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lundi 14 octobre 2013

Jeune et innocent

Une comédie policière virevoltante par un Hitchcock de 38 ans.
 :Le corps d’une femme est retrouvé sur une plage. Robert Tisdall, proche de la victime, est accusé car l’arme du crime semble lui appartenir. Parvenant à s’échapper du tribunal, il est aidé par la fille du commissaire chargé de l’enquête. Dès lors, caché, il va chercher à prouver son innocence...
 Ce film anglais de 1937, qui était resté inédit en France jusqu’en 1978, est une comédie policière à petit budget, sans vedettes, mais extrêmement réjouissante et inspirée. Un Hitchcock encore jeune y fait une virevoltante démonstration de son art. Toute la gamme des motifs qu’il affectionne est là, déroulée avec un rare bonheur d’exécution.
Dès la première séquence on est frappé par un sens imparable de la narration visuelle et du détail révélateur, hérité du muet. On assiste à une scène de ménage, filmée en plans très rapprochés, qui s’achève avec l’homme sortant sur le balcon, sur fond de falaises, le soir, et la révélation de son tic : un clignement d’yeux incontrôlable. Au plan suivant nous voyons les mêmes falaises au petit matin avec vols de mouettes, un corps de femme dans l’eau, une ceinture d’imperméable rejetée sur la plage, un jeune homme qui arrive là-haut et dont on sait tout de suite qu’il va se retrouver dans la position du (faux) coupable ... Tout est en place en deux minutes et le rythme ne faiblira plus pendant l’heure vingt qui va suivre.


 
         
Cette maîtrise de la narration inclut un sens très sûr de l’ellipse : le jeune homme en gros plan est assis à une table, la caméra recule, on découvre la pièce, les policiers qui se lèvent et qui tirent les stores... C’est la fin d’une nuit d’interrogatoire à laquelle nous n’avons pas eu besoin d’assister.
L’humour est omniprésent sous la forme de jeux sur l’espace : au tribunal on a perdu l’accusé. Il s’est trompé de porte et se retrouve dans la salle avec le public... Dans un moulin, les deux policiers, parfaitement ridicules, cherchent les fugitifs qu’on voit descendre par la fenêtre derrière eux...
Nous avons droit au renversement des rôles traditionnels : le jeune homme qui vient d’apprendre qu’il hérite de la morte s’évanouit ; la jeune fille, diplômée en premiers secours, le secoue sans ménagement - gifles, trituration d’oreilles...


                      


Décors et personnages appartiennent à tout un folklore anglais des plus réjouissants : le pub, où l’irruption de l’héroïne fait sensation, l’asile de nuit, la fête d’anniversaire avec jeux de société... Les personnages secondaires sont tous très typés et savoureux, de la tante suspicieuse au petit garçon de la pompe à essence qui doit monter sur une chaise pour servir les clients, et les dialogues sont souvent d’une drôlerie irrésistible.
On retrouve aussi le goût des jouets, avec une superbe maquette de gare de marchandises et ses trains miniatures qui rappellent Number 17(1932).


                                      



L’émotion, discrète, n’est cependant pas absente, notamment lorsque le héros surgit à la fenêtre de la chambre d’Erica pour lui annoncer qu’il va se rendre - et avant un dernier rebondissement.
Le point culminant est atteint lors de la séquence finale dans un grand hôtel. On assiste alors à un travelling époustouflant, neuf ans avant celui de Notorious. Il part du hall, traverse la salle bondée, pour se diriger vers l’orchestre de jazz et finir en gros plan sur les yeux du batteur, grimé de noir, dont on attend le clignement d’yeux qui va le trahir, pendant qu’on entend chanter : « No one can like the drummer man ».
Proche souvent du morceau de bravoure mais parvenant à maintenir de bout en bout une délicieuse légèreté alliée à un charme véritable, Young and innocent est bien une des oeuvres les plus exquises et jubilatoires de toute l’oeuvre d’Hitchcock. Source : http://www.avoir-alire.com

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