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dimanche 20 octobre 2013

Au service secret de Sa Majesté

Depuis la sortie d’On ne vit que deux fois et son triomphe commercial, l’humeur est au doute et à l’inquiétude pour les producteurs de la saga. Sean Connery est parti, laissant le rôle de James Bond vacant. Rien ne semble pouvoir le convaincre de rester, il dit en avoir terminé avec le personnage et désire embrasser sa carrière d’acteur désormais débarrassée de l’ombre de son alter ego. La presse pense la franchise finie, reléguée au rang de souvenir, puisque son héros n’est plus. Or, Albert R. Broccoli et Harry Saltzman ont une toute autre opinion : la série reste bien vivante, James Bond est un héros universel, il faut simplement lui donner un autre interprète. Facile à imaginer, très difficile à faire. Dès lors, la recherche d’un nouveau visage occupe toutes les pensées des producteurs, et la presse relaye cette véritable chasse à l’homme. En parallèle, envisagée depuis le tournage de Goldfinger, l’adaptation d’Au service secret de Sa Majesté est enfin maintenue. Pour beaucoup, il s’agit du meilleur roman d’Ian Fleming, son plus émouvant aussi. Les repérages ont lieu dans les Alpes suisses et l’équipe découvre un hôtel au sommet d’une montagne, la réplique visuelle quasi exacte du Piz Gloria décrit dans le roman. L’édifice, véritable bijou architectural, sera investi par le tournage du film, moyennant de luxueux arrangements pour les décors intérieurs, dont un superbe salon rotatif disposant d’une vue imprenable sur 380°.


              
 La montagne, rien que la montagne, à perte de vue, soit un cadre idéal pour le scénario qui ne cesse de prendre de l’ampleur sous la plume de Richard Maibaum, de retour après son absence sur le projet d’On ne vit que deux fois. Syd Cain est également de retour à la direction artistique, afin de redonner à ce nouvel opus une aura plus réaliste, moins chaude, plus proche de Bons baisers de Russie. De fait, Ken Adam sera écarté de la création des décors au profit de Peter Lamont, brillant designer dont le ton et les idées plus terre-à-terre s’accordent merveilleusement avec la nouvelle direction prise par Au service secret de Sa Majesté.
Le metteur en scène est d’ores et déjà sélectionné en la personne de Peter Hunt, le génial monteur des cinq premiers films.  Une promotion pour celui qui a su insuffler à ce début de saga un rythme soutenu et des idées de narration intelligentes. Son montage a renouvelé les codes du cinéma d’action, presque autant que la mise en scène de Terence Young, et son empreinte est pour l’heure indéniable. Il participe donc tout naturellement au choix du futur 007, aux côtés de Broccoli et Saltzman.

Parmi les acteurs approchés, Roger Moore est cette fois-ci officiellement sollicité , mais il doit repousser l’offre, car toujours sous contrat avec la série Le Saint qui continue d’obtenir un large succès d’audience à la télévision. Plusieurs comédiens retiennent l’attention, dont John Richardson et Anthony Rodgers. Mais le choix se porte finalement sur George Lazenby, un Australien de 29 ans , ancien vendeur de voitures d’occasion devenu le mannequin le mieux payé d’Europe, repéré grâce à son apparition dans plusieurs publicités. Il reste aujourd’hui le plus jeune acteur ayant incarné 007 au cinéma.  Son fort accent étonne, mais il promet de le travailler afin de ressembler davantage à un Anglais. Son atout : une condition physique parfaite qu’il prouve d’entrée de jeu lorsqu’il brise le nez d’un lutteur avec qui il faisait un bout d’essai. Impressionnés, Broccoli et Saltzman pensent qu’il fera très bien l’affaire. En outre, coiffé et habillé comme Sean Connery, Lazenby lui ressemble beaucoup.  Or, c’est tout à fait ce que cherchent les producteurs, un sosie de Sean Connery.


 En l’occurrence, Lazenby est tout aussi grand que lui.  Peter Hunt est de son côté convaincu par ce jeune homme arrogant et plein d’entrain. Auréolée du succès de la série Chapeau melon et Bottes de cuir, l’élégante Diana Rigg est choisie pour incarner la future épouse de l’agent secret. Enfin, le rôle d’Ernst Stavro Blofeld est confié à Telly Savalas, acteur bien connu au crâne chauve et au physique rugueux.
Le tournage débute le 21 octobre 1968 en Suisse. Il se terminera le 23 juin 1969, après le rituel passage par les studios Pinewood. Le film possède une enveloppe budgétaire légèrement revue à la baisse après les délires d’On ne vit que deux fois, mais demeurant très impressionnante : 8 millions de dollars.  Cette relative économie vis-à-vis du film précédent s’explique notamment par le salaire de George Lazenby, estimé à 400 000 dollars et inférieur à celui de Sean Connery. Les conditions climatiques sont difficiles, l’équipe est isolée en haute montagne afin d’emballer des scènes d’action gigantesques.


John Glen est détaché pour diriger la deuxième équipe, il sera également monteur sur le film. Pour les scènes à skis, Willy Bogner Jr. et son équipe révolutionnent l’approche visuelle. Il n’hésite pas à filmer les poursuites en skiant en avant, en arrière, maintenant parfois une petite caméra entre ses jambes, infiltrant de fait toujours l’action au plus près et donnant un sentiment de vitesse incroyable. Pour des raisons d’assurance, les acteurs ne tournent pas les scènes, mais feront quelques prises devant des incrustations, une fois en studios. Le caméraman Johnny Jordan, déjà présent sur On ne vit que deux fois, s’occupe des plans aériens, harnaché sous un hélicoptère.  De très impressionnantes cascades sont mises en boîte, parfois avec l’acteur, toujours avec des cascadeurs émérites dont le courage, disons-le franchement, est resté légendaire tout au long de la saga James Bond. Une glissade le long d’un câble de téléphérique, une poursuite en bobsleighs, du stock-car sur la neige, rien n’est épargné à l’équipe de tournage.


                                    


Mais Peter Hunt rencontre des difficultés à diriger son acteur. En effet, George Lazenby ne veut pas jouer à la manière de Sean Connery, ce qu’on lui demande pourtant régulièrement. Il veut créer son James Bond et refuse de rester dans l’ombre de son prédécesseur. Attrapant rapidement la grosse tête, Lazenby devient ingérable et se comporte comme une star gâtée. S’aliénant une partie de l’équipe, dont le réalisateur et l’un des deux producteurs (Albert R. Broccoli), il trouve toutefois une précieuse alliée en la personne de Diana Rigg, incarnant ici la James Bond girl principale, celle qui deviendra la femme de l’agent secret dans les dernières minutes du film. Reste que, dégouté par l’aventure, en conflit direct avec Broccoli et Saltzman (même si ce dernier restera ami avec Lazenby), l’acteur annonce l’impensable, avant même que le film ne sorte : il ne fera pas d’autre James Bond, brisant ainsi le contrat qui le liait à trois films. Son agent a fini de le convaincre : ce personnage ne durera pas ; la mode est à Easy Rider, aux films tournés hors des studios ; la mort de James Bond est semble-t-il imminente. Rien n’aura jamais été plus faux dans la bouche d’un agent de star, mais Lazenby raccroche le Walther PPK pour de bon. Il reconnait aujourd’hui s’être lourdement trompé, ce qui ne l’a pas empêché de rentrer dans la légende. Source : http://www.dvdclassik.com/critique/au-service-secret-de-sa-majeste-hunt

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