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dimanche 13 octobre 2013

The Newest Sound Around

Jeanne Lee & Ran Blake 1961




J’aime de plus en plus le jazz mais je n’y connais pas grand chose ; les grandes figures des années 60 tout au plus. Une goutte d’eau dans l’océan de l’histoire du jazz. Dans le champs restreint de ma culture jazzistique ‘The Newest Sound Around’ occupe une place à part. Je n’ai encore jamais entendu quelque chose d’aussi glacial, beau et étrange à le fois. Cet album a quelque chose de lunaire. Il diffuse une lumière pâle. Il en émane un charme serein et mystérieux. Ran Blake égraine les notes avec parcimonie et délicatesse. Son jeu en apesanteur fait la part belle aux silences, aux légères dissonances et aux notes suspendues. Jeanne Lee chante avec retenue à la limite de la froideur, mais sous la glace brûle le feu de l’âme noire du blues et du gospel comme le montre sa bouleversante interprétation a capella de ‘Sometimes I feel like a Motherless Child’.


                                                                
L’album s’ouvre par ‘Laura’ l’un des morceaux les plus envoûtant qu’il m’ai été donné d’entendre. De la rencontre de la voix grave et feutrée de Jeanne Lee et du jeu épuré et cristallin de Ran Blake naît une force magnétique et troublante. Fragilité et gravité se jouent l’une de l’autre. Elle s’unissent et se défont, en équilibre entre les pôles mouvants dessinés par le jeu délicat et attentif des deux musiciens. Tout l’album est à cette image, oscillant entre la pureté diaphane de ‘Where Flamingos Fly’ et la richesse jubilatoire et éclatante de ‘Church on Russel Street’.


                                              

‘The Newest Sound Around’ est nimbé d’une pâleur astrale et d’une tranquillité étale. Jeanne Lee et Ran Blake y développent un jeu en clair obscure, délicat et épuré qui culmine en une version irréelle de ‘Summertime‘. Aux éclats de notes fantomatiques succèdent des puissants accords telluriques sur lesquels la voix de Jeanne Lee se déploie avec puissance et majesté.
‘The Newest Sound Around’ est une œuvre fascinante et unique, d’une beauté rare et étincelante. Un joyau noir, fruit de la rencontre stellaire entre deux musiciens au sommet de leur art.

                                               

Il s’agit bien d’un disque hors du commun.
Jeanne Lee d’abord, une approche de la texture vocale tout en maîtrise de timbre, de justesse (on ne la prendra jamais en défaut quels que soient le morceau, le tempo, le mood), une voix de blues, la voix du coeur, mais transcendée, c’est-à-dire débluesée, sans les repères rassurants du blues habituel (sans roots diront certains, elle ne fait pas voir ses pieds plantés dans la boue du Mississippi ni son doigt faire tourner les glaçons d'un verre de mauvais bourbon dans un bar interlope de New York City). Goddet nous parle d’une présence maternelle, -et c’est très justement ressenti-, qui nous murmure des lullabies, nursery rhymes, chansons enfantines et autres ritournelles de notre enfance égarée, et beaucoup plus encore.




Ran Blake ensuite, au piano, qui distille plus qu’il ne les joue, les stuctures des morceaux, (difficulté accrue pour la Lee qui s’en joue avec une assurance qui laisse pantois) en vrac : musicien ouvert, école française, courant Third Stream, jeu à la Paul Bley seconde époque, mûri à minuit passé aimerait-on croire, impressionniste, expérimental…étiquette underground, soit sans étiquette.
Autant le dire ici, Ran Blake est un pianiste atypique qui n’est pas un « pur » pianiste de jazz (bien absent des bacs jazz d'ailleurs) mais un musicien du suspens, du vide, du fil tendu sur les gouffres.

Disque exigeant mais « indispensable, historique, bref un chef d’œuvre »
Sources : johancolin et Kalidas

2 commentaires:

  1. https://soundcloud.com/search/sounds?q=Jeanne%20Lee%20%20Ran%20Blake%20

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  2. http://www.priceminister.com/offer/buy/179682/Lee-Jeanne-The-Newest-Sound-Around-CD-Album.html

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