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mardi 26 novembre 2013

Philip Marlowe au cinéma

Philip Marlowe est un personnage de détective privé, créé par Raymond Chandler, dans une série de romans policiers incluant Le Grand Sommeil. Il a été baptisé par son créateur en hommage au dramaturge élisabéthain Christopher Marlowe.
La première apparition de Marlowe a eu lieu dans une nouvelle appelée Finger Man, publiée en 1934. Dans cette première apparition, Chandler n’a pas encore développé son style caractéristique et Marlowe est difficile à distinguer des autres personnages de Chandler, comme Johnny Dalmas. De plus, contrairement aux romans suivants où Marlowe habite à Los Angeles, Finger Man se passe dans une ville fictive appelée San Angelo.
Le Grand Sommeil (The Big Sleep) est un film américain d'Howard Hawks sorti en 1946
« Vous cherchez ce que je cherche, et je cherche ce que vous cherchez... » marmonne Humphrey Bogart à une poupée en larmes. Nous aussi, on cherche un sens à cette intrigue, que Raymond Chandler lui-même ne savait pas expliquer. En voici tout de même quelques bribes : un élégant général retranché dans une serre à orchidées engage le détective Marlowe pour régler une fumeuse affaire. Le vieil homme est papa de deux araignées venimeuses qui vont prendre Marlowe dans leur toile... Dans le roman original de Chandler, la première remarque que Marlowe se prend dans les dents est : « Tall, aren't you ? » Traduction : « Vous êtes grand, n'est-ce pas ? » Dans le film, la réplique devient : « You're not very tall, are you ? » En français : « Vous n'êtes pas très grand, hein ? » Une sacrée preuve de l'admiration de Howard Hawks pour Humphrey Bogart, dont les adorables travers sont ici tous magnifiés : la carrure de jockey fatigué, le sourire narquois, la gorge tapissée de « clous de cercueil », comme il surnommait ses indispensables cigarettes...



            

L'acteur joue avec sa chère et tendre une belle partie de fléchettes verbales, dont la cible est très souvent sexuelle. Comment la censure de l'époque, si frileuse, a-t-elle pu laisser la discussion où Lauren Bacall reproche au détective de ne jamais passer à l'acte, pour s'entendre décliner une jolie confession métaphorique sur les chevaux de course ? Joyaux d'écriture, leurs échanges éblouissent aussi les yeux, comme dans un rêve où la nuit serait baignée de lumière. — Marine Landrot
Le personnage de Marlowe est typique de ce genre de roman noir initié par Dashiell Hammett et le magazine Black Mask dans les années 1920 où le détective privé est un observateur cynique et pessimiste d’une société corrompue. Toutefois, l’attrait durable de Marlowe (et d’autres « durs à cuire » comme le Sam Spade de Hammett) tient dans leur idéalisme terni.


                                

Sous des dehors de détective bagarreur, cynique, fripé et imbibé, Philip Marlowe est souvent contemplatif et philosophe. Il apprécie les échecs et la poésie, écoute des concerti de Bartók, est fasciné (dans The Long Goodbye) par le romancier Roger Wade. Lorsqu'il n'a pas d'autre possibilité, il lui arrive d'utiliser la violence pour atteindre son but. La corruption généralisée de la société californienne des années 40, tout particulièrement celle des politiciens et des policiers, l’écœure profondément. Moralement intègre, il ne se laisse pas embobiner par les habituelles femmes fatales, comme Carmen Sternwood dans Le Grand Sommeil. Comme l’écrit Chandler à propos de son détective, « Je pense qu’il peut séduire une duchesse et je suis quasiment sûr qu’il ne toucherait pas à une vierge ».
Philip Marlowe est le héros de tous les romans publiés par Chandler et de cinq nouvelles, dont une seule, Le Crayon, a été rédigée après la publication des romans.
Même sans être le remake du remarquable Le grand sommeil d’Howard Hawks, cette version de Michael Winner paraîtrait bien fade, techniquement irréprochable mais sans l’étincelle nécessaire. L’histoire originale de Raymond Chandler est, on le sait, compliquée à souhait, certainement l’une des plus absconses des films noirs et cette version, tout en la respectant à la lettre, la rend presque trop compréhensible. A l’univers nocturne et sombre de Hawks, Winner oppose la clarté et la netteté d’un univers anglais : tout y semble propre… en apparence du moins. 


   
                
Robert Mitchum, qui avait déjà interprété Marlowe dans un autre remake quelques années auparavant Adieu Ma Jolie, lui donne un style rigide, un roc inébranlable certes toujours incorruptible mais bien moins humain que Bogart (oui, il est difficile de ne pas chercher à comparer, c’est le lot des remakes). Les personnages féminins sont plus neutres ; il ne se passe rien entre Sarah Miles et Mitchum. Il manque la magie, l'ambiguité, l’atmosphère électrique. Ce Grand Sommeil se laisse néanmoins regarder sans déplaisir mais on peut s’interroger sur cet entêtement des studios à toujours vouloir refaire ce qui était quasiment parfait…
Au cinéma ou à la télévision, Marlowe a été successivement incarné par Dick Powell, Humphrey Bogart, Robert Montgomery, George Montgomery, Zachary Scott, Philip Carey, Edward Judd, James Garner, Elliott Gould, Robert Mitchum, David Garrison, Powers Boothe, Danny Glover, James Caan, Tomas Hanak et Jason O'Mara. Les incarnations de Bogart et Mitchum sont demeurées tout particulièrement célèbres.
Marlowe est un personnage si complexe et attrayant qu’il est apparu dans les romans et les nouvelles d’autres écrivains que Raymond Chandler.


                                       

The Long Goodbye fait partie de ce "revival" du film noir auquel on assista dans les années 70. Bien sûr la donne avait changé, le contexte global (mondial) et local (Hollywood) conditionnant profondément l’esthétique de ces polars amers qui reprirent la figure du privé à leur compte. La Fugue (Night Moves) d’Arthur Penn, The Drowning Pool (La Toile d’araignée) de Stuart Rosenberg et une poignée d’autres films incandescents distillèrent leur humeur noire dans une indifférence quasi générale. Dommage car  au même titre que leurs glorieux aînés, ces films noirs méritent une attention toute particulière.
Mais j’entends déjà les protestations du lectorat : « Quoi ?! The Long Goodbye… Et nulle trace de The Big Sleep !!!! ». « Ah, encore un qui n’a jamais lu du Raymond Chandler ! », etc... Il est vrai que le film de Robert Altman a provoqué un vif émoi lors de sa sortie, s’attirant notamment les foudres des aficionados de Chandler (dont je suis, d’ailleurs). Difficile pourtant de tenir rigueur à Altman et à sa scénariste - la regrettée Leigh Brackett, ex-collaboratrice de Hawks... pour The Big Sleep notamment - tant The Long Goodbye tient de l’adaptation miraculeuse. Adaptation au sens strict du terme d’ailleurs, puisque le projet consiste à prendre un personnage très marqué culturellement, en l’occurrence le mythique détective Philip Marlowe, et à le projeter dans un contexte particulier : le Los Angeles du début des années 70.

En situant l’action dépeinte dans le roman originel (The Long Goodbye donc, dont je ne saurais trop recommander la lecture) dans une période contemporaine au tournage (le film date de 1973), les auteurs ont réussi a éviter le piège de l’académisme, quitte à choquer les adeptes de la fidélité à toute épreuve. 




   
   
         
Tel un jazzman de la "West Coast" qui s’approprierait sans vergogne un standard des années trente pour en donner une version fortement personnelle, Robert Altman n’hésite pas à malmener Marlowe, l’incontournable figure de la littérature "noire" devenue, avec le temps, une icône cinématographique. La métaphore mélomane ne paraît pas exagérée tant Altman peut être considéré comme un cinéaste musical. Après tout n’est-il pas un des grands spécialistes du film "choral" ? Amateur éclairé de jazz, auditeur attentif du monde environnant, il soigne particulièrement la dimension sonore de ses films, un aspect de son travail trop souvent négligé par la critique, au profit de son savoir-faire scénographique (bien réel).


               

Pourtant tout le long du film qui nous préoccupe ici, la bande-son décline de nombreuses variations de la chanson The Long Goodbye, comme pour illustrer, non sans malice, la teneur du projet. Les dialogues, eux, fusent sur un rythme d’enfer, tandis qu’une caméra constamment mobile suit les faits et gestes d’un privé swinguant, superbement incarné par le charismatique Elliott Gould (un habitué du cinéma d’Atlman qui promènera d’ailleurs sa dégaine nonchalante dans son film suivant, le méconnu, mais tout aussi indispensable, California Split). Si au début l’air paraît nonchalant, il se fait entraînant, avant que la mélodie ne prenne un tour mélancolique. Car au-delà de son aspect sophistiqué, vaguement dandy, The Long Goodbye pose quelques questions essentielles et douloureuses.


               


Nous sommes en 1973, les idéaux des années soixante se sont pris la guerre du Vietnam de plein fouet. La société change, elle devient plus cynique, impitoyable même. Robert Altman filme un Los Angeles ou coexistent quelques rescapés des décennies précédentes (l’écrivain alcoolique campé par Sterling Hayden, les voisines babas de Marlowe, Marlowe lui-même et son code d’honneur périmé) et les nouveaux cyniques d’une société déphasée. Le portrait est acerbe, mais jamais dénué d’humour ni de fantaisie (la vision de ce brave Arnold Schwarzenegger arborant un slip "moule-burnes"’ de très bon goût risque d’ailleurs de marquer les esprits durablement).
Quand au final éblouissant, qui fit s’étouffer une bonne partie des "chandleriens" évoqués plus haut, il enfonce le clou définitivement, condamnant sans appel une époque et une société déliquescentes, obligeant ses héros à ranger leur éthique surfaite au placard pour espérer survivre.
Les temps changent… et les héros avec. "It’s ok with me" dirait le Philip Marlowe version seventies, comme pour se convaincre que tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes.
Milton Lesser a pris le pseudonyme de Stephen Marlowe en hommage à Chandler et son personnage et un jeune écrivain italien, Mauro Caliendo, a adopté le pseudonyme "Philip Marlowe" pour signer certaines de ses premières œuvres.
Source : Wiki

1 commentaire:

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