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lundi 4 novembre 2013

Sherlock Holmes

Au début, ça surprend : un Sherlock sans casquette qui met ses adversaires au tapis grâce à une version musclée de son célèbre sens de la déduction. Du grand n'importe quoi ? Au contraire : dans les romans d'Arthur Conan Doyle, Holmes ne porte jamais de casquette et affiche une élégance négligée, un peu bohème, exactement celle de Robert Downey Jr. dans le film. De plus, le locataire du 221b Baker Street est un athlète accompli qui pratique la boxe et la lutte japonaise : le baritsu... On se pince : le peu raffiné Guy Ritchie (Rock'n'rolla) serait le premier à nous montrer le légendaire détective sous son vrai jour ? Oui ! Le scénario, plutôt fin, obéit à l'esprit des romans : un mystère aux apparences ésotériques (méchant diabolique, morts surnaturelles) dont la solution est on ne peut plus rationnelle. Tout ça filmé à cent à l'heure dans un Londres victorien gothique : le smog, les pavés mouillés, même à grands coups de palette graphique, on adore ! Le grand atout du film reste la complicité gamine et indéfectible entre le détective, qui craque pour une garce (elle drogue son thé dès qu'il a le dos tourné !), et Watson, qui, lui, songe à se marier, à la grande fureur de son ami. Perdre son irremplaçable copain de jeu, inimaginable ! Ping-pong verbal et saillies british en pleine mitraille... Robert Downey Jr. fait de Sherlock un superhéros d'intelligence, aussi britannique qu'un Jeremy Irons, auquel il ressemble par moments. Jude Law, lui, est carrément le meilleur Watson jamais vu, emprunté, claudiquant... Grâce à eux, ce blockbuster récréatif a vraiment la classe...


       

    Joli succès au box-office, le revival de Sherlock Holmes engendre logiquement une suite, à l’époque déjà parfaitement préméditée puisque le final nous laissait présager une confrontation avec la célèbre Némésis du détective : le professeur Moriarty. Chose promise, chose due, Guy Ritchie remet donc le couvert avec une formule identique au précédent, gage d’un divertissement de qualité, à défaut d’être inoubliable. Des évènements violents et des scandales éclatent un peu partout dans le monde : en Inde un magnat est ruiné suite à un scandale, un trafiquant d’opium meurt en Chine, un baron de l’acier décède aux USA, des attentats surviennent à Strasbourg et à Vienne…tous ces évènements sont en apparence sans aucun lien mais notre bon Sherlock, lui, y voit la marque destructrice du maléfique professeur James Moriarty. Avec son fidèle associé Watson (tout juste marié à la belle Mary) le détective entame une grande partie d’échec avec le redoutable criminel, bien décidé à plonger le monde dans le chaos.




        

       Les adeptes du Sherlock déambulant tranquillement et résolvant ses enquêtes à coups d’ « élémentaire, mon cher Watson » peuvent une fois de plus passer leur chemin. Le (néo) détective de Baker Street est toujours aussi castagneur, déjanté (ses nouveaux accoutrements pour passer inaperçu rivalisent d’ingéniosité…ou pas), mais aussi pertinent et logique que précédemment. On est toutefois bien loin de l’image de Sir Arthur Conan Doyle ainsi que des autres adaptations cinématographiques, le rythme de ses enquêtes s’étant diamétralement énervé devant la caméra de Ritchie. On ne s’ennuie donc pas une seconde face à ce second opus bourré d’effets (les ralentis stylés règnent en maître) et de cascades, à tel point que ce bon vieux Sherlock passerait presque pour le John McClane du début de XXème. La comparaison est peut-être un peu forte, mais le voir frôler la mort plus d’une fois et revenir plus en forme que jamais dénature sans nul doute le personnage original.



      Quoiqu’il en soit, Ritchie a choisi sa voie et par la même occasion celui de son Sherlock, n’en déplaisent à ses détracteurs. Néanmoins, si Jude Law et Robert Downey Jr sont toujours aussi bons dans leurs rôles respectifs, la réelle plus-value de cette suite est bien Jared Harris (Dead Man, Ocean’s twelve, la série Mad Men) dans la peau de James Moriarty, un être malin comme le diable, affichant un charisme sombre ainsi qu’une personnalité double, s’imposant comme un ennemi de choix pour le célèbre détective. Le traitement appliqué à cet ennemi d’envergure, et l’affrontement entre les deux ennemis jurés pourrait presque convaincre les adeptes des anciens Sherlock Holmes, si l’épilogue ne venait pas gâcher l’issue de leur combat. Le réalisateur de Snatch a définitivement décidé d’éliminer toute ambiguïté à ses Sherlock pour en faire des divertissements purement festifs et rythmés, n’en déplaisent aux fans.

                            


       Un choix un peu triste mais judicieux, en tous cas calculateur, puisque ce Sherlock Holmes : jeu d’ombres devrait plaire au plus grand nombre et rapporter à son tour quelques jolis biftons à ses créateurs. Sherlock Holmes : jeu d’ombres conserve les qualités et les défauts de son prédécesseur : fun mais dépourvu d’ambiguïté, rythmé mais délaissant toute vraie trace de noirceur (si ce n’est esthétiquement, grâce à la belle photographie de Philippe Rousselot), il enfonce un peu plus la série dirigée par Guy Ritchie dans le divertissement stylé, et de qualité certes, mais ne prenant pas le moindre risque. Pas de chichis, on rit (un peu), on ne voit pas le temps passer, et on passe au final un bon moment, comme à l’époque pas si lointaine du premier opus.

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