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mardi 5 novembre 2013

Easy Rider





Il en parle à son copain Dennis Hopper qui saute sur l’occasion pour passer à la réalisation, vieille ambition qui s’est toujours fracassée sur la méfiance des producteurs échaudés par les frasques de l’acteur, banni d’Hollywood pendant huit ans après s’être fâché avec les gens qu’il ne fallait pas. L’affaire commence très mal.


 
  
           


Le synopsis, écrit par Peter et Dennis avec le concours du scénariste Terry Southern, n’intéresse personne. Seul Sam Arkoff, d’American International Pictures, accepte de s’intéresser au projet mais son réalisateur vedette, Roger Corman, n’y croit pas. Après plusieurs semaines d’atermoiements, l’argent est avancé par Fonda et un de leurs amis, Bert Schneider, jeune producteur qui veut secouer le cocotier et se sortir des émissions télé dans lesquelles il se sent coincé. Le début du tournage est franchement un calvaire. A La Nouvelle Orléans, pendant mardi gras, l’équipe filme tout et n’importe quoi. L’absence de chef opérateur fait que la moitié des images sont inutilisables. Surtout, l’ambiance est délétère avec, comme point culminant, une crise paranoïaque de Hopper qui oublie qu’il faut filmer la grande parade.



Au retour à Los Angeles, le projet manque d’être abandonné tant les tensions ont été vives mais, par miracle, et surtout grâce à l’obstination de Hopper, le vrai tournage commence entre la Lousiane, le Nouveau-Mexique et les environs de Los Angeles, tout en décors naturels. Hopper donne finalement carte blanche à Lazlo Kovacs, un chef opérateur hongrois qui fait des miracles avec des bouts de ficelle. C’est lui, par exemple, qui transforme une vieille Chevrolet en voiture-caméra, la lestant de sacs de sable pour éviter les vibrations. Trente ans après le tournage, Kovacs racontait que sans les repérages de l’acteur-réalisateur, le film aurait été sans intérêt.Sur la route, pendant les douze semaines du tournage, l’ambiance est plus détendue. La consommation massive de marijuana y est sans doute pour quelque chose, comme dans cette scène de feu de camp où il ne fait aucun doute que les dialogues entre les trois acteurs, Fonda, Hopper et Jack Nicholson doivent beaucoup aux substances qu’ils absorbent devant les yeux des spectateurs. De même, il est possible que le brouillard enbrumant les esprits soit responsable de l’oubli d’une scène, la plus célèbre, quand Fonda dit : «On a tout fait foirer», prémonition de l’autodestruction de l’Amérique. Elle sera tournée bien plus tard, près de Los Angeles.


                         

Beaucoup plus ici : http://www.cinematheque.fr/fr/dans-salles/rencontres-conferences/espace-videos/easy-rider-routes-paradoxales-nouvel-hollywood,th,73,v,112.html


Les gros ennuis commencent véritablement avec le montage. Tandis que les disputes sur la paternité du scénario battent leur plein, Hopper s’entête à charcuter tout seul les dizaines d’heures de rushes. Pendant des mois, il dort avec les bobines, refuse que quiconque y touche, se perd lui-même dans ses différentes versions. Bob Rafelson, cinéaste et ami proche de Dennis, lui demande s’il veut un coup de main et découvre l’ampleur des dégâts. Au visionnage de la première version de quatre heures trente, Rafelson dit : «Dennis est le plus mauvais monteur de l’histoire du cinéma.» Finalement, Bert Schneider réussit à éloigner Hopper de la table de montage en lui faisant prendre des vacances. Pendant ce temps, il fait éditer une nouvelle version par un jeune homme de la Columbia. Une version de quatre-vingt-quatorze minutes à laquelle Hopper, ulcéré, ne changera pourtant rien. Pour se venger, Hopper fait échouer un projet de donner à Crosby, Stills and Nash le soin de faire la musique du film. C’est en tout cas ce que raconte Biskind. Le film obtient le prix de la critique au festival de Cannes en 1970 et sort l’été suivant aux Etats-Unis. En quelques semaines, il rapporte plus de 20 millions de dollars pour un budget de 500 000 dollars. Dennis Hopper vient d’inventer le cinéma indépendant américain et n’en tirera aucun autre bénéfice.


                                        


Pour apprécier pleinement Easy rider, il convient d’oublier tout ce que vous avez toujours cru savoir à son sujet, sans même peut-être avoir osé demander à voir le film pour vérifier sur pièces. Or, sa réapparition aujourd’hui sur les écrans permet de constater avec quelle netteté s’impose l’évidence que le premier long métrage de Dennis Hopper possède une force de captation saisissante, et vaut sans conteste beaucoup mieux que le statut infiniment galvaudé de film culte d’une génération. Commettrait d’ailleurs un contre-sens manifeste celui qui s’ingénierait, recul
du temps oblige, à resituer Easy rider dans un contexte historique dont à l’époque déjà il n’aspirait qu’à sortir ­ et plutôt mort que rendu. Il faut donc clamer ici qu’Easy rider n’est pas un tribut béat payé au pouvoir de la fleur ni une défense et illustration chatoyante du credo baba cool ("Faisons pousser de l’herbe, roulons-nous nus dedans, fumons-la et puis recommençons") alors à son apogée.


                                                                              


Témoignant d’une foncière indépendance d’esprit, Hopper affiche au contraire un scepticisme certain face à cette utopie collectiviste au poil long ­ scepticisme très perceptible au cours de la brève halte dans la communauté hippie bivouaquant au milieu des caillasses. Loin de se focaliser sur cette cible tout de même trop facile, le regard satirique de Hopper trouve maintes autres occasions de s’exercer, tant il apparaît vite que la route qu’ils traversent, lui et son acolyte (incarné par un Peter Fonda au sex-appeal immarcescible), sera jonchée d’ambulances sur lesquelles canarder à volonté ­ même si, impitoyablement, le droit du plus fort s’appliquera et les vrais marginaux, épris d’espace et d’aventure, seront éliminés et jetés dans le fossé. Auparavant, durant leur périple au cœur du cauchemar climatisé, le cul-terreux homophobe antijeunes en aura pris pour son grade au même titre que le chevelu hébété vivotant de partouzes et d’hasch frais.                                           
Plus ici :        http://www.arte.tv/fr/3758954.html                                 

Toutefois, l’impact d’Easy rider dépasse celui d’une simple critique de mœurs ­ aussi nécessaire et saignante soit-elle ­ grâce à la furieuse liberté créatrice qui l’anime de part en part. A cet égard, le premier plan dans le film, après quelques minutes de chauffe, où l’on voit nos deux lascars cavalcader au soleil en direction d’un eldorado inaccessible, eh bien ce plan-ci exhale une impression de possibilité rarement ressentie à un pareil degré. C’est d’autant plus remarquable que le film n’a de cesse par la suite de repousser les limites du champ de cette possibilité mise à nu par ses prétendants. Ce penchant jusqu’au-boutiste confère à Easy rider une touche expérimentale très marquée, en particulier lors de la fameuse scène sous acides au cimetière de La Nouvelle-Orléans, ultime montée avant l’inexorable chute. Si elles doivent évidemment à Jack Kerouac et à des films comme Macadam cowboy, ces tribulations de deux Américains en Amérique peuvent davantage encore se rapprocher de Delivrance, du cinéma de Peckinpah ou encore, et surtout, du Las Vegas parano d’Hunter Thompson, autre quête hallucinée d’un rêve pulvérisé. Nanti, enfin, d’une BO chromée qui n’a pas peu fait pour sa renommée, Easy rider n’a pas renié sa ligne de conduite, telle qu’elle est chantée par Steppenwolf : né pour être sauvage, ce film l’est toujours un quart de siècle après.

2 commentaires:

  1. Zik : http://www.ulozto.sk/xH3vzP3/easy-rider-1cd-1969-soundtrack-wmc-rar

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