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jeudi 12 septembre 2013

Grands magasins


Pot-Bouille est un film français de Julien Duvivier sorti en 1957, adaptant le roman éponyme d'Émile Zola.
A priori, un titre on ne peut plus évident : "Au bonheur des dames ", le nom de la petite boutique de lingerie, qui deviendra dans l'oeuvre suivante de Zola le premier grand magasin à succès (et au reste une première rencontre, sous ce titre, entre Zola et Julien Duvivier, pour le dernier film muet de ce dernier en 1930); mais c'est également le thème parallèle, encore plus essentiel du film, qui voit le héros séduire tour à tour toutes les femmes de l'immeuble, précisément situé en face de la boutique dont il ne va pas tarder à assurer la renommée ...
Titre évident, sans doute - mais bien d'autres seraient possibles tant Pot-Bouille s'inscrit dans une intertextualité cinématographique (et culturelle) énorme, au confluent d'un nombre considérable d'oeuvres, toutes intéressantes;
- pourquoi pas "Adieu, Berthe ...", l'expression sous cette forme étant sans doute lâchée pour la première fois dans ce film (elle ne sera officiellement reconnue qu'en 1966 après une chanson de Mouloudji), lorsque gérard Philipe la balance, en souriant, à sa jeune amante (Dany Carrel). Au reste, tout l'esprit du film, son cynisme est assez bien résumé dans cette formule de rejet indifférent.



                              

Ce film choral, très rythmé, autour des croisements de tous les résidents de l'immeuble, ouvre également une voie royale et évidente, au récit d'immeuble - qui atteindra son sommet avec l'immense "la Vie mode d'emploi" de Georges Perec. Encore un titre possible pour cette critique, mais en y laissant filtrer, à nouveau, une énorme dose de cynisme.
Autre thématique de référence, Pot-Bouille offre également l'occasion d'une confrontation entre patrons et serviteurs, dans la ligne de la Règle du jeu, mais celle-ci n'est pas vraiment développée dans le film (les domestiques font d'ailleurs preuve du même cynisme que leurs maîtres); Duvivier a d'ailleurs déjà donné dans la référence sociale, quand l'époque s'y prêtait, en 1936, avec l'excellent "la belle équipe".

                              
                                           

                 

Le film, et son héros, sont aussi très précurseurs : on y annonce en effet le triomphe de la grande distribution, du supermarché, des soldes et de la publicité moderne (qui ne manque évidemment pas de cynisme).
Pot-Bouille s'inscrit enfin dans la série des adaptations , dont certaines très récentes et réussies, de l'oeuvre de Zola : on peut songer à "Thérèse Raquin" de Marcel Carné (avec curieusement Jacques Duby, déjà dans un rôle de cocu pathétique) où l'excellent "Gervaise" adapté de l'Assommoir par rené Clément. Mais ces deux oeuvres sont noires, plus que noires - alors que Pot-Bouille est une comédie. Mais pas une comédie bon enfant : l'humour y est grinçant, caustique, sarcastique, ravageur.


                                               



Au Bonheur des Dames est un film français réalisé par André Cayatte, sorti en 1943, tiré du roman d'Émile Zola, Au Bonheur des Dames. Tourné treize ans après une magnifique première adaptation (muette) signée Julien Duvivier, cette nouvelle adaptation du roman de Zola a longtemps eu mauvaise réputation, due essentiellement au contexte de sa production. Nous sommes en 1943, dans les studios de la Continental dirigée par l’occupant allemand, et le message du film est mal perçu : la traditionnelle lutte des classes (les gentils petits contre les méchants puissants) en prend un sacré coup. De quoi désarçonner un public en quête de valeurs franches.


                 
Rappelons quand même que L’Assassin habite au 21 et Le Corbeau, deux autres productions Continental, ont eux aussi été considérés comme des films très condescendants à l’égard de l’occupant… Et comme les deux films de Clouzot, cette deuxième réalisation d’André Cayatte gagne énormément à être dégagé de cet encombrant contexte : pas aussi éclatant visuellement que le film de Duvivier, cette première adaptation parlante n’en est pas moins une grande réussite.

                                                    


L’histoire est la même : le développement d’un grand magasin met en péril les petites boutiques alentours. Le propriétaire de l’une d’elles voit même dans le patron du grand magasin un ennemi personnel. Quand sa nièce se fait embaucher chez son concurrent, il se sent trahi.


Contrairement au film de 1930, qui modernisait l’histoire, ce film-ci respecte le roman de Zola, et se déroule sous l’Empire. Le message n’est est pas moins fort. Et la lutte des classes, si elle évite constamment tout effet simpliste, est au cœur du film. La romance qui naît entre la petite vendeuse (Suzy Prim) et le grand patron (Albert Préjean) symbolise la complexité de ces rapports de classe, tandis que le destin tragique du petit commerçant (Michel Simon) illustre la fin d’une époque.


Dans cette époque de mutation, le film de Cayatte s’intéresse avant tout aux personnalités, à ces vendeuses privées de beaucoup de liberté. Le contraste avec le faste des grands patrons est édifiant. Cayatte raconte aussi la naissance du paternalisme. Son film ne juge personne. Ce qu’il raconte, c’est le monde en marche, le « progrès » et ses victimes. C’est édifiant, merveilleusement interprété, et réalisé par un jeune cinéaste qui fait preuve d’une inspiration de chaque scène. Son film fait le lien entre le réalisme poétique des années 30, et un cinéma plus percutant d’après-guerre. Le classique de Zola a droit à un deuxième classique du cinéma.

1 commentaire:

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