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vendredi 22 novembre 2013

Micheline Presle


Micheline Presle, de son vrai nom Micheline Nicole Julia Émilienne Chassagne, née le 22 août 1922 à Paris, est une actrice française.
Pour les habitants de la Rive gauche à Paris, sa silhouette est familière. La chevelure blonde, vêtue de clair, un sac en bandoulière, c'est une femme simple et élégante qui traverse le carrefour de l'Odéon. Un Pariscope sous le bras, elle se dirige vers un cinéma pour ne pas manquer la première séance du mercredi à 14 heures.
Micheline Presle a fêté ses 90 ans le 22 août, et la passion de son métier est intacte, que ce soit pour jouer ou être spectatrice. Ce qu'elle aime, c'est la découverte. "J'ai la chance de vivre au milieu des salles de cinéma. C'est ma joie de découvrir des films, des réalisateurs. Cet enthousiasme ne m'a jamais quittée. Ce qui m'intéresse, c'est la rencontre avec l'univers d'un metteur en scène. Évidemment, à mon âge, je ne peux jouer que les vieilles dames, mais si c'est pour être une grand-mère gentille, ça ne m'intéresse pas. Tout est dans la manière de traiter un sujet ou de montrer un personnage."
Micheline Presle est justement la grand-mère dans le premier film d'Hugo Gélin, Comme des frères, présenté en avant-première le week-end dernier au festival d'Angoulême. "Le réalisateur est le petit-fils de Daniel Gélin et Danièle Delorme, et le fils de Xavier. C'est une histoire d'amitié contrariée entre trois hommes qui se souviennent d'une promesse qu'ils n'ont jamais tenue."


            

            



L'originalité de l'actrice est sa capacité à répondre aux jeunes réalisateurs qui la sollicitent, comme Guy Gilles ou Claude d'Anna. Il faut revoir Certaines nouvelles, de Jacques Davila, un film bouleversant sur fond de guerre d'Algérie. Micheline Presle est toujours dans le mouvement et dans les projets. Elle ne regarde pas en arrière, sauf peut-être pour regretter que l'on ne puisse plus tourner en noir et blanc : "Ce n'est pas par passéisme, mais parce que le rêve et la magie surgissent immédiatement sur l'écran. De nombreux réalisateurs voudraient pouvoir l'utiliser mais ne le peuvent plus, parce que la télévison ne voudrait pas diffuser leurs films." The Artist est la rare exception qui confirme la règle.
Il y a ceux qui la reconnaissent dans la rue et ceux qui ne savent pas qu'ils croisent l'une des plus grandes actrices du cinéma français. En plus de cent films, plusieurs générations ont grandi avec ce beau visage et cette voix inimitable. Elle n'a jamais cessé de tourner depuis soixante-quinze ans.
C'est un vrai bonheur de la voir à l'écran, qu'il soit petit ou grand. Les jeunes gens nés dans les années 60 l'ont adoptée avec Les Saintes chéries de Jean Becker, une série-culte où elle était l'épouse de Daniel Gélin qu'elle appelait "mon minet". Ce fut l'une des premières actrices de cinéma à accepter de travailler pour la télévision. Ces enfants de la télé se rendirent compte plus tard que leur héroïne était surtout une étoile du 7e art : Micheline Presle a tourné avec les plus grands réalisateurs avant et après la guerre.



                                         


Un premier rôle à 15 ans, une apparition au côté de Charles Trenet dans Je chante à 16... Mais c'est avec Georg Wilhelm Pabst que tout démarre avec Jeunes filles en détresse. Elle est alors Jacqueline Presle et trouve son nom de scène grâce à son partenaire André Luguet.



                      
Grâce à la magie de des films en noir et blanc disponibles en DVD, notre époque réputée amnésique a désormais accès à toute cette mémoire du cinéma. Et quelle mémoire en ce qui concerne Micheline ! Que de chefs-d'oeuvre ! Du Paradis perdu d'Abel Gance à Félicie Nanteuil de Marc Allégret. De Boule de suif de Christian-Jaque à La Locomotive du bonheur de Marcel L'Herbier, elle illumine l'écran. Elle rayonne dans Falbalas de Jacques Becker, responsable en partie de la vocation du couturier Jean Paul Gaultier.
Elle est la première des actrices françaises à choisir son scénario, son metteur en scène et ses partenaires. C'est ainsi qu'elle souhaite être la partenaire de Gérard Philipe dans Le Diable au corps de Claude Autant-Lara. Le couple restera inoubliable. Après la guerre, Micheline Presle tentera l'aventure hollywoodienne comme Michèle Morgan. Elles auront le même mari, l'acteur William Marshall, avec qui elle aura une fille, la réalisatrice Tonie Marshall.
Outre-Atlantique l'aventure tourne court. Elle travaille avec Tyrone Power et Errol Flynn, puis elle revient en France. Après guerre, la star un peu oubliée dans son pays fait quelques films en Italie, dont L'Assassin, avec Marcello Mastroianni, ressorti cet été dans les cinémas d'art et essai. Jean Delannoy lui offre l'un de ses plus beaux rôles comiques avec le personnage de Perle Germain-Joubert dans Le Baron de l'écluse, avec Jean Gabin.





    


                       


Micheline Presle est une légende. Il n'en reste que trois de cette génération : Danielle Darrieux, Michèle Morgan et elle. Quelle affiche ce serait de les voir ensemble au théâtre ! Mais ne rêvons pas, Micheline ne veut plus être sur scène, Danielle et Michèle non plus, d'ailleurs. On se prend à rêver tout de même d'un film où elles seraient réunies toutes les trois. Elles pourraient être soeurs, car elle sont complices dans la vie. On se souvient de ce 20 décembre 2007 où Frédéric Taddéi eut la merveilleuse idée de les réunir sur le plateau de Ce soir ou jamais. Les cinéphiles de toute la France lui rendent aujourd'hui un hommage émouvant pour ses 90 ans. L'association Souvenance de cinéphiles, animée par Jean-Louis Milla dans le Midi, a rassemblé des lettres de toute la profession. Des témoignages d'une profonde affection de celles et ceux qui ont tourné avec elle. Alain Delon lui écrit tout simplement : "Merci d'exister, merci d'être là."
Micheline Presle a passé l'été à la campagne, dans sa maison au bord de la Seine. Dans quelques jours, elle retrouvera le Paris qu'elle aime et son jardin du Luxembourg. Elle marchera cet automne dans la ville, prendra le métro. Un voyageur poli lui tiendra la porte et lui dira son admiration. Elle répondra par un sourire.

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