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lundi 4 novembre 2013

olivia de havilland

En 1940, l'association Michael Curtiz / Errol Flynn étincelle de tous ses feux, malgré les relations de travail difficiles entre les deux hommes, et le public en réclame sans cesse. Et bien soit, il y aura cette année-là trois films puissants : La Caravane héroïque, L’Aigle des mers, sans aucun doute le plus beau, et La Piste de Santa Fe. Après Les Conquérants, gros western budgété au récit voué à l'action totale, Michael Curtiz réalise un bien meilleur film, montrant une Amérique aux portes de la guerre de Sécession, s'enfonçant de plus en plus dans la nuit. Cet épisode de la guerre civile, situé chronologiquement entre 1861 et 1865, a durement traumatisé les États-Unis qui ne s'en sont jamais réellement remis à l'intérieur même de leurs frontières. Et cela a nourri la substance de beaucoup de westerns (chez Ford, Walsh, Curtiz...), qui en ont fait un sujet délicat et souvent sensible. A n'en pas douter, La Piste de Santa Fe fait partie des meilleurs westerns dédiés à cet affrontement fratricide. Son originalité provient de son imprégnation dans le temps : l'histoire se passe avant la guerre, vraisemblablement entre 1856 et 1859. Mais pas seulement, car les thèmes déployés y trouvent une résonance particulière, parfois prophétique, souvent biblique, toujours subtile. Bien souvent, Curtiz brouille les repères et le spectateur s'interroge : Qui sont vraiment les bons ? Qui sont vraiment les méchants ? Il n'y en a pas, tout simplement. D'un côté, l'armée sert une administration aveugle et totalitaire ; elle fait son métier, ce pour quoi elle est payée. Accessoirement, elle traque un meurtrier. De l'autre côté, John Brown. Ce meurtrier est un anti-esclavagiste, militant au péril de sa vie contre l'asservissement des Noirs, mais il se couvre de sang, perdant la raison au point de perdre son humanité. Il est bien difficile de s'y retrouver, même si le réalisateur nous amène ensuite facilement vers le schéma classique « bons/méchants ». Car finalement, Errol Flynn et ses amis, tous d'excellents officiers, se débarrasseront de cette crapule grâce à une traque de plusieurs mois.


          


Les Noirs eux-mêmes doutent parfois de l'engagement de John Brown, ce questionnement étant en outre personnalisé par la famille réfugiée dans la grange et qui demeure cachée. L'ensemble est parfois un peu grossier, surtout concernant le traitement des Noirs à l'écran, mais possède une force peu commune dans le cinéma hollywoodien de cette époque. Un sacré chemin semble avoir été fait sur les écrans depuis l'immense mais ultra-raciste Naissance d'une nation en 1915. En ces lieux, pas question de simplisme, tout est finement amené, quoiqu'un peu rapidement en certaines circonstances. Les dialogues entre les personnages sont souvent bien construits, dessinant leurs personnalités autour de cette question de la désunion des États et du racisme du sud. Michael Curtiz montre déjà très nettement les dysfonctionnements de la nation, en présentant des populations qui refusent l'aide de l'armée. L'armée représente l'État, l'administration, tout ce que déteste le Sud qui est, pour sa part, dirigé par de riches familles bourgeoises refusant l'autorité.


                                         


Ne voit-on pas aussi un riche propriétaire malmener un officier dans son bureau administratif en le traitant d'imbécile ? Cette atmosphère tendue, le film la rend férocement, également dans sa photographie composée en clairs obscurs et qui s'assombrit de plus en plus au fur et à mesure qu’avance le film, ouvrant cette histoire par des séquences ensoleillées et la terminant par des plans nuageux et menaçants. Régulièrement parasitée par les violents discours totalement boursouflés et irréalistes de John Brown, la bonne humeur déployée par le groupe de camarades de West Point est mise à rude épreuve, jusque dans une séquence annonciatrice dans laquelle une Indienne prédit l'avenir du groupe, glorifié par des actions d'éclats, mais désunis par la guerre civile. Et si ces jeunes officiers en rient, croyant plutôt en une farce folklorique, le spectateur, lui, rétrospectivement au courant des évènements historiques, ne peut que s'en désespérer et en éprouver quelque malaise.


                                         


Mais avant toute chose, Michael Curtiz est surtout un très grand technicien. Il le démontre encore par l'exemple, en multipliant les scènes d'action avec une dextérité quasiment unique à l’époque. Sous l'œil de sa caméra rompue à tous les genres, il filme son histoire avec précision et concision, la rendant plus intéressante que touchante. Car il y a effectivement moins d'émotion que de rythme. Une fois encore perfectionniste, jusqu’au-boutiste, il dirige notamment deux séquences d'anthologie. Tout d'abord, le siège de la grange, avec un Errol Flynn pris au piège, est un instant qui prouve la maîtrise totale de l'espace par le metteur en scène, aussi bien du point de vue de l'intérieur que de l'extérieur. Puis vient surtout la dernière scène d'attaque finale, le siège d'un dépôt de munitions à Harpers Ferry, pour lequel le réalisateur déploie tout son génie : montage extrêmement rigoureux, plans d'assaut très variés, mouvements de caméra complexes, grand nombre de figurants, tirs de boulets de canons, affrontements au corps à corps... La scène, longue et dense, est un grand moment de cinéma à part entière.


                                         


Côté distribution, Ronald Reagan interprète un George Armstrong Custer très sympathique mais relativement oubliable, surtout comparé à la performance toute entière du film de Raoul Walsh l'année suivante : They Died With Their Boots On. Et l'on retrouve une nouvelle fois Alan Hale en cow-boy roublard, efficace, fiable, ventripotent et drôle. Son interprétation, ici sous-employée, demeure encore une fois pleine d'énergie. Raymond Massey est un excellent John Brown, visiblement habité par son rôle qu'il a pris très au sérieux. Bien sûr, le couple vedette est toujours là, rayonnant et apportant tout son glamour au film. Olivia De Havilland est pétillante, fraiche, merveilleusement jolie, et fait preuve d'un étonnant naturel dans son jeu (plus qu'auparavant). Sanglé dans son bel uniforme, Errol Flynn est toujours aussi à l'aise dans l'action et dans la comédie, sans oublier une justesse remarquable dans les moments plus dramatiques. Superbement filmé par Michael Curtiz, l'acteur sert le récit plus qu'il ne le transcende, contrairement à Walsh qui lui offrira, dès leur première collaboration, l'écrin parfait pour y imposer une interprétation miraculeuse. Moins grandiose que dans L’Aigle des mers et Captain Blood, mais aussi plus à l'aise que dans La Charge de la brigade légère et La Vie privée d’Elizabeth d’Angleterre (où Flynn y était excellent, mais légèrement trop raide), la star est ici parfaitement à sa place.


                                         


En résumé, voilà un très beau western, sublimé par une thématique difficile et une fin aux accents tragiques, montrant John Brown sur l'échafaud et mettant implicitement en scène le début des vraies hostilités entre le Nord et le Sud. Olivia De Havilland aura d'ailleurs une réplique prédicatrice, persuadée d'avoir vu là quelque-chose de terrible... Une fin en suspens quasi-brechtienne. Après cela, difficile de croire que le happy end complètement inutile et hors contexte (durant à peine une demi-minute) n'ait pas été rendu obligatoire par le souhait de la Warner, certainement inquiète de la noirceur inattendue du film. Bouclant un triptyque westernien en perpétuel renouvellement artistique entamé avec Les Conquérants, rutilant et grand public, et continué avec La Caravane héroïque, aussi radieux qu’étonnant, le duo miraculeux Curtiz / Flynn s'offre ici définitivement un western adulte et accompli, âpre et sombre, et qui démontre encore et toujours leur puissance d’attraction sur le public. Source : http://www.dvdclassik.com/critique/la-piste-de-santa-fe-curtiz


                             


La Fosse aux serpents eut un formidable retentissement en son temps puisque ce fut le premier film d’envergure à aborder de front, et en tant que sujet principal, le thème délicat de la folie. Il fit donc sensation tant auprès de la critique que du public et fut même, modestement, un objet de scandale tant le scénario était audacieux pour l’époque. Alfred Hitchcock avec Spellbound et Fritz Lang avec Le Secret derrière la porte avaient préalablement défriché le terrain mais ils avaient tous deux abordé la psychanalyse par l’intermédiaire du thriller psychologique. Lorsqu’Anatole Litvak propose au ponte de la Fox, Darryl F. Zanuck, de porter à l’écran le roman autobiographique de Mary Jane Ward, écrivain ayant passé sept ans dans un asile psychiatrique, le producteur accepte le jour même car la psychanalyse était alors à la mode, et que jamais film ne s’était penché directement sur la question. Trois psychiatres furent de la partie pour conseiller le cinéaste et ses scénaristes, ces derniers allant même passer trois mois dans un asile pour observer les malades. Les acteurs eurent à se documenter sur ce ‘microcosme’ et Olivia De Havilland rencontra même une schizophrène, dont les problèmes et les relations avec son médecin étaient à peu près les mêmes que celui de son personnage dans le film.
Bref, le sérieux était de rigueur dans la préparation de cette œuvre qui raconte l’histoire d’une jeune mariée qui, victime d’une dépression nerveuse, perd la notion du temps et ne reconnaît même plus son époux. 


   

Internée dans un hôpital psychiatrique, elle est suivie par le docteur Kik qui, après les traditionnels électrochocs, décide de la soigner autrement, en essayant de la faire parler pour lui faire retrouver la mémoire et découvrir d’où vient son traumatisme... Si techniquement, Litvak est un cinéaste consciencieux et très professionnel, sa mise en scène demeure bien trop sage, et son film un brin poussiéreux a du mal à nous passionner encore aujourd’hui. Même s’il se suit sans spécialement nous ennuyer, il ne nous convainc non plus jamais vraiment. Voulant courir trop de lièvres à la fois sans en approfondir aucun, survolant superficiellement l’évolution d’une cure psychiatrique, les relations de la patiente et de son docteur, la description d’un asile, etc., Litvak finit par plus ou moins échouer sur tous les tableaux. Rien de déshonorant cependant ; l’ensemble est intéressant et les interprètes (Olivia de Havilland en tête même s’il est permis de la préférer dans ses rôles plus légers aux côtés d’Errol Flynn) font bien leur travail. Mais, faute aussi à une construction pataude abusant de flash-back et de voix off, le courant ne passe pas vraiment. 


                              

Là où l’atmosphère aurait mérité de se faire dense et étouffante, l’académisme ambiant nous la rend juste un peu terne et au final, nous avons du mal à ressentir de l’empathie pour les différents personnages. Reste une image marquante, le fameux travelling montant en plongée sur la salle d’hôpital se transformant en la fosse aux serpents du titre. Réputé pour avoir été, en 1948, la toute approche cinématographique du sujet délicat de la psychanalyse freudienne La Fosse aux serpents, directement adaptée de l’autobiographie de Mary Jane Ward, une ancienne internée en asile psychiatrique, est restée une œuvre dont le réalisme, apporté tant par cette source forcément bien documentée que par l’interprétation troublante d’Olivia de Havilland, accentue considérablement le potentiel mélodramatique. Même si son scénario reste très littéraire dans son développement assez succinct des relations entre les personnages (élément qui aurait fait du film une magnifique fable humaniste), c’est dans la façon dont sont traités les variations de l’état de santé mental de Virginia et les soins qui lui sont apportés, avec notamment ses conversations avec son psy qui permettent de justifier des scènes de flashbacks touchants, que se créée une réelle empathie envers elle, elle-même source d’un profond suspense émotionnel. Mais la virtuosité de la mise en scène d’Anatole Litvak permet au long-métrage de ne pas être qu’un simple thriller médical puisque le point de vue altérée qu’a cette schizophrène de cet asile se transforme à l’image en un huis-clos oppressant illustrant son sentiment d’étouffement ainsi qu'en des scènes bien plus lyriques appuyant le message plein d'espoir de la conclusion. Source : http://www.dvdclassik.com/critique/la-fosse-aux-serpents-litvak

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