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mardi 12 novembre 2013

Hugo Cabret


Dans le Paris des années 30, le jeune Hugo est un orphelin de douze ans qui vit dans une gare. Son passé est un mystère et son destin une énigme. De son père, il ne lui reste qu'un étrange automate dont il cherche la clé - en forme de coeur - qui pourrait le faire fonctionner. En rencontrant Isabelle, il a peut-être trouvé la clé,    mais ce n'est que le        début de l'aventure…
Adapté du livre pour enfants de Brian Selznick, le film raconte l'histoire d'un jeune orphelin qui survit dans une gare parisienne. Réparant les horloges pour ne pas faire remarquer que son oncle a disparu et pour pouvoir continuer à vivre dans son refuge, il vit principalement du vol. Bien que le livre pointait déjà cet aspect, Martin Scorsese est parvenu à cerner la terrible solitude de Hugo. Il est poignant de voir comment le cinéaste fait passer ce sentiment à l'écran. Le rêve de réparer l'automate laissé par son père est la seule chose qui lui permet de survivre. A travers cet automate, Hugo cherche à briser la solitude et à retrouver une famille. La famille est l'un des thèmes centraux du film. En effet, Isabelle l'amie de Hugo est elle aussi orpheline. Dans un sens, son parrain George est aussi orphelin. Nous verrons plus tard pour quelle raison. L'on voit que l'inspecteur de la gare est habitué à attraper des orphelins pour les envoyer dans des orphelinats, ce qui témoigne d'une certaine réalité sociale de l'époque. La grande guerre (1914-1918) a traumatisé les populations et a amputé à des milliers de personnes un être cher, une raison de vivre. Après ces atrocités, le temps n'était plus aux rêves et la Grande Dépression des années 1930 commençait à faire des ravages. Ainsi, l'inspecteur de la gare a bien du mal à sourire. Globalement, tous les personnages se sentent seuls. C'est le secret de l'automate qui va tous les réunir.




                           



Le film insiste sur l'importance des mécanismes pour Hugo. En mécanique, tous les éléments ont tous une fonction précise. Tous permettent le bon fonctionnement d'un objet. C'est d'ailleurs le discours que tient Hugo. Le petit garçon a la même vision de la vie. Chaque personne a un rôle à remplir.



             
George Meliès est aussi un homme brisé. Après avoir connu le succès, il a tenté d'oublier son passé glorieux après que le monde entier l'ait oublié.
Brian Selznick était déjà parvenu à entrelacer les différentes histoires de manière brillante. Scorsese ne trahit pas l'œuvre de l'auteur. Le réalisateur s'intéresse aux personnages secondaires, leur donne une vie et des habitudes ce qui contribue à rendre cette gare parisienne vivante. Notons tout particulièrement le soin qui a été accordé au développement du personnage de l'inspecteur de la gare interprété par Sacha Baron Cohen.


                                  




On le savait, Scorsese est un féru de cinéma. Avec Hugo Cabret, il raconte les débuts du cinéma, trop souvent oubliés voire méprisés. L'histoire de George Meliès est l'allégorie des débuts du septième art. Scorsese réhabilite le cinéma de George Meliès, ce magicien qui a inventé les effets spéciaux. Qui s'en souvient aujourd'hui ? Hugo Cabret rappelle ou apprend aux spectateurs que le cinéma est un art en constante évolution et que les films n'ont pas toujours été ce qu'ils sont aujourd'hui. Art modeste et magique, les films de cinéma émerveillaient le public. Avec Hugo Cabret, Scorsese nous invite à réfléchir sur la fonction du cinéma. Pourquoi allons-nous au cinéma aujourd'hui ? Est-ce encore pour rêver ? Que voulons-nous vraiment voir ?


                       



George Meliès était un magicien qui prenait un vrai plaisir à créer et à émerveiller son public. Qu'en reste-t-il aujourd'hui ? L'on compte sur les doigts d'une main les réalisateurs passionnés de cinéma. Scorsese en fait partie.
Scorsese utilise la 3D d'une manière incroyable qui sublime le film. La 3D permet au réalisateur d'origine sicilienne de faire un parallèle entre les différentes évolutions techniques cinématographiques. Les films ont d'abord été en noir et blanc, muets, puis musicaux et enfin en couleur. En se remettant dans  le contexte de l'époque, les effets spéciaux de George Meliès sont équivalents aux prouesses technologiques les plus récentes.


                         



Le parallèle avec la 3D popularisée par Avatar de James Cameron. est d'autant plus intéressant. Nous sommes actuellement en train de vivre une évolution technologique tout comme l'ont vécu les spectateurs à la fin des années 1920 avec l'arrivée du parlant.
Comme dans le livre, Scorsese tente de faire comprendre aux spectateurs modernes ce que les premiers spectateurs ont pu ressentir en voyant les images s'animer sur grand écran. C'est pour cette raison que plusieurs scènes se font écho. L'on pense notamment aux scènes montrant un train déraillant. Ce train qui déraille fait directement référence aux réactions qu'on eu la plupart des spectateurs en voyant L'Arrivée du train en gare de La Ciotat (1896) des frères Lumières. En effet, les spectateurs étaient effrayés et pensaient que le train  allait sortir de l'écran pour les écraser. Aujourd'hui, les lunettes 3D permettent réellement de voir le train sortir de l'écran.



Comme l'a dit Scorsese dans plusieurs interviews, le réalisateur s'est reconnu dans le personnage de Hugo, ce petit garçon entêté qui va permettre de faire redécouvrir le grand George Meliès. Scorsese a fondé la World Cinema Foundation et préside la Film Foundation, deux associations qui travaillent à la restauration et à la préservation des films. Avec la sortie cette année de The Artist de Michel Hazanavicius, il est peut-être temps pour les spectateurs mais aussi pour les réalisateurs de reconsidérer l'héritage cinématographique et par conséquent l'évolution technologique.




Ceux qui ont eu la chance de lire le roman de Brian Selznick seront stupéfaits de voir à quel point le réalisateur a tenu à rester fidèle à l'œuvre  originale. Le livre de Brian Selznick est particulièrement ludique et joue sur les images. Ainsi, lorsque le lecteur tourne les images, ces dernières  s'animent. Scorsese a reproduit cet effet à l'écran au tout début du film lorsque George Meliès feuillette le carnet de Hugo. Lorsque l'on a lu le livre, l'on est saisi par la fidélité avec laquelle Scorsese a reproduit les effets visuels. Certains dessins présents dans le livre s'animent littéralement sous nos yeux et c'est peut-être bien ça la magie !



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