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vendredi 18 octobre 2013

Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil

En 1972, l’acteur et humoriste Jean Yanne, qui s’est fait connaître en incarnant sur scéne et à l’écran le français moyen raleur et opportuniste, passe pour la première fois derrière la caméra pour tourner « Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil », satire féroce des médias de son époque et démolition en règle de la société de consommation effrénée du début des années 70. Comme dans la plupart de ses films, Jean Yanne se réserve le rôle principal, celui d’un journaliste radiophonique chargé par sa station de redresser par tous les moyens l’audience de "Radio Plus" . Notamment en se servant avec succès de la religion et de Jésus pour vendre un maximum d’espaces publicitaires aux annonceurs. Mais de plus en plus écœuré par ce qu’on lui fait faire, il commence à glisser des messages subversifs envers la religion et surtout les pouvoirs en place, ce qui commence à provoquer la panique en haut lieu.
Si le film est resté très actuel sur le fond (on se rappelle les propos de Patrick Le Lay ancien patron de TF1 confessant que son métier consistait à "vendre du temps de cerveau disponible à Coca Cola"), la forme très marquée dans son époque est elle typique de la vague contestataire post 68 et rappelle les audaces de la presse alternative de l’époque. D'un "Charlie Hebdo" première époque ou d’un "Hara Kira". Petits moyens, aspect visuel un peu fouillis et spontané, grossièreté libératrice et assumée, irrespect complet des institutions. Religion, armée, patronat mais aussi chez Yanne, plus anarchiste et individualiste, que gauchiste encarté dans un parti, syndicats et étudiants en prennent pour leur grade.


                                   

Le film se déroule dans le monde de la radio. Au début des années 70, la télé est encore réduite à deux chaînes d’état, où la publicité vient juste d’arriver. Solidement encadré par "le ministère de l'information", dans le cadre de l'Office de la Radio et de la Télévision Française, elle n'a aucune liberté éditoriale. Si la télé est donc monopole d’état, ce n’est pas le cas de la radio. Dans ces années 70, pas de bande FM. Il n'existe que les Grandes Ondes et un nombre très réduit de stations. Il y a bien sûr les radios d'états sous le sigle RTF (dont Inter et les ancêtre de France Culture et Musique), aussi surveillées que la télé, mais il existe aussi trois radios privées qui vivent de la pub ("Europe 1", "Radio Luxembourg" et "Radio Monte Carlo").




Elles ont après la seconde guerre mondiale profité d'une faille dans la législation sur le monopole des télécommunications en émettant au depart non depuis la France mais depuis l'étranger (Luxembourg, Monaco ou Allemagne pour Europe 1). Elles ont finies par être tolérée par le pouvoir et se sont pour la plupart installées à Paris. Ce sont des médias extrêmement populaires justement par leur liberté de ton par rapport à la télévision ou la radio d’état cadenassée par le ministère de l’information. Mais une liberté surveillée par les pouvoirs publics comme par leurs annonceurs qui ne veulent pas trop de vagues.



                                    

Jean Yanne brocarde un milieu qu’il connaît bien pour y avoir travaillé et dont il voit de plus en plus la dérive commerciale. Il s’entoure au passage d’un casting d’ami dont Bernard Blier, Michel Serraut, Jacques François, Daniel Prévost. C'est une production à petit budget, Yanne en étant le principal producteur. Le film est aussi très largement musical, Jean Yanne épaulé par l’excellent compositeur de musique de film Michel Magne rédige de nombreuses chansons qui sont l’un des grands ressorts satirique du film. Il s’inspire des grandes comédies musicales libertaires, telles "Hair" ou "Jésus Christ Superstar" qui se sont réappropriées le messie barbu au cheveux longs pour en faire un icône du peace and love »
La chanson du générique, avec son titre gnan gnan resume toute l'ironie du film, jouant sur cette apparente naïveté du retour à une religion de l’amour au milieu des tumultes du monde.


                                  

Sur un ton faussement détaché, on retrouve tout ce qui fait la une de l’actualité au tournant des années 70 : Tout d’abord les échos de mai 68, (la rue Gay Lussac fut une de celle où les affrontements entre les manifestants et la police furent parmi les plus violentes), puis le rappel de la guerre au Vietnam et des grandes famines sur fond de guerre civile du Bengladesh.
Le troisième couplet évoque les troubles du Proche Orient, notamment les massacres de Palestiniens organisés par le gouvernement jordanien qui a peur d’être renversé par l’afflux de réfugiés fuyant les guerres israélo palestinienne. Les Fedayins sont les combattants palestiniens qui vont commettre par la suite de spectaculaires opérations terroristes pour frapper l’opinion publique. Quand au Jourdain rappelons que c’est le grand fleuve frontière avec Israël.

Bonus : Tout le monde il est beau - Jean Yanne / France Bleu

Enfin c’est le conflit au Biaffra, région du Nigeria où se déroule une spectaculaire famine utilisée comme arme de guerre par le gouvernement central contre les populations locales révoltées. Les richesses du sous-sol y attirèrent tout un tas de mercenaires européens qui attisèrent le conflit pour mieux piller le pays.
Devant autant de violence pourquoi ne pas se réfugier dans les bras accueillants de la société de consommation pompidolienne quasi divinisée… Au passage, dans une autre chanson du film, Jean Yanne en profite aussi pour se moquer tant de la société de consommation que des parti politiques d'où ces allusions aux autocritiques très en vogue chez les maoïstes ou du culte du grand homme providentiel cher aux gaullistes.Source : http://lhistgeobox.blogspot.fr/


                                 

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