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mardi 19 novembre 2013

De Niro Scorsese

Emblématique du cinéma de Scorsese et du film de gangsters de ces dernières décennies, Les affranchis est une fresque criminelle d’une précision minutieuse et d’une sauvagerie à couper le souffle.
Depuis sa plus tendre enfance, Henry Hill, né d’un père irlandais et d’une mère sicilienne, veut devenir gangster et appartenir à la Mafia. Adolescent dans les années cinquante, il commence par travailler pour le compte de Paul Cicero et voue une grande admiration pour Jimmy Conway, qui a fait du détournement de camions sa grande spécialité. Lucide et ambitieux, il contribue au casse des entrepôts de l’aéroport d’Idlewild et épouse Karen, une jeune Juive qu’il trompe régulièrement. Mais son implication dans le trafic de drogue le fera plonger...
Les truands et les criminels ont toujours été les atouts du génie Scorsese, depuis Mean Streets et son palmé Taxi Driver. S’inspirant de faits réels, basé sur des témoignages du véritable Henry Hill et sur le roman Wiseguy de Nicholas Pileggi (qui collabora au scénario), le cinéaste s’attache encore une fois à une bande de petits mafieux, à son parcours sanglant sur plusieurs décennies, à cette épaisseur du temps qui ne vient jamais altérer (au contraire !) la destinée barbare d’individus définis par la violence. Le film suit donc la trajectoire d’Henry Hill (Ray Liotta), petite frappe séduite par l’appât du gain, depuis son enrôlement dès son adolescence comme homme de main, jusqu’à sa chute, en 1980, bouffé par la drogue, réduit à balancer ses complices à la justice pour sauver sa peau. Scorsese condense son histoire en une fresque de plus de deux heures dont le rythme ne faiblit jamais. 



   

   
Le réalisateur enchaîne les scènes fortes comme il balancerait des uppercuts, grâce à un art du montage-mitraillette de plus en plus perfectionné, à une bande originale nourrie aux tubes rock, grâce surtout à une violence qui ne ménage pas le spectateur. Nulle complaisance dans le regard que porte Scorsese sur ses personnages mafieux, non dénués de médiocrité. Le récit de Henry Hill, Jimmy Conway (de Niro), Tommy DeVito (Joe Pesci) n’a nullement la majesté, la noblesse d’un Parrain : Scorsese décrit un monde sauvage et corrompu, où toute notion de valeur ou d’honneur a déserté au profit du pouvoir de l’argent... sur lequel chacun se jette comme un chien enragé. Au-delà de la maestria de Scorsese, de son savant dosage d’humour noir et d’éclats de violence, de l’alternance entre plans serrés et brillants plans-séquences (l’entrée de Henry et de sa femme Karen dans un cabaret, la découverte d’un cadavre dans un camion de boucher frigorifié, restés célèbres), c’est la précision du cinéaste qui frappe.



Avec un soin maniaque et un sens de la mise en scène stupéfiant, Scorsese s’attache à des détails du quotidien, qui donnent à sa fresque une authenticité incontestable, nous invitant à voir ce monde véritablement de l’intérieur. Les vrais morceaux de bravoure du film ne se déroulent ni dans des banques, ni dans les rues, mais lors d’une cérémonie de mariage, lors d’une conversation à un bar qui tourne mal, et ainsi de suite (d’où le choix de Scorsese de seulement évoquer, sans le montrer, le braquage spectaculaire de la Lufthansa). Le cinéaste porte autant d’intérêt à la manière dont les mafieux dosent les ingrédients d’une recette de cuisine ou traîtent leurs histoires conjugales, qu’à leur manière de planquer leurs armes ou d’ordonner un assassinat.



A ce titre, le long halètement final, décrivant minute après minute la dernière journée de liberté de Henry Hill (entre trafic de drogue, cuisson des saucisses et paranoïa aiguë) est exemplaire. L’utilisation de la voix-off de Ray Liotta et de Lorraine Braco, commentant les faits et les états d’âme dès que nécessaire, va dans ce sens d’authenticité. La réussite de l’entreprise passe aussi par la direction d’une troupe de comédiens hors-pair, truands plus vrais que nature. Si Ray Liotta et Lorraine Braco, excellents, sont très convaincants dans le rôle d’un couple pourri par la haine et l’argent, si Robert de Niro et Paul Sorvino parviennent à brûler la pellicule de leur simple présence souveraine, c’est la composition de Joe Pesci qui éblouit : teigneux, imprévisible, à la fois hilarant et effrayant, il crée à lui seul une personnalité de criminel glaçant et irrigue tout le film de sa folie. Chacune de ses apparitions est un sommet d’humour à froid et de réplique percutante. L’acteur a reçu, en 1990, un Oscar incontestable du meilleur second rôle.Frédéric de Vençay.

Las Vegas, années 1970. Sam, homme de confiance d'un groupe de gangsters italo-américains, dirige leur casino d'une poigne de fer. Son copain d'enfance, Nicky, tueur sans états d'âme, fait le « ménage » quand un gêneur se pointe. Et puis il y a « la » femme, que Sam décide d'épouser à la minute où il la voit. Il a tort... Chez Scorsese, la réussite la plus éclatante n'est jamais qu'un sursis avant une déchéance inéluctable. L'histoire de ce trio-là est enchâssée dans une fresque foisonnante, un réseau serré d'anecdotes qui reconstitue la fabuleuse machine à faire du fric qu'est Las Vegas. Séquences d'anthologie, percutantes de drôlerie féroce ou suffocantes de violence sèche. Dans le style des Affranchis, le cinéaste réalise un sidérant morceau de bravoure cinématographique. Aussi sombre et pessimiste dans ce qu'il dit qu'étincelant et audacieux dans ce qu'il montre. — Jean-Claude Loiseau Robert De Niro, vêtu d'une veste couleur framboise écrasée, traverse un parking, monte dans sa belle voiture, met le contact. Boum ! Explosion et embrasement. Les flammes stylisées du (superbe) générique qui suit sont on ne peut plus explicites : bienvenue en enfer. A Las Vegas, nombril du monde pour les flambeurs de tout poil, Martin Scorsese a conçu une de ces noires histoires qu'il affectionne, où la réussite la plus éclatante n'est jamais qu'un sursis, portant en germe une déchéance aussi inéluctable qu'infernale. L'histoire est vraie : c'est celle des mafiosi qui « tenaient » la cité de nulle part dans les années 70 et l'avaient transformée, pour leur propre compte, en une inépuisable machine à faire du fric. 



   
          
     


Le film que Scorsese en a tiré est un sidérant morceau de bravoure cinématographique, aussi sombre et pessimiste dans ce qu'il dit qu'étincelant et audacieux dans ce qu'il montre. Il n'y a guère de raison de s'intéresser a priori au trio autour duquel le cinéaste tourne pendant près de trois heures. Sam « Ace » Rothstein (Robert De Niro) est l'homme de confiance d'un groupe de gangsters italo-américains qui l'ont chargé de superviser un casino, le Tangiers. Il observe, il surveille, il dirige l'établissement avec une efficacité sans faille. Son vieux copain d'enfance, Nicky Santoro (Joe Pesci, dans le registre effréné-psychopathe qui lui a valu un oscar dans Les Affranchis), est un voyou de petit calibre mais un tueur brutal et sans états d'âme. A l'occasion, il peut rendre des services à Sam et aux mafiosi de l'ombre en les débarrassant des gêneurs. Et puis, il y a une femme, la femme, Ginger McKenna (Sharon Stone, inattendue et remarquable), dont Sam tombe raide dingue amoureux à la minute où il la découvre sur un écran de contrôle du casino : belle, c'est peu dire, éclatante, au milieu des joueurs penchés sur la table de craps. Cette call-girl reconvertie dans l'arnaque, Sam veut, sans hésiter, l'épouser. Il a tort... 







A eux trois, Sam, Nicky et Ginger n'ont qu'une valeur ajoutée romanesque très relative, mais ce qu'ils vont déclencher les dépassera de beaucoup, les hissant au-dessus d'eux-mêmes. De fil en aiguille, d'une incompatibilité d'humeur conjugale à une amitié mise à mal par les excès et les dérapages de Nicky, une série de trahisons douloureuses vont précipiter le cataclysme final. Précisons, cependant, qu'il ne s'agit là que d'une trame, à peine d'une intrigue. L'aventure décortiquée par Martin Scorsese dans Casino et reconstruite à partir d'une énorme documentation accumulée par son coscénariste, Nicholas Pileggi, est beaucoup plus vaste et foisonnante. Cette histoire-là est enchâssée dans une fresque complexe, un enchevêtrement de trajectoires, un réseau serré d'anecdotes, de sujets et de niveaux de récit qui se télescopent, s'entrecroisent, se complètent, et entre lesquels Scorsese vadrouille en permanence, au risque de s'y perdre. Bien entendu, il ne se perd jamais, et Casino devient la plus excitante exploration qu'on puisse imaginer.


                       



Le cinéaste a pénétré dans cet univers-là avec une curiosité pointilleuse, quasi documentaire. Il veut donner non seulement à voir mais à comprendre les rouages de la machine Las Vegas. Au début, le bombardement d'informations, l'accumulation des détails, que structure une voix off intarissable, sont un peu déroutants. Puis, très vite, la curiosité l'emporte, et le savoir-faire de Scorsese balaie les réticences. Le circuit de l'argent, les trucs des tricheurs, les magouilles pour transformer un flambeur gagnant en perdant lessivé, la surveillance en cascade sur les employés du casino et, liant le tout, l'impitoyable rigueur de ce business de tous les dangers : autant de séquences d'anthologie, percutantes de drôlerie féroce ou suffocantes de violence sèche. La bonne marche du business dépend entièrement de Sam Rothstein. Il contrôle tout, et d'abord ses émotions (Robert De Niro réussit une performance sensationnelle dans le registre de l'opacité énigmatique). L'ordre est aussi à ce prix. Difficile de savoir ce qu'il éprouve quand il fait briser les doigts d'un tricheur professionnel, quand il renvoie un employé maladroit ou qu'il fait tabasser l'ex de sa femme, Ginger, qu'elle revoit en cachette...


                     


L'argent comme ultime repère de chacun. L'ordre qu'il faut faire régner pour en amasser toujours plus. Et la violence qui sanctionne le moindre manquement à cet ordre. C'est au croisement de ces trois thèmes que Martin Scorsese se place pour décrire ce pandémonium aux rutilances clinquantes qu'on ne trouve qu'à Las Vegas, mais oppressant comme un mauvais rêve. Ce qu'il dévoile n'est pas toujours beau à voir, parfois même agressivement antipathique, mais tout y est rehaussé et, finalement, digne d'intérêt par la maîtrise irrécusable de la mise en scène. On parle, à juste titre, de la virtuosité de Scorsese. Mais elle est d'abord, chez lui, l'expression d'une totale exigence. Il a conçu Casino comme un festival d'images souvent mémorables.


                                   

Si on ne les oublie pas, c'est qu'elles sont inscrites dans des plans, des scènes, des séquences au tempo diaboliquement précis ; dans une narration, aussi, qui peut surprendre, mais dont on découvre que, jusque dans ces moindres ramifications, elle sert à donner toute sa dimension à l'épilogue. Scorsese ne cherche jamais à en mettre plein la vue, plutôt plein la tête. On retrouve ici le style éruptif et le rythme haletant des Affranchis, un de ses plus grands films. Et cette fièvre du cinéaste à accompagner ses personnages dans la spirale de leurs faiblesses humaines, trop humaines. Jusqu'à la chute, irrémédiable et fascinante. Au fil du récit, le fait divers s'est métamorphosé en une authentique tragédie, par la magie de l'artiste. C'est ce que l'on appelle du grand cinéma, tout simplement - Jean-Claude Loiseau. 


1 commentaire:

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