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jeudi 5 septembre 2013

Casque d’or

Immortalisée par Simone Signoret dans un film éponyme, Casque d’or était une prostitué parisienne du début du 20ème siècle. Autour d’elle se sera cristallisé une guerre de gang qui secoua le Paris de la Belle époque. Entre Honneur, vengeance et violence, l’affaire Casque d’or a su sans difficultés devenir le feuilleton médiatique le plus scandaleux de l’année 1902.
Amélie Elie nait à Orléans le 17 juin 1879. Turbulente et précoce, elle fuit de chez ses parents à 13 ans pour s’installer avec son 1er amour, un ouvrier d’une quinzaine d’année. Mais la police ne tarde pas à les retrouver et les envoyer en maison de correction, où elle fera dès lors régulièrement de brefs séjours. En 1894, elle se libère définitivement de l’autorité parentale et rencontre Hélène de la Courtille, mère maquerelle du quartier de Belleville, à Paris, qui l’accueille chez elle. Les deux femmes deviennent amantes. Mais pour subvenir à ses besoins, Amélie doit travailler. Hélène lui offre un bout de trottoir, et la jeune fille commence à se prostituer. Elle a alors à peine 15 ans. Son épaisse chevelure blonde qu’elle coiffe en chignon au dessus de sa tête lui vaudront vite dans le milieu le surnom de Casque d’or.



          
           
En bonne mère maquerelle, Hélène de la Courtille fréquente le milieu de la pègre parisienne. En amante éprise, elle emmène Amélie partout avec elle, notamment à «La pomme au lard», un bistrot servant de repère mafieux. C’est là que Casque d’or rencontre Bouchon, un proxénète fraichement sortie de prison, qui lui propose sa «protection». Bouchon porte un costume et paraît propre sur lui,  tandis qu’Hélène l’étouffe de trop d’attentions et de jalousie. Amélie se laisse facilement séduire, quitte Hélène de la Courtille, et commence donc à se prostituer pour le compte de Bouchon. Mais très vite, il montre son vrai visage. Il veut plus de rendement et quand Amélie ne rapporte pas assez d’argent, il la bat. Au bout de quelques mois, elle fuit. Pourchassée par les hommes de Bouchon, elle ère pendant 4 jours dans Paris.
C’est là qu’elle rencontre Joseph Pleigneur, qui décide de l’aider. Pleigneur, dit Manda, est à 22 ans le chef de la bande des Orteaux, un gang dont le seul nom fait frissonner les parisiens de l’époque. Bouchon n’ose pas s’attaquer à Manda et cède alors Casque d’or à un dénommé Ballet, qui est bien décidée à la récupérer et la faire travailler pour lui. Mais à sa 1ère rencontre avec Manda, il s’écroule dans le caniveau, poignardé dans le dos.


En cette fin de 19ème siècle, l’est de Paris est aux mains de divers gangs, qui vivent de rackets, d’escroqueries et de proxénétisme. Le soir venue, ils quittent les quartiers de Ménilmontant et Belleville pour investir le centre de la capitale, où leurs frasques font les choux gras de la presse. Composés d’ouvriers ne dépassant que rarement la vingtaine d’année, ils se revendiquent libres, et l’honneur et la réputation sont primordiaux.
Dans ces gangs, les femmes ont une place importante, et sont traitées d’égales à égales avec les hommes. 
 C’est dans ce contexte qu’en 1898 Amélie s’installe avec Manda. Elle reprend la prostitution sous sa «protection». Il la traite bien, ses affaires lui rapportant beaucoup d’argent, et la jeune femme âgée alors de 19 ans lui doit sa liberté. Elle en tombe très amoureuse. Mais les affaires de Manda lui impose souvent de s’absenter plusieurs jours et Casque d’or supporte mal la solitude. Elle se console dans les bras de nombreux amants et amantes. Manda n’est pas fidèle lui non plus, et elle le supporte mal. En décembre 1901, elle le quitte.


                                              



Amélie quitte le nord du 20ème arrondissement pour s’installer dans le quartier de Charonne. Malheureuse, elle rencontre, dans un café du boulevard Voltaire, François Dominique, dit Leca, un corse de 27 ans, chef de la bande des Popincs. Casque d’or met alors en place un plan diabolique. En se mettant avec le chef d’un gang rival, elle obligerai Manda à provoquer Leca en duel pour laver son honneur. En plus du plaisir de voir 2 hommes se battre pour elle, Leca semble plus fort et plus expérimenté que Manda, et la mort de se dernier sera pour Amélie sa revanche. Elle s’installe donc avec Leca.
La nouvelle court vite, et, dès le lendemain, Leca reçoit un premier coup de couteau de la part de Manda.


La police enquête, mais Leca ne dira rien, conformément à la loi du milieu, et préférant régler ça lui même. Mais les Orteaux ne laisse pas à Leca le temps de se remettre et le 2 janvier 1902, ils attaquent l’hôtel où il loge avec Casque d’or. Le couple aura eu le temps de s’enfuir et seul des dégâts matériels sont à déplorer. La guerre est déclarée. Le 5 janvier, les Popincs ripostent et une véritable bataille entre les 2 gangs envahie les rues de Belleville. Il y a plusieurs morts et de nombreux blessés, dont Leca, qui prend deux balles de revolver dans le bras et la cuisse. Il attend 3 jours avant d’aller se faire soigner à l’hôpital. La police l’interroge, il ne leur dit toujours rien. Alors qu’il quitte l’hôpital à bord d’un fiacre, le bras droit de Manda, Polly, l’attaque et lui assène 3 coups de couteau. Leca repart immédiatement à l’hôpital.


                                              



La presse s’empare alors de l’affaire et dénonce des méthodes barbares, digne des Apaches du Far West, ainsi que l’impuissance d’une police en sous effectif.
Toujours à l’hôpital, Leca reçoit encore une fois la visite de la police. Encore une fois il se tait. Mais ses parents donnent sans hésiter le nom de Manda. Celui ci fuit. Il se planque quelques jours dans le 13ème arrondissement, puis part pour Londres une semaine. Il revient à dans la région parisienne, à Alfortville, où il est reconnu, dénoncé et arrêté par une cinquantaine de policiers, soucieux de redorer leur blason. La presse se déchaine et Amélie est vite harcelée par des journalistes en quête d’interviews et de révélations. Des pièces de théâtres et des chansons sont écrites sur l’affaire et Casque d’or devient une véritable vedette. Son stratagème aura connu un succès dépassant toutes ses espérances. Surtout, tout cela lui rapporte beaucoup d’argent. Leca, lui, passe pour une victime. A sa sortie de l’hôpital, il reprend une vie tranquille et confortable au coté d’Amélie.


Mais les vacances de Leca et Amélie sont de courtes durées. En mars 1902, Leca se ballade avec quelques uns de ses Popincs. Ils rencontrent des Orteaux et une fusillade éclate. Leca est maintenant poursuivi la police et il s’enfuit en Belgique. Malheureusement, il se fait vite prendre et extrader. Le procès de Manda à lieu les 30 et 31 mai. La foule est au rendez-vous dans l’espoir d’apercevoir la dorénavant légendaire Casque d’or, qui doit témoigner. Joseph Pleigneur, dit Manda, est condamné au bagne à perpétuité et est envoyé à l’île du diable, en Guyane. Quelques mois plus tard, le 20 octobre 1902, a lieu le procès de Leca. Il est condamné à 8 ans de bagne et part rejoindre Manda en Guyane. Aucun des deux hommes n’en reviendra jamais. L’affaire Casque d’or est terminée. 
La célébrité d’Amélie est de courte durée et l’histoire se laisse oubliée. Elle retourne pas à la prostitution et se marie en 1917 avec un cordonnier. Elle meurt dans l’oublie à Bagnolet en 1933, à l’âge de 55 ans. Il faudra attendre 1952 et le célèbre film Casque d’or qui révéla Simone Signoret, pour que l’affaire connaisse une seconde vie et qu’Amélie Elie passe définitivement à la postérité. Source : http://www.13emerue.fr/dossier/laffaire-casque-dor-le-feuilleton-mediatique-de-lannee

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