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lundi 16 septembre 2013

Mortelle randonnée

L’Oeil, détective privé de l’agence de Madame Schmitt-Boulanger, a deux obsessions dans la vie. La première, deviner où se trouve sa fille sur une vieille photo de classe en noir et blanc, seul souvenir qu’il possède d’elle depuis que sa femme l’a quitté en emportant l’enfant avec elle. La seconde, suivre inlassablement cette étrange jeune fille qui sillonne les routes d’Europe en laissant derrière elle les cadavres de ses amants comme sanglante ponctuation de son aventure.
La banale mission de filature se transforme peu à peu pour l’Oeil en macabre voyage initiatique. Le détective se persuadant que la belle mante religieuse à l’insatiable appétit qu’il poursuit sans relâche n’est autre que son enfant disparue, il se mettra bien vite à la protéger et à dissimuler, autant que faire se peut, ses exactions. L’implacable prédatrice, quant à elle, n’a de cesse d’évoquer un père absent, fantomatique comme celui d’Hamlet, un livre qui ne la quitte jamais, et à qui elle invente mille et une vies, plus fantasques et rocambolesques les unes que les autres. L’ombre de ce père, tout comme celle du détective, la suivront pas à pas, tout le long de cette mortelle randonnée.


     
                                  
A l’origine du film, une commande du producteur Américain Samuel Bronston (LA CHUTE DE L’EMPIRE ROMAIN, LE CID) à Marc Behm, qui vient de disparaître discrètement le 12 juillet 2007,pour un film policier qui mettrait en vedette Charlton Heston ou Robert Shaw. Devant la perplexité et l’incompréhension des deux acteurs envisagés, le projet est abandonné et Behm le transforme en roman, qui sera publié en 1980, avant qu'une production américaine ne soit finalement réalisée en 1999 par Stephan Elliott avec Ewan Mc Gregor sous le titre THE EYE OF THE BEHOLDER.
A la lecture du livre, Michel Audiard (LES TONTONS FLINGUERS, UN SINGE EN HIVER, FAUT PAS PRENDRE LES ENFANTS DU BON DIEU POUR DES CANRDS SAUVAGES) à le coup de foudre et se lance immédiatement dans son adaptation en compagnie de son fils Jacques, avant que ne les rejoigne plus tard le producteurs Charles Gassot (LA VIE EST UN LONG FLEUVE TRANQUILLE, LE BONHEUR EST DANS LE PRES, LA CITE DE LA PEUR) et le réalisateur Claude Miller (LA MEILLEUR FACON DE MARCHER, GARDE A VUE, LA CLASSE DE NEIGE). La seule chose qui est certaine à ce stade de l’écriture c’est que Michel Serrault, pour qui Audiard voue une admiration sans borne, incarnera le détective.



Serrault, qui comme Audiard a perdu un enfant récemment, sera dés le début très attaché à ce projet, que les deux hommes nourriront de leurs traumatismes personnels. Et c’est grâce au triomphe de GARDE A VUE, et accessoirement au César que l’acteur recevra pour sa prestation, que le film se fera finalement. S’ajouteront ensuite à la distribution, Isabelle Adjani (POSSESSION, L’ETE MEURTRIER) Guy Marchand, aussi césarisé pour GARDE A VUE, Stéphane Audran (LE BOUCHER, VIOLETTE NOZIERE, LE FESTIN DE BABETTE) et le tournage du film peut démarrer.


                                 
                                                 
…Un peu trop vite d’ailleurs par rapport à ses ambitions esthétique et l’incroyable diversité des décors naturels, ce qui entraînera rapidement un grand nombre de problèmes logistiques et des dépassements de budgets qui feront de MORTELLE RANDONNE une lourde production, très chère, et malheureusement, au final, un échec sans appel. La critique passera complètement à côté de la beauté visuelle du film et le public l’ignorera, préférant applaudir Adjani dans L’ETE MEURTIER et Serrault dans LE BON PLAISIR. Qui plus est, depuis plus de quinze ans, le film n’était plus diffusé à la télévision que dans une version amputée d’une demi heure ; et le DVD américain, le seul disponible jusqu’ici, ne proposait aussi que la version charcutée. C’est dire le bonheur que d’avoir enfin une édition complète de ce noir chef-d’œuvre, grand opéra mortifère alternant avec un égal maestria le glacial et le baroque, comme il passe des palaces de Bruxelles, Monte-Carlo ou Baden-Baden à la grisaille crasseuse et déprimante de la Seine-Saint-Denis.


                                 

Près de 25 ans après sa sortie, le film n’a rien perdu de son charme vénéneux, de son caractère fascinant, de sa richesse aussi bien visuelle que thématique. Alors que l’ont est encore sous le choc de l’annonce de la disparition de Michel Serrault, le film donne ici, s’il en était encore besoin, une nouvelle preuve de l’incroyable versatilité de l’acteur. On peut même avancer que MORTELLE RANDONNEE restera comme l’une de ses plus belles créations. Peut être est-ce le drame intime qui le lie au film qui l’entraînera dans cette bouleversante performance, d’une sobriété assez rare chez le génial cabotin, plus connu pour sa démesure que pour la modération. On n’en sera que plus surpris de le découvrir ici tout en retenue, chuchotant presque ses dialogues, sans effets, avec toujours une lueur froide et désespérée dans le regard. La distribution est uniformément étincelante, d’Adjani en veuve noire aux multiples visages, à Guy Marchand et Stéphane Audran en couple d’escrocs minables, en passant par Geneviève Page (BELLE DE JOUR, BUFFET FROID), Sami Frey (CESAR ET ROSALIE, LES MARIES DE L’AN DEUX) et des apparitions de Jean-Claude Brialy et Macha Meril ; le tout bercé par les accents envoûtants de la musique de Carla Bley, avec «la paloma» comme obsédant leitmotiv, et les dialogues mélancoliques de Michel Audiard. (http://www.devildead.com/indexfilm.php3?FilmID=1508&langage=0)

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