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mardi 29 octobre 2013

Dom Juan ou le Festin de pierre

Dom Juan ou le Festin de pierre est un téléfilm franço-belge-canadien (1965) de Marcel Bluwal, d'après la pièce de théâtre éponyme de Molière.
Dom Juan a séduit Elvire puis, assouvi, l'a abandonnée pour courir sus à de nouvelles aventures. Elvire le poursuit, le rejoint et lui demande de rendre raison. Dom Juan s'en tire par l'une de ses habituelles pirouettes. Outragée, Elvire le menace de la malédiction céleste. Dom Juan n'en a cure. Il compte sur son fidèle Sganarelle pour l'aider à enlever une jeune fille, en mer. Pour tout résultat, les deux compères n'obtiennent qu'un beau naufrage qui les rejette sur la côte, où deux paysans les tirent d'affaire. Impénitent, Dom Juan entreprend aussitôt de séduire la fiancée de l'un de ses sauveurs, non sans promettre le mariage à une autre paysanne, Mathurine...



                              

  "Etonnante époque. Lorsque je suis allé voir Ollivier, patron de la télévision à ce moment là, pour lui expliquer ce que je voulais faire du "Dom Juan" de Molière, c'est à dire une version critique comme au théâtre, intemporelle mais tournée en 35mm dans des décors réels vidés de leur substance historique et faisant de l'action une quadruple insurrection individualiste contre le "père" sous les formes de Dieu, du Roi, du vrai Père et bien entendu du Commandeur, le tout avec exactement les moyens d'un film de cinéma, il m'a dit : "Je ne sais pas si tout ça est dans Molière mais vous avez le droit de le faire." Ce qui a donné les interprétations, restées je crois dans les mémoires, de Piccoli et de Brasseur." Marcel Bluwal



                        


Ce téléfilm en noir et blanc est diffusé sur la première chaîne française le 6 novembre 1965. Il demeure sans doute l’adaptation la plus connue du Dom Juan de Molière.
Le réalisateur a cherché, au travers de son téléfilm, à révéler l’intemporalité de la pièce. Il laisse en effet de côté la reconstitution d’époque ; les acteurs jouent sans perruques et les décors n’ont rien du baroque des châteaux du temps de Molière. Au contraire, les intérieurs apparaissent étonnamment spartiates. Une grande partie des scènes ont été tournées dans la saline royale d'Arc-et-Senans de Nicolas Ledoux, les Grandes Écuries du château de Chantilly ainsi que sur la plage d'Hardelot au nord du Touquet, initiative audacieuse à l'époque.




                                  

Mais c’est davantage sur l’itinéraire du Dom Juan de Molière, sa quête personnelle, qu’insiste Marcel Bluwal. Il n’hésite d’ailleurs pas à glisser dans le film une référence au Don Quichotte de Cervantès. Le mythe de la séduction qu'évoque habituellement Dom Juan s’efface derrière le récit d’un homme affranchi de la crainte de Dieu et résolu à affronter son destin. Des scènes de courses à cheval viennent en contrepoint souligner l’assurance du personnage et mettre en valeur, non sans un brin de lyrisme, la liberté qu’il incarne.




                                    

A cette époque où une seule chaine était à disposition des français, la télévision dite populaire avait encore pour vocation d'élever le niveau culturel des masses. Depuis les choses ont bien changé et malheureusement pas dans le bon sens. Mais le DVD permet de revoir ces merveilles d'adaptation des grands auteurs du patrimoine littéraire. Pour rendre les choses accessibles les œuvres théâtrales sans les dénaturer, les metteurs en scène devaient faire preuve d'innovation et dans ce domaine Marcel Bluwal était un maître. Michel Piccoli est un Dom Juan magnifique qui porte haut sa soif insatiable de conquêtes. Cette course en avant masque une peur de la mort matérialisée par la stupéfaction de Dom Juan devant la statue du commandeur au hasard d'une virée avec son fidèle Sganarelle. L'attitude de Dom Juan est hors des conventions de l'époque et le personnage de Sganarelle, récurrent dans l'oeuvre de Molière, se fait l'écho contradictoire permanent des écarts aux convenances de son maître. Le propos de Dom Juan est d'une actualité féroce car dans nos sociétés actuelles aux mœurs dîtes évoluées celui qui sort du cadre de référence est comme toujours montré du doigt par ce qui un moment, en politique, a été nommé la pensée unique. A côté du génial Piccoli, Claude Brasseur montre l'étendue de son jeu en campant un serviteur tout à la fois fidèle à son maître et outré par sa totale liberté d'esprit. Les décors totalement dépouillés renforcent encore le propos de Molière sur la solitude de cet homme hanté par la vacuité de l'existence humaine et qui préférera mourir plutôt que d'abdiquer.  Source : http://www.allocine.fr/film/fichefilm-23901/critiques/spectateurs/

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