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jeudi 26 septembre 2013

Les choses

En 1934, John W. Campbell est l’auteur d’un petit bijou littéraire de science fiction, Who goes there ?, qui donnera naissance à deux adaptations cinématographiques, une première en 1951 que l’on doit à Howard Hawks et Christian Nyby, une seconde qui est l’œuvre de John Carpenter en 1982. Des deux films, l’œuvre de Carpenter ne souffre aucune comparaison, le Grand John nous a offert un des plus grands moments d’horreur de l’histoire du cinéma. La version de Carpenter est fidèlement adaptée de la nouvelle de Campbell. L’intrigue décline les thèmes de l’identité et de la perte de confiance, la chose se métamorphose afin de mieux approcher ses proies. La chose est un prédateur redoutable, propulsé à une époque où le public découvrait E.T. et ses gentils extraterrestres. Le film de Carpenter fut un échec commercial. Les spectateurs américains se détournaient du film de monstres et préféraient accueillir à bras ouverts des extraterrestres pétris de bons sentiments. Des valeurs morales que ne partageait pas vraiment la chose.
Si John Carpenter a joué de malchance, Howard Hawks et Christian Nyby ont profité d’un climat nettement plus favorable. Quelques années plus tôt, en juillet 1947 à Roswell dans l’Etat du Nouveau Mexique, un OVNI se serait écrasé dans un champ. Les rumeurs les plus folles ont circulé suite à cet événement. Quatre extraterrestres auraient survécuà l’accident, des pièces de vaisseau auraient été récupérées…



  




Des fantasmes qui ont rapidement été démentis par l’armée. Ce jour-là, l’Amérique se prenait de passion pour les petits hommes verts. Hawks et Nyby profitent de cet engouement pour adapter le roman de Campbell au cinéma. Leur film est une réponse à Klatuu, l’extraterrestre pacifique de The Day the Earth Stood Still de Robert Wise, tourné la même année. Si la "chose" de Carpenter est monstrueuse, celle du tandem est politique. Le film, tourné en pleine Guerre Froide, est un pamphlet ouvert contre le communisme. Au même titre que la peste rouge, la chose est un virus qu’il convient d’éradiquer à tout prix, personne ne souhaite qu’il ne pervertisse le monde libre. Seul le docteur Arthur Carrington (Robert Cornthwaite) désire sauver la créature, mais par seul souci scientifique. Comme il le déclare, la connaissance est plus importante que la vie. L’unique tentative de dialogue avec la créature ne reçoit qu’un coup de griffes pour seule réponse.



La Chose d'un autre monde mouture 1951, plus qu’un classique de la science fiction, est surtout un témoignage parmi d’autres du maccarthysme. Le journaliste Ned Scott parti avec l’équipe de sauvetage s’extasie pour la découverte de la soucoupe. Son enthousiasme est rapidement tempéré par l’intervention du Capitaine Patrick Hendry qui préfère étouffer l’affaire pour raison d’Etat. L’épisode de Roswell est encore frais dans les esprits. Scott a beau faire appel à la Constitution et à la liberté de la presse, Hendry est inflexible… Au final, en bon héros hawksien attaché à son groupe, Ned Scott saluera la prouesse militaire et informera le public de la menace qui vient d’être écartée. La Chose d'un autre monde, un film de propagande ? Plutôt un divertissement dans l’air du temps. A cette époque, tout comme l’équipe basée en Arctique, le monde occidental scrute inlassablement le ciel avec méfiance, avec l’espoir secret que l’apocalypse (la bombe H) ne soit qu’un concept, un croquemitaine chargé d’effrayer les enfants.


La Chose est le premier volet de ce que Carpenter (New-York 1997, Cigarette burns, Piégée à l’intérieur, Le village des Damnés, The Fog, Christine,...) appellera lui-même « la trilogie de l’Apocalypse ». Les deux autres opus de cette trilogie sont les glorieux Prince des Ténèbres et L’Antre de la Folie.
Ce premier épisode lance donc une série de 3 films d’une grande qualité réalisés par un maître incontesté et incontestable de l’horreur. Un film qui est en fait un hommage en forme de remake à Howard Hawks qui avait réalisé La Chose d’un autre monde en 1951. Nous pouvons avancer qu’Howard Hawks, de là où il est, a de quoi être fier de l’hommage que Carpenter lui a rendu car, dans l’histoire du cinéma, rarement un film de monstres a été aussi réussi.
Bien sûr, le film n’égale pas La Mouche de David Cronenberg mais se positionne dans le sillage de celui-ci. Tout n’est pas parfait comme par exemple, un scénario manquant de logique à certains moments (construire une soucoupe volante en souterrain avec quelques pièces d’hélico et de tracteur, il faut vraiment avoir de l’imagination !) ou encore certains acteurs (surtout Peter Maloney) plutôt limités. Ces petits points faibles ont empêché le film d’atteindre le panthéon et surtout les récompenses espérées.


                   
      
Mais parlons des points positifs car après tout, ce n’est pas ce qui manque ! Comme à son habitude, Carpenter a misé énormément et à raison sur la musique. Pour ce faire, il a engagé le meilleur en la matière : Ennio Morricone, qui a réalisé la bagatelle de 483 musiques de film dont le légendaire Fantôme de l’Opéra de Dario Argento. La musique est donc bien entendu réussie à merveille mais hélas, sans pour autant égaler celle que l’on avait pu entendre dans la première version de The Fog ou encore dans Ghost of Mars, New-York 1997 ou le Prince des Ténèbres, qui sont elles des modèles du genre. Ici, la musique se fait un peu plus discrète, sans doute pour nous laisser apprécier l’adrénaline qui découle de l’oeuvre.
Car c’est bien d’adrénaline dont il est question ! Sans spécialement nous stresser, Carpenter arrive à nous emmener sur un rythme effréné sur les traces d’un monstre extraterrestre qui peut prendre l’apparence de n’importe qui une fois que ce n’importe qui a été digéré.


Le film ne serait sans doute rien sans des effets spéciaux exceptionnels
qui font de ce monstre le monstre le plus effrayant de son époque. Le plus hallucinant est que Rob Bottin (Il a notamment travaillé sur The Fog première version, Hurlements, Piranha, Maniac, Total Recall, Seven, Fight Club) n’ait même pas remporté un prix pour la création d’une bestiole aussi effrayante que peu ragoûtante. Tout ceci sans compter les explosions en chaîne qui sont d’une efficacité remarquable.


Et que dire alors de ce blizzard qui souffle non-stop : il faut quand même savoir que tout a été tourné en studios réfrigérés, ce qui tient d’une véritable prouesse technique pour l’époque. Tous ces efforts auraient sans doute mérité bien mieux que de simples nominations... La mise en scène de Carpenter est comme à son habitude haletante avec de beaux mouvements de caméras. Le lieu de l’action est sombre à souhait comme nous aimons que Carpenter le fasse. Les acteurs (hormis Peter Maloney et, dans une moindre mesure, Thomas G. Waites) remplissent leurs rôles, certes sans coup d’éclat mais avec tout le mérite inhérent aux conditions de tournage.
Bref, un très bon Carpenter et surtout un très bon film de monstres. En un mot comme en cent, un film à voir absolument !
Source : http://www.cinemafantastique.net/La-chose-Huis-Clos-glacial.html

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