osant la comparaison."



   
   
Avant d’être l’une des plus célèbres pièces du théâtre français, Cyrano de Bergerac était aussi un homme, de son vrai nom Hercule Savinien Cyrano de Bergerac né en 1619 et mort en 1655. C’est d’ailleurs en s’inspirant librement de la vie de cet écrivain libertin qu’Edmond Rostand a écrit sa comédie (même si celle de Cyrano ressemble plutôt à une tragédie, et même si l’homme, cadet de Gascogne, était plus philosophe que mousquetaire). Il n’en demeure pas moins que l’homme de plume et le personnage de papier avaient tous deux un grand nez, ce qui a valu à la littérature l’une de ses plus belles tirades.
Qui était donc le véritable Cyrano ? A l’occasion de la reprise d’un de ses contes philosophiques au théâtre de l’Athénée à Paris, nous avons eu envie de revenir sur son œuvre encore méconnue.


                                     


Cyrano de Bergerac est un téléfilm français réalisé par Claude Barma pour la RTF en 1960.
Diffusé sur la RTF le soir de Noël 1960, cette adaptation de Claude Barma est souvent considérée comme l'une des adaptations les plus fidèles de la pièce d'Edmond Rostand. Les indications scéniques de l'auteur sont respectées, mais le texte original a été amputé en plusieurs endroits (en en conservant néanmoins 80 %).
L'interprétation de Daniel Sorano, son acteur principal, y est à la fois juste, émouvante, fine et élégante, et elle est considérée par beaucoup de gens comme la plus éloquente et étincelante de toutes les versions filmées.
Le film est notable aussi pour la présence du très jeune Philippe Noiret, qui récite le rôle de Ligniere.
En 1958 Daniel Sorano avait demandé un congé illimité auprès de Jean Vilar. Claude Barma en fait son comédien fétiche, et lui donne à interpréter tour à tour Othello, Macbeth, Hamlet et bien sûr Cyrano.
Ce fut le soir de Noël 1960 et, pour cet événement, la RTF avait préparé un cadeau d'exception pour ses téléspectateurs : un Cyrano époustouflant au point que cette version est considérée, encore aujourd'hui, comme l'une des fidèles référence du mythe de Rostand.
La production nécessita 60 millions de francs (anciens), 200 acteurs et figurants, un décor constitué avec 8 tonnes de bois, 300 m² de contreplaqué et 600 kg de peinture.


   
             

L'objectif de Claude Barma était de faire du théâtre filmé avec des moyens cinématographiques. Le direct serait la règle, mais pour d'évidentes raisons de réalisation, deux actes furent pré-enregistrés, le 1er et le IVème, mais il furent diffusés dans la continuité du direct. On imagine l'état d'esprit qui régnait sur le plateau où, artistes et techniciens attendaient la fin du 1er acte pour s'élancer au IIè en direct devant les caméras, puis s'interrompant pendant le siège d'Arras pour reprendre au couvent !
Pour sa distribution, Claude Barma privilégia les comédiens du théâtre (même si à l'époque, il n'y avait encore peu de comédiens spécialisés dans les productions uniquement télévisuelles. Il embauche Jean Topart pour jouer Le Bret, Michel Le Royer pour Christian, Françoise Christophe pour interpréter Roxane. Jean Deschamps est De Guiche, Michel Galabru campe Ragueneau tandis que Philippe Noiret prend le rôle de Lignère. Et pour les observateurs, Henri Tisot joue un poète, Paul Préboist l'ivrogne de l'Hôtel de Bourgogne.
Le public sera au rendez-vous, et la diffusion consacra Daniel Sorano que les critiques encensèrent. Après ce succès indéniable, le milieu artistique lui fit une place d'honneur. Visconti lui-même avait prévu de lui donner un rôle dans Le Guépard. Malheureusement, ce grand artiste qui ne se ménageait jamais, mourut deux ans après Cyrano, à Amsterdam, après avoir tourné la dernière scène du Scorpion film de Serge Hanin.



Souhaitant lui rendre hommage, la RTF rediffusa le Cyrano à la télévision, Sorano devint une légende.
Et c'est également sa version qui fut retenue pour célébrer le 100è anniversaire de la pièce, le 27 décembre 1997.
Source : http://www.cyranodebergerac.fr/daniel_sorano_contenu.php?contenu_id=2
Bonus audio ici : http://sd-35759.dedibox.fr/Cyrano_de_Bergerac_-_Voyage_dans_la_lune_1.mp3
Et là : http://sd-36232.dedibox.fr/Rostand_-_La_tirade_des_nez.mp3

lundi 30 décembre 2013

Dixie Road

    Dixie Road nous emmène dans les États-Unis des années trente. Le crack boursier a provoqué une crise aux lourdes conséquences économiques et sociales. La société Fisherman's dream n'échappe pas à la règle. Au milieu de ce tumulte, la vie d'une jeune fille - Dixie - et de sa famille, ballottée par des événements qui les pousseront à prendre la route, à la recherche de l'american way. 
    Nous sommes dans années 30 dans le sud profond, là où l'on peut tuer et violer en toute impunité pourvu qu'on soit blanc et riche. Ce n'est pas le cas de Dixie, jeune fille de 17 ans, et de sa mère Nadine Jones, leader dans un conflit de revendications syndicales.
    Pour couronner le tout, le père, absent depuis fort longtemps, revient plein aux as. Il a pillé une banque, ce qui fait désordre mais donne un bon motif aux forces patronales de réagir.

    Superbe BD qui fait bien sûr penser aux "Raisins de la Colère" ou à la fameuse photo de Dorothe Lange "Migrant Mother". 





      Si l'atmosphère reste étouffante, voire désespérée, l'horreur de la fin du premier tome (magnifique !) ne resurgit pas ici. Nous sommes toujours dans ce schéma de fuite éperdue mais avec la surprise du personnage de Caleb Keena qui n'est pas celui qu'on croyait.
      Dufaux sait astuciuesement mettre en rapport ce que l'on voit et lit avec un slogan qui revient comme une antienne "There's no way like the american way". Il sait jouer sur ce saisissant contraste. 
      Tout ici : http://www.bedetheque.com/serie-632-BD-Dixie-Road.html

Gling-Gló

Gling-Gló est un album de jazz de l'auteur, compositeur et interprète islandaise Björk et du Tríó Guðmundar Ingólfssonar, paru en octobre 1990.
Un album de jazz dans la discographie de Björk est un ovni pour les fans de l'artiste. Un bon disque de jazz cependant, façon be-bop à la facture certes classique mais entraînante et joviale, chanté en islandais s'il-vous-plait (quelle étrange langue...), ce qui apporte une note radicalement originale à ce disque.



                            

Après le décrié Here Today, Tomorrow Next Week ! des Sugarcubes, Björk décide de réévaluer son orientation musicale. Elle saisit alors l’opportunité de la pause engagée par les membres du groupe pour s’évader de la rade pop. Le succès artistique et commercial de Life’s Too Good lui permettait de concrétiser son projet. L’échec du suivant lui révélait l’urgence de voler de ses propres ailes. Accompagnée du Trio Gundmandar Ingolssonar, Björk et son équipage prennent le large ; cap sur un jazz de facture classique mettant en scène des chansons traditionnelles du pays. 
Seule maîtresse de son espace créatif, la voilà cisaillant le swing de façon convaincante, abordant les rivages scat, ou se laissant balancer par la houle capricieuse avec l’élégance d’une gymnaste vocale. Entre chant et parler, miss Gundmundsdottir délivre habilement une prestation toute en nuances. Haut perchée, extraordinairement claire, elle sait se faire plus impétueuse en effectuant des rebonds flexibles au rythme de la basse et de la cadence nerveuse des percussions. 




C’est un orchestre accompli qui cabote conjointement avec la belle, composé d’un contrebassiste, d’un pianiste et d’un batteur. Décor de velours au son dépouillé, il produit alors le cadre propice à l’exploration, à l’improvisation vocale, animant une croisière imaginaire où se côtoient les comptines populaires «Gling Gló» et «Luktar-Gwendur», l’ode mélancolique «Astartöfrar», l’enlevé «Kata Rokkar», l’enthousiasmant «Bella Símamær», l’excentrique «Bílavísur», la comédie musicale «ÞAd Sést Ekki Sætari Mey» ou bien les standards populaires américains «Ruby Baby» et «I Can’t Help Loving That Man».
Usant avec souplesse de sa langue natale à la nature rocailleuse, la diva chante l’amour, l’Islande ; une île en fusion sous l’effet de la voix ardente de son ambassadrice la plus célèbre. Björk fait mouche avec ces légendes populaires - l’album se hissant sans difficulté à la première place - s’offrant par la même occasion un tremplin appréciable pour sa carrière solo en devenir.


                            

Source : http://www.destination-rock.com/albums/album-bjorkgling.html

Rex Harrison et les fantômes


Sir Rex Harrison (né Reginald Carey Harrison), est un acteur britannique né le 5 mars 1908 à Huyton dans le Lancashire et mort le 2 juin 1990 à New York d'un cancer du pancréas.
Rex Harrison débuta au cinéma en 1930 dans The Great Game et s'impose dans des comédies comme Tempête dans une tasse de thé et Vedettes du pavé au côté de Vivien Leigh et Charles Laughton, côtoyant ailleurs Merle Oberon, Valerie Hobson et Margaret Lockwood, puis joua dans des films aussi remarquables que La Citadelle (1938) de King Vidor (dans un rôle encore secondaire), Train de nuit pour Munich (1940) de Carol Reed, Major Barbara (1941), L'esprit s'amuse (1945) de David Lean :
La mémoire cinéphile aura surtout retenu de David Lean une infime partie de carrière, celle consacrée aux grandes fresques historiques (Lawrence d'Arabie, Le Docteur Jivago...), entretenant ce faisant une réputation un peu injuste "d’imagier" au service d’un cinéma "académique". Est ainsi souvent occulté tout un début de carrière britannique, d’abord comme monteur puis comme réalisateur, dont la trajectoire est indissociable de celle du dramaturge Noel Coward : tous les premiers longs métrages de Lean, de Ceux qui servent en mer (1942) à Brève rencontre (1945) furent ainsi adaptés, coécrits voire co-réalisés avec Coward, et traduisent admirablement à la fois l’esprit et l’élégance de leur association. Troisième film de Lean, L’Esprit s’amuse est ainsi l’adaptation cinématographique d’une pièce de Coward, créée en 1941 à Londres et qui fut ensuite présentée plus de 600 fois sur la scène du Morosco Theater de Broadway, plusieurs comédiens reprenant d’ailleurs leur rôle à l’écran. L’intrigue du film est fort simple (un écrivain organise une séquence de spiritisme à la suite de laquelle son ex-femme, disparue, lui réapparaît sous la forme d’un embarrassant spectre) mais la vivacité et l’inventivité de l’écriture transcendent la banalité du postulat fantastique pour l’emmener vers une forme assez subversive de comédie de mœurs : après tout, peu importe qu’Elvira soit morte ou pas, ce qui pose problème, c’est sa cohabitation avec Ruth, la nouvelle épouse de Charles.


                    


L’Esprit s’amuse offre donc une forme de triolisme assez complexe : un garçon, une fille, une morte, combien de possibilités ?! Surtout, L’Esprit s’amuse paraît parfaitement emblématique du ton propre à la comédie anglaise du début des années 40, comme on la croisait par exemple dans les meilleures productions des studios Ealing : la sophistication de la forme dissimule ainsi une polysémie pleine d’impertinence, qui profite pleinement du postulat fantastique. En effet, dans un premier temps, Charles est le seul à voir Elvira, mais également à entendre sa voix ; ainsi, lorsque Ruth pose une question à Charles, Elvira se hâte d’en poser une autre (que Ruth n’entend pas) –

Charles répondant à la seconde offre ainsi à la première une réponse imprévue, tour à tour source de quiproquos, de loufoquerie ou de sous-entendus sexuels ! Plusieurs répliques, ainsi jugées trop insolentes, furent d’ailleurs supprimées par les censeurs de l’époque ; les spectateurs d’aujourd’hui se régaleront à traquer les doubles-sens les plus subtils ayant échappé à leurs coupes, tout en appréciant une réjouissante interprétation d’ensemble, notamment de la truculente Margaret Rutherford. Formellement, L’Esprit s’amuse s’avère également un ravissement grâce à une utilisation inspirée du Technicolor - qui peut rappeler par instant l’usage d’un Michael Powell - en particulier lors de la saisissante première irruption du spectre phosphorescent d’Elvira. Assez curieusement, Noel Coward se sentit trahi par cette adaptation cinématographique, qu’il ne trouvait pas à la hauteur de ce qu’il estimait être son meilleur travail. Difficile pourtant de ne pas céder au charme "so british" de cette petit comédie, tonique et pétillante.




                    


Plus tard à la Fox Anna et le Roi de Siam (1946) avec Irene Dunne, L'Aventure de Madame Muir (1947) de Joseph Mankiewicz avec Gene Tierney, La Fière Créole (1947) avec Maureen O'Hara, Infidèlement vôtre de Preston Sturges avec Linda Darnell. On se souvient davantage du rôle du Professeur Henry Higgins qu'il interpréta dans la comédie musicale My Fair Lady, inspirée de la pièce de théâtre Pygmalion, de George Bernard Shaw ; son rôle dans l'adaptation cinématographique lui valut de remporter l'Oscar du meilleur acteur en 1964.
Il figura également à l'affiche de L'Extravagant Docteur Dolittle en 1967. Harrison n'était pas à proprement parler un chanteur, de sorte que les partitions étaient généralement adaptées en conséquence, et agrémentées de très larges récitatifs.
Bien que la comédie parût être son domaine de prédilection (il décline Julius J. Epstein, Louis Verneuil et Georges Feydeau), il ne manqua pas de faire sensation dans des rôles dramatiques comme celui de Saladin dans Richard Coeur de Lion d'après Walter Scott, opposé à George Sanders, de Jules César dans Cléopâtre de Mankiewicz en 1963, face à Elizabeth Taylor, ou du pape Jules II dans L'Extase et l'Agonie de Reed en 1965, face à Charlton Heston dans le rôle de Michelangelo. Partenaire de Doris Day ou Rita Hayworth, il apparut également en Colbert dans Le Cinquième Mousquetaire, dans L'Escalier de Stanley Donen, jouant aux côtés de Richard Burton le rôle d'un homosexuel, et à l'affiche d'une production indienne, Shamimar/Le Défi mortel, au côté de la star Bollywoodienne Dharmendra.


            
          
N’y allons pas par quatre chemins et n’attendons pas la fin de cette critique pour clamer haut et fort que ce film fantastique est un pur chef d’œuvre, le premier d’une longue série pour Mankiewicz. Mais attention le terme ‘fantastique’ ne s’applique ici ni à la science-fiction, ni à l’épouvante. Ce film fait partie de ce courant qu’on pourrait nommer ‘fantastique romantique’ ou ‘comédie fantastique’ qui a connu son apogée dans les années 40 en Europe comme à Hollywood et qui a amené sur les écrans son lot de gentils fantômes et de morts en sursis. En ces périodes troublées et au milieu d’un monde chaotique, la Mort au cinéma représente alors souvent un idéal inaccessible, Mme Muir, par exemple, attendant patiemment son dernier soupir pour espérer enfin retrouver son fantôme bien aimé. Ce genre délicieux par excellence est composé d’œuvres comme Peter Ibbetson de Henry Hathaway, Le Ciel peut attendre de Ernst Lubitsch, Le Portrait de Jennie de William Dieterle, La Vie est belle de Frank Capra ou, dans une veine plus humoristique, le délicieux Ma femme est une sorcière de René Clair. 


Une ‘mode’ qui a traversé aussi l’Atlantique puisque Michael Powell et Emeric Pressburger tourneront le merveilleux Une question de vie et de mort et David Lean L’Esprit s’amuse en Angleterre alors que Claude Autant-lara réalisera en France Sylvie et le fantôme. L’exquise alchimie constituant la recette de ces œuvres s’est malheureusement évaporée, car hormis quelques réussites éparses, les grands succès du genre de ces dernières années ont gagné en mièvrerie ce qu’ils ont perdu en magie et en poésie, l’exemple le plus flagrant étant le médiocre et pourtant ultra bénéficiaire Ghost de Jerry Zucker. Au lieu de nous lamenter, revenons en arrière jusqu’au film qui nous préoccupe ici.
Mme Muir est une jeune veuve qui décide après la mort de son mari de s’extirper du carcan oppressant de sa belle-famille pour enfin aller vivre sa propre vie et ne plus subir celle des autres. Lassée du cynisme et de l’hypocrisie environnante, elle s’installe dans une maison isolée au bord de la mer.


Elle est fascinée par le tableau représentant le portrait d’un capitaine, ex-propriétaire de ces lieux, accroché dans le salon. Comme Dana Andrews faisant apparaître Laura à force d’y penser très fort dans le film d’Otto Preminger, Lucy est, elle aussi, si puissamment attirée par ce visage, qu’elle va finir par rencontrer le fantôme du capitaine ; une amitié assez forte va naître entre eux. En effet, tous deux sont séduits par la même chose, à savoir une vie aventureuse. Le fantôme l’a vécu et n’aura de cesse de la lui narrer mais Lucy, notre Emma Bovary anglaise, frustrée par une vie terne et monotone aux côtés d’une belle-famille étouffante et d’un mari qui devait être ennuyeux, a toujours fantasmé une vie romanesque. Quand le marin baroudeur, malgré son caractère frustre, irascible et ronchonneur, lui dit "Je suis ici parce que vous croyez en moi. Continuez à le croire et je serais toujours réel pour vous", comment la jeune femme rêveuse n’en serait-elle pas aussitôt tombée amoureuse ? 


Cependant, elle sera incapable de tout lui sacrifier quand, poussée par le fantôme lui-même, accablé de ne pas pouvoir lui offrir de plaisirs terrestres, elle se mettra à aimer un homme en chair et en os, écrivain de son état, qui lui fera miroiter monts et merveilles mais qui se révèlera en fait un véritable mufle, monstre d’égoïsme et de cynisme. Quand elle se rendra compte de son erreur, il sera trop tard : le fantôme, réagissant aussi humainement que les êtres réels, à savoir, avec jalousie et déception s’en ira après avoir parlé à Lucy dans son sommeil lui murmurant une bouleversante déclaration d’amour.
Encore une fois, nous pouvons raisonnablement nous poser la question de savoir s’il s’agit d’un rêve ou de la réalité puisque le personnage de Gene Tierney est endormi lors de la dernière apparition du capitaine et que, à son réveil, tout est terminé.


                                   


Et c’est la dernière partie du film qui commence, profondément mélancolique, au cours de laquelle nous voyons la sublime Gene Tierney vieillir sous nos yeux. Ses enfants et petits enfants se marieront tous à leur tour, la laissant solitaire, errer sur les plages et les grèves balayées par les vagues, symbole du temps qui passe inlassablement. Mais le spectateur retrouvera le visage magnifique de l’actrice et du personnage lors d’un final éblouissant de beauté et d’émotion porté par le somptueux thème d’amour de Bernard Herrmann. Encore une fois, comme dans tous les grands films romantiques, de Peter Ibbetson de Henry Hathaway à Brigadoon de Vincente Minnelli en passant par Le Réveil de la sorcière rouge de Edward Ludwig, la force de l’amour sera telle qu’elle réunira les deux amants au-delà de la mort ou du temps. Comme le dit Patrick Brion, "Le temps perd la valeur qu’il est habituel de lui accorder et le présent ne sert qu’à mériter l’avenir."Présenté comme ceci, nous pourrions raisonnablement penser que le film aurait pu tomber dans la mièvrerie ou dans un trop plein de guimauve mais nous vous avons annoncé dès le départ qu’il n’en était rien. Comme les plus beaux romans d’amour de la littérature, le style transfigure tout. 

Et ce film est un mélange harmonieux d’éléments tous portés à la perfection. Ayant commencé sa carrière de réalisateur l’année précédente avec Le Château du dragon, Mankiewicz manie déjà la caméra avec une fluidité et une élégance qui ne le quittera jamais plus. Le travail sur le montage est lui aussi transparent et irréprochable. La photographie de Charles Lang est d’une belle sensualité et avec l’aide des autres techniciens de la Fox restitue à merveille l’Angleterre de l’époque du Roi Edouard et les paysages champêtres et marins de des superbes côtes anglaises. Et que dire du score de Bernard Herrmann, peut-être le plus beau qu’il ait composé avant celui de Vertigo, si ce n’est qu’il est éblouissant ? Cette musique fait beaucoup pour ajouter à l’émotion que nous éprouvons à de nombreuses reprises. A signaler aussi que l’un des thèmes de cette bande originale fait fortement penser à celui célèbre qui ponctuera Vertigo justement qui pourrait d’ailleurs en être une variation.


Troisième film du réalisateur pour la 20th Century Fox, auparavant scénariste très justement réputé, auteur de scripts extraordinaires comme ceux de Fury de Fritz Lang, Indiscrétions de George Cukor et surtout Trois camarades de Frank Borzage, Mankiewicz n’a bizarrement pas écrit le scénario de Mme Muir. Il a juste contribué à peaufiner le personnage interprété par George Sanders en lui écrivant certaines lignes de dialogues. C’est Philip Dunne, auteur de la magnifique adaptation de Qu’elle était verte ma vallée que réalisera John Ford et de quelques péplums plus intelligents que la moyenne tels David et Bethsabée de Henry King ou L’Egyptien de Michael Curtiz, qui écrira cette histoire d’une qualité poétique extraordinaire, à la fois drôle et émouvante, romantique et mystérieuse mais aussi intelligente et désillusionnée puisque l’amour véritable ne peut s’accomplir pleinement que dans l’au-delà. 


A la fois comédie brillante et spirituelle, surtout dans sa première partie, le film se transforme en fine méditation sur la supériorité mélancolique du rêve sur la réalité et nous nous retrouvons devant une seconde partie tout simplement déchirante et poignante. Tous les sentiments défilent sous nos yeux émerveillés et embués d’émotion devant ce mélange d’onirisme, de charme, de séduction sans oublier la tendre ironie habituelle de Mankiewicz qui est un des éléments qui constituera en quelque sorte sa ‘marque de fabrique’ pour les films à venir.
Nous ne pourrions achever ce texte sans parler de ce trio d’acteurs extraordinaire. George Sanders, dans le rôle de l’écrivain séducteur mais cynique, est très à son aise puisqu’il a très souvent joué ce genre de personnages fort peu recommandables. Dans la peau, ou plutôt ‘l’enveloppe charnelle’ du fantôme, nous trouvons le superbe acteur Rex Harrison qui ne sera jamais aussi bon que chez Mankiewicz puisque son autre interprétation la plus mémorable est sans doute son personnage de Jules César dans Cléopâtre.


 Il excelle dans ce personnage au langage peu châtié, râleur invétéré, romantique et même cultivé puisqu’il ira jusqu’à citer des poèmes de Keats. Quant à Mme Muir, inutile de s’appesantir sur l’une des actrices les plus adulées des cinéphiles du monde entier, la sublime Gene Tierney qui trouve peut-être ici son plus beau rôle. La voir dans la scène finale, ayant retrouvée son apparence de jeune femme radieuse, s’éloigner main dans la main avec son capitaine est un des moments les plus ‘tendrement fort’ de l’histoire du cinéma. Et Mankiewicz commence ici avec le personnage de Lucy, le début d’un catalogue impressionnant de rôle féminin sur mesure, avant entres autres, ceux de Eve Harrington, Maria Vargas ou Cléopâtre. Notons aussi le tout petit rôle de la future Maria de West Side Story : Nathalie Wood. Laissons le mot de la fin à Jacques Lourcelles qui écrit ceci dans son dictionnaire du cinéma : "Alliage rare, presque unique, entre l’expression d’une intelligence déliée et caustique et un goût romantique de la rêverie s’attardant sur les déceptions, les désillusions de l’existence." 
Source : http://www.dvdclassik.com/

dimanche 29 décembre 2013

Herbie Hancock - Columbia

Herbert « Herbie » Jeffrey Hancock est né en 1940 à Chicago ville où le trompettiste Donald Byrd le découvre lors d'une de ses tournées. A 22 ans il enregistre son premier album "Takin' Off" en tant que leader chez Blue Note pour lequel il enregistrera plusieurs "classiques" comme "Empyrean Isles" (avec son thème "Canteloup Island") ou "Maiden Voyage". Mais en ce début des années 60 c'est surtout en tant qu'architecte rythmique du légendaire second quintet de Miles Davis qu'il est connu. C'est ce même Miles qui va l'inciter malgré les réticences à jouer sur un Fender Rhodes.
Ecarté par Miles il participe tout de même à la naissance du jazz-fusion sur l'album "In a Silent Way". C'est le début de ses aventures électroniques qu'il met en pratique en montant le très expérimental Mwandishi Sextet pour lequel il enregistre son premier album chez Columbia "Sextant".


                
                     

Le groove d'Herbie Hancock : http://www.francemusique.fr/player/resource/15224-18876



Après le jazz-fusion et ses improvisations, Herbie Hancock cherche une nouvelle voie, une musique plus accessible. Fan de James Brown et de Sly Stone ce sera donc le funk, ou plutôt le jazz funk du groupe The Headhunters avec le groovissime bassiste Paul Jackson. Le premier album "Head Hunters" sort en octobre 1973 et reste l'un des plus gros succès commerciaux du jazz avec les titres cultes "Chameleon" et "Watermelon Man". Suivront les albums Thrust (1974) et le trop méconnu "Man-Child" (1975) avec Wayne Shorter, Stevie Wonder et Melvin "Wah Wah Watson" Ragin. Au rayon du jazz-funk citons deux albums figurant dans ce coffret : la BO du film "Death Wish" de Michael Winner et le double live "Flood" jusque là introuvable. Une maîtrise du groove que l'on va retrouver dans ses aventures "acoustiques" comme avec le V.S.O.P.



                                 

                                    


Un retour permanent au jazz acoustique et au swing :http://www.francemusique.fr/player/resource/15225-18951


Tout au long de ces 16 années Columbia, Herbie Hancock va innover en utilisant les dernières technologies du moment. Pourtant il n'aura de cesse de revenir au jazz acoustique et au swing rappelant aux fans d'instruments électroniques qu'il est avant tout un pianiste jazz. En solo, duo, trio ou quartet, Hancock va multiplier les enregistrements acoustiques. Qu’ils soient oubliés ou inédits en France certains de ces albums n'en sont pas moins indispensables comme cet "An Evening With Herbie Hancock & Chick Corea" duo improbable et jubilatoire de ces deux monstres sacrés du jazz, tous deux ex- pianistes du Quintet de Miles Davis. Autre surprise ce "Herbie Hancock Trio" inédit datant de 1977 avec ses compères Ron Carter et Tony Williams..


                                   




En 1976 un producteur décide de créer un hommage à la carrière d'Hancock qui n'a alors, rappelons le, que 36 ans. C'est cette Very Special One-time Performance qui va donner naissance au quintet V.S.O.P. réunissant les jeunes vétérans du quintet de Davis (Hancock, Wayne Shorter, Ron Carter & Tony Williams), Freddie Hubbard se substituant au maître. En 1977 V.S.O.P. The Quintet attaque sa première tournée gravée sur les double live "V.S.O.P.: The Quintet" et "V.S.O.P.: Tempest In The Colosseum (1977)" un autre inédit japonais tout comme "Fire Stars". Le jeune trompettiste Wynton Marsalis remplacera Hubbard dans le quintet et enregistrera plus tard avec Hancock son album "Quartet"


                


En 1986, Hancock écrit la bande originale et joue dans le film "Round Midnight" de Bertrand Tavernier. On peut le voir à l'écran aux cotés du saxophoniste Dexter Gordon, de François Cluzet, Freddie Hubbard, Bobby Hutcherson, John McLaughlin, Wayne Shorter, Pierre Michelot, Eric Le Lann...Il remporte un Oscar du cinéma de la meilleure musique de film.

Innovations technologiques et fusions en tous genres :




Nous l'avons vu Herbie Hancock passe du hard Bop au jazz-fusion du jazz-funk à la pop boostée au vocoder sur l'album "Sunlight" ou aux airs disco de "Just around the Corner" sur l'album "Mr. Hands". Comme ses camarades George Duke, Joe Zawinul ou Chick Corea, il a été précurseur dans l'art d'utiliser les synthés et autres échantillonneurs. En 1983 commence sa collaboration avec un autre adepte des "bidouillages" sonores le bassiste Bill Laswell. Avec Michael Beinhorn ils sortent l'album "Future Shock" avec son titre "Rock It". S'inspirant des DJ qui sévissent dans les Block Party hip hop des quartiers new-yorkais ils utilisent la technique du scratch qui associée au beat electro funk du trio donnent cet ovni futuriste qu'est "Rock It". Un tube immédiat propulsé par son clip robotique de breakdance et célébré par plusieurs récompenses. Le titre est remixé dans l'album suivant "Sound-System"...


                     

mardi 24 décembre 2013

Rosemary's baby

Détenteur des droits du roman Un bébé pour Rosemary d’Ira Levin, William Castle effectue une parade de séduction auprès de la Paramount afin d’ajouter à son curriculum personnel une transposition cinématographique du livre. Mais la réputation de petit réalisateur de péloches horrifiques bisseuses coûte la réalisation à Castle, finalement relégué au poste de producteur au profit d’un metteur en scène plus « sérieux ». Paradoxalement, le projet échoit à Roman Polanski, auteur du très décalé Bal des vampires qui vient de connaître un échec retentissant aux Etats-Unis dans une version intégralement remontée par les distributeurs. Pour son premier film américain, Polanski se retrouve dans la grande profondeur et doit s’appliquer à réussir son crawl afin de ne pas sombrer sous les diktats de la major qui voulut stopper le tournage étant donné le nombre de jours de retard accumulés par le cinéaste et les frais supplémentaires à débourser pour lui permettre de terminer son film. C’est que ledit tournage ne s’est pas déroulé sans heurts : entre un Sinatra omniprésent qui pique ses crises de jalousie à l’encontre de son épouse du moment, Mia Farrow et les chicaneries de John Cassavetes qui fait sa starlette, Polanski éprouve bien des difficultés à imposer son style et à boucler les journées efficacement.
                   

           

Adaptation libre du roman de Levin, Rosemary’s baby en conserve pourtant la trame initiale et le souci du détail, précisément dans la peinture des personnages à travers leur quotidien. Rompant avec les œuvres horrifiques classiques et les franchises de la moitié du siècle, Polanski souligne le réalisme de la situation en faisant effectuer à ses personnages des gestes quotidiens, machinaux qui leur confèrent une certaine crédibilité. L’œuvre dépasse le produit livresque aux peintures fantastiques éculées, le cinéaste édulcorant certaines séquences afin d’étayer la thèse de la paranoïa vécue par Rosemary. 




A aucune moment, et ce malgré un amas de preuves convergentes, le récit ne laisse filtrer la tangibilité des événements subis par l’héroïne. Au contraire, il s’ingénie à laisser planer le doute et laisse libre cours à l’interprétation du spectateur, chargé de récolter les indices et d’échafauder ses propres hypothèses. Œuvre suggestive de bout en bout, Rosemary’s baby sonde son héroïne par le truchement d’une introspection persistante, allant jusqu’à dépeindre dans ses moindres détails ses visions nocturnes et ses délires fantasmés.


               


Fragilisée par une grossesse difficile, hantée par des voisins envahissants, minée par lesdrames qui ne cessent de se produire autour d’elle (la cécité de l’acteur, le suicide de l’adoptée des Castevet et la mort de son ami), Rosemary nourrit de sérieux doutes et édifie des théories délirantes sur une prétendue secte sataniste, thèse que de plus en plus de faits et de coïncidences appuient. La difficulté majeure de l’entreprise de Polanski résidait clairement dans ce recul volontaire et cette absence d’explications claires, l’auteur préférant distiller tous ces ressentiments au gré d’un flou artistique agissant autant dans la forme que dans le fond (ainsi, le bébé a-t-il pu être perçu par nombre de spectateurs alors que le métrage ne le montre jamais, ce qui atteste de la maestria du cinéaste en matière d’images suggestives).




                      


Véritable témoignage des pratiques les plus courantes des organisations satanistes, Rosemary’s baby fut ébranlé d’un drame tragique l’année suivante concernant directement le cinéaste Polanski puisqu’il retrouva dans sa maison cinq cadavres, parmi lesquels se trouvait celui de Sharon Tate, son épouse, enceinte de huit mois, qui avait été éventrée et battue à mort, selon les rites de la secte de Charles Manson. Une tragédie qui traduit l’impact laissé par ce chef-d’œuvre filmique qui outrepasse son simple statut de film de son temps (le satanisme et la question de l’avortement très présents dans les débats américains de l’époque) pour se payer un accessit légitime au panthéon des péloches les plus effrayantes de ces cinquante dernières années.   Source : http://www.cinemafantastique.net/Critique-de-Rosemary-s-baby-Au.html

les Shadoks

L'historique de cette production pourrait commencer comme le premier épisode: C'était il y a très très très longtemps. 1966, vous pensez! En ce temps là il y avait l'ORTF : une seule chaîne en noir et blanc s'il vous plaît, 819 lignes. Quel luxe! et pas de publicité.
En ce temps là, Jaques Rouxel en faisait, lui, de la publicité. Mais il en eut assez au bout d'un certain temps. " Comment l'idée des SHADOKS vous est venue?" lui a-t-on souvent demandé. Mais les idées ne viennent pas, il faut aller les chercher! Là, la vraie idée de départ, c'était de faire des spots publicitaires sans publicité. Plus exactement : des trucs très court, transposer à la télé le concept de "comic-strips" de journaux, du genre "PEANUTS" dont il était fan. Rouxel, il faut le dire, avait passé une bonne partie de sa jeunesse aux USA, d'où ce nom de SHADOKS à consonnance anglo-saxonne. Quant au dessin de ces bestioles, il existait depuis longtemps dans ses tiroirs, attendant un nom.


                                    



  En fait, si Rouxel s'était donné la peine, à l'époque, de consulter les encyclopédies, il aurait vu qu'il a bel et bien existé, aux alentours de ... un certain Capitaine Shaddock qui a donné son nom à un genre de gros pamplemousse de Malaisie.

Bref, telle était l'idée de base : des spots quotidiens de 30 secondes. Mais en réalité, cela ne s'est pas fait exactement comme ça.


                                                                                                                                                       




  En ce temps là, il y avait le service de la recherche de l'ORTF. Pierre Schaeffer, le père de ce qu'on a appelé la Musique Concrète, y faisait paître trois troupeaux de chercheurs : le Groupe de Recherche Musicale, Le Groupe de Recherche Image qui expérimentait de nouveaux concepts d'émissions, Le Groupe de Recherche Technique qui mettait au point de nouvelles machines à son et image.



                                       



                                                                     


Parmi celles-ci un certain "Animographe", une invention de Jean Dejoux, destinée à fabriquer du dessin animé de façon rapide et économique. Mais économique elle l'était dans tous les sens, la machine ! Les animateurs devaient dessiner sur des bandes perforées de 70 mm de large.
  Et comme ils ne pouvaient quand même pas dessiner dans les trous des perforations, cela leur laissait une surface de 5 sur 7 cm à tout casser ! Pas question de faire du Blanche-Neige avec ça ! Les petits dessins shématiques de Rouxel tombaient bien. Ils étaient adaptés à la machine.


                                                                                  

  En cours de route, l'idée des spots de 30 secondes est abandonnée. On opte pour le feuilleton quotidien à épisodes de 2 minutes en couleurs.
  C'est là qu'entrent en scène Claude Pieplu et Robert Cohen-Solal qui se prennent d'affection pour les bestioles, l'un par le ton inimitable qu'il donne au commentaire, l'autre par sa musique et ses effets cocasses. Ils ont contribué pour une très grande part à faire prendre la mayonnaise et donner au feuilleton son originalité.


                                    
                                 


  Sans oublier Jean Cohen-Solal qui fait parler les Shadoks dans leur langue.
Bref, cahin-caha et au gré des budgets disponibles, treize épisodes sont tournés. En fidèle historien il faut dire qu'ils n'eurent pas tellement de succès auprès des directeurs successifs de l'ORTF à qui le service de la Recherche essayait de vendre ses trouvailles. Jusqu'au jour de ce début 68 où un nouveau directeur qui, comme les autres venait de faire ses provisions d'émissions fraîches dit "Ca j'en veux. Vous m'en mettrez 52.

                                         

                                   

 On diffuse fin Avril". Emile Biasini, c'était lui le directeur clairvoyant auquel les Shadoks rendent un vibrant hommage. Fin avril arrive. On diffuse une semaine... deux semaines. Tout de suite cela fait des vagues dans les foyers paisibles, des très contents et des plutôt pas ! Et puis c'est le 13 mai avec les évènements qu'on sait, plus d'essence, plus de train, plus de télé. La fin des Shadoks avait-elle sonné ? Non ! Miracle, en Septembre ça repart. Et on peut dire que c'est le 13 mai qui a sauvé les travailleurs des Usines Shadoks, l'auteur surtout. Sans ce répit, il n'aurait pas pu suivre.



                                

                                    

  Début 69, la deuxième série est mise en production. Mais l'Animographe (c'était le fragile prototype) avait rendu l'âme. Or il était d'usage, à l'époque de construire des prototypes rien que pour le plaisir. Après quoi ...!? On en revient donc à la technique de dessin animé traditionnelle, mais pour être fidèle au principe Shadok "pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué" on a conservé à cette deuxième série le "look" Animographe (couleur sur gélatine, éclairage par transparence notamment).
Dans ces trois séries l'esprit est resté le même. Elles furent conçues pour être vues au rythme d'un épisode par jour. Résumé des chapitres précédents, retour en arrière, rappels... sont monnaie courante.


                                                                                 
Source : http://www.bike70.com/1969TVpubShadoks.html